"On n'entend pas crier l'océan": deux naturalistes belges sauvent une tortue pendant leurs vacances

Les images du sauvetage sont impressionnantes
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Les images du sauvetage sont impressionnantes - © Vincent Legrand Photography

Deux belges ont sauvé - au large des Açores - une tortue caouane empêtrée dans un filet de pêche. L’espèce est menacée d’extinction. En marge de ce sauvetage, les deux hommes ont capturé de belles photographies malgré l'événement tragique... comme il en existe tant d’autres. L’occasion de rappeler les dégâts que provoquent les déchets sur la faune marine.  

C’est le milieu de l’après-midi. Au large de Pico, une des îles de l’archipel des Açores, un zodiac fend les flots. À son bord : Vincent Legrand et Jan Reyniers, deux amis belges passionnés de nature et de photographie animale. Leur expédition visait à rencontrer des cachalots. Mais comme bien souvent, le destin joue de drôles de tours.

Il est aux alentours de 16 heures quand une ombre sur l’eau attire l’attention de Vincent... Une tortue ! Mais une autre forme l’accompagne. On dirait un filet.

"En tant que bon naturaliste, dès qu’on trouve un objet flottant, on s’arrête pour pouvoir le récupérer. Une bouteille d’eau, par exemple, met très longtemps à se dégrader. Alors si l’occasion se présente de dépolluer l’océan... On la saisit", déclare Vincent Legrand.

Mais en s’approchant, la surprise est grande pour nos deux naturalistes. Il s’agit d’une tortue caouane, prise dans les mailles d’un filet de pêche. Ce spécimen d’une espèce menacée d’extinction n’a que peu de chance de survie avec un tel attirail accroché à lui.  

"Le filet avait entouré la gorge et la nageoire de la tortue. Pris dans les marées, les fils s’enroulent autour de l’animal, ne lui laissant aucune chance de s’en dépêtrer. Et le ralentissant face à ses prédateurs, comme le requin tigre. La première tortue devait veiller sur son compagnon de route piégé. Je pense qu'il s'agissait d'un couple parce que la tortue est plutôt un animal solitaire", nous explique Vincent.

Le réflexe est immédiat. Il ne faudra que deux ou trois minutes à Jan, son acolyte, pour libérer l’animal de sa prison de cordes. Pendant ce temps, Vincent immortalise l'événement avec son appareil photo équipé d'un dispositif étanche (le reste des photos est disponible sur l'Instagram du photographe). L’image est belle, et permet de conscientiser les esprits. 

Car si la fin est heureuse pour cette tortue grâce à ce sauvetage inespéré, l’événement rappelle que la pollution tue à chaque instant la faune marine. Et nul besoin de voyager jusqu’aux Açores pour s’en rendre compte.

Açores, mer du Nord : même combat  

Si le problème touche moins les tortues dans les eaux belges, c'est parce que l’espèce est très peu présente chez nous. D'autres espèces pâtissent toutefois de la présence de filets abandonnés ou des déchets plastiques.  

Dans le cadre de son travail, Kelle Moreau, biologiste et porte-parole de l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique concernant la mer du Nord, a été confronté à plusieurs reprises à ce genre d’expériences malheureuses : "On retrouve plusieurs exemples de type en mer du Nord. Notre équipe a pu rencontrer quelques phoques dans cette situation ces dernières années. Emprisonnés dans des filets, mais aussi d’autres sortes de plastiques."


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Mais pour lui, si les filets et macro-plastiques qui blessent et tuent la faune marine est un problème important, il ne faut pas négliger l’existence d’une pollution plus insidieuse. La plupart des incidents sont internes à l’animal.  

Ainsi, il explique que "le plastique ne se digère pas. Ne passe parfois pas l’estomac et provoque alors des dégâts liés aux particules polluantes qu’il transporte et provoque un sentiment de satiété permanent qui mène à une malnutrition de l’animal. Et la mort."  

Ce sont quand même jusqu’à 2000 déchets/km² qui sont observés en mer du Nord, dont la moitié est exclusivement du plastique. Cette pollution est en lien avec la pêche, mais une grande partie est issue des déchets déversés par les fleuves, les touristes sur la côte, ou les courants marins sur lesquelles dérivent des détritus du monde entier.  

Concernant la problématique des micro plastiques, un nouveau projet est mis en place par l’IRSNB et l’Institut flamand pour l’agriculture, la pêche et la recherche alimentaire (ILVO). Il devrait tenter d’améliorer la situation en mer du Nord. 

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