"On rencontre la pauvrophobie dans la population et au niveau des politiques"

Une cinquantaine d’organisations du secteur social et culturel se mobilisent ce mercredi à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre la pauvreté. Le thème cette année est la pauvrophobie, le rejet, la peur et parfois la haine du pauvre

La pauvrophobie, "c’est quelque chose que l’on rencontre, pas seulement dans la population mais aussi au niveau des politiques", explique Céline Nieuwehuys, secrétaire générale de la Fédération des services sociaux. "La pauvrophobie est aussi ce qui va rendre l’individu responsable de sa situation de mendicité, de prostitution, etc. Ce qu’on a envie de dire aujourd'hui, c’est qu’il y a de plus en plus de personnes qui sont dans la précarité et ce n’est pas de leur faute. On veut mettre en lumière comment le système organise la pauvreté et comment on peut, avec le système, lutter contre elle."

Une série de clichés

Dans l'ouvrage " Pauvrophobie ", le Forum Bruxelles et la Fédération des services sociaux reprend plusieurs clichés essaimés dans les bistrots et les discussions de famille le dimanche. Par exemple: 'Ils pourraient au moins se former, les pauvres n’entament pas de formation alors qu’ils ont le temps '. Pourtant, explique Céline Nieuwehuys, "il y a beaucoup de personnes dans la précarité qui se forment. Par ailleurs, on sait qu’aujourd’hui la manière dont le système est organisé fait que la pauvreté prend énormément de temps. On voit que les travailleurs sociaux passent un temps énorme à essayer de restaurer les droits fondamentaux des personnes. Et généralement la personne a déjà essayé de batailler toute seule pour essayer de restaurer ses droits, son accès au chômage, son accès au RIS, son accès à un colis alimentaire, son accès à une bourse d’études."

"En plus de ça, les files sont longues dans les services sociaux. Il suffit de passer une demi-journée dans un service social et vous verrez que le temps d’attente est énorme", ajoute-t-elle. "Et avec ça, il y a la gestion des enfants, la gestion de la famille et la gestion du colis alimentaire, et comme nous, avec des quotidiens très chargés."

Autre cliché: 'La question des mafias et de la mendicité, concernant notamment les Roms. "Quand on voit qu’on peut gagner au maximum 40 euros par jour en faisant la manche, il y a des mafias bien plus lucratives que celle-là", dit Céline Nieuwehusys. "En fait, le cliché en lui-même est tout à fait absurde et pas tenable."

Les clichés viennent justifier des politiques néolibérales

Pourquoi est-ce important de déconstruire tout ça ? "Parce qu’en fait, ces clichés sont aussi ce qui vient justifier des politiques néolibérales d’individualisation des droits et des causes de la pauvreté", assure Céline Nieuwehusys.  "Evidemment, en déconstruisant tous ces clichés on espère aussi pouvoir mettre en lumière comment la société peut lutter contre la précarité", ajoute-t-elle.

Pour cette raison, la Fédération des services sociaux en appelle à tous les niveaux de pouvoir. "Aujourd’hui, plus particulièrement au niveau local, et donc toutes les personnes qui ont été élues dans l’opposition ou dans la majorité dimanche sont invitées à parler de cette question de l’exclusion et de ce qu’ils peuvent faire au niveau local, de pouvoir faire un premier acte politique. J’ai donc envie de dire qu’on leur offre une scène aujourd’hui aussi pour rencontrer les associations de leur quartier, donc bienvenue à tous. 1710.be, vous pouvez trouver votre maison commune et vous y rendre."

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