"On est toujours en train de monitorer tous les jours la place possible aux soins intensifs"

Toutes celles et tous ceux qui sont actifs dans les soins de santé ont eu droit à des remerciements de la part des membres du Comité de concertation ce mardi.

Ce mercredi, c’est la "journée internationale de l’infirmière". A cette occasion, 100 infirmiers-chefs dans 40 hôpitaux ont adressé une lettre ouverte à Frank Vandenbroucke, le ministre fédéral de la Santé.

Il y a autre chose à faire que de nous remercier ou d’applaudir

"Voici plus d’un an que les heures et les jours de boulot s’enchaînent dans des conditions déplorables. Depuis le début de votre mandat, vous n’avez pas eu le moindre geste pour notre profession", écrivent ces infirmières et infirmiers.

Alda Dalla Valle, infirmière au service des urgences à EpiCURA Hornu, hôpital dans la région montoise, et vice-présidente de la Fédération nationale des infirmières de Belgique, était l’invitée de Matin Première.

Pour cette infirmière, le 12 mai est "plutôt en demi-teinte". Et d’ajouter : "Les remerciements que nous recevons de la part des ministres, des fédéraux et de tous les représentants, quels qu’ils soient, partis politiques, […] c’est bien gentil, mais il y a autre chose à faire que de nous remercier ou d’applaudir."

Utiliser l’argent du Fonds Blouses blanches

Le Fonds Blouses blanches a été pérennisé par la Chambre en fin de semaine passée, avec un montant annuel de 402 millions d’euros. Des équivalents temps plein supplémentaires vont être financés. "C’est déjà un pas, reconnaît Alda Dalla Valle. Encore faut-il vraiment impliquer les infirmiers dans tous ces organes de décision parce qu’il y a toujours des dérives après."

Cette infirmière craint que le Fonds Blouse blanche ne soit affecté à autre chose dans certains hôpitaux. Selon elle, "si la totalité n’est pas utilisée dans le chef de ce qu’elle doit être, l’argent retourne soit au fédéral ou risque d’être utilisé à d’autres fins, par exemple plutôt pour du matériel ou des paiements d’arriérés. Mais pas vraiment investi dans l’emploi supérieur d’infirmiers, alors que c’est au départ la notion même de ce fonds".

"Sous tension"

Interrogée sur son état d’esprit en cette journée internationale de l’infirmière, Alda Dalla Valle répond que le personnel est "sous tension".,

Elle précise : "Par exemple, le Hainaut, où je travaille, a encore une forte pression dans les soins intensifs, alors que d’autres régions sont un peu plus soulagées pour l’instant. Donc je vais vivre cette journée comme depuis un an et demi, en ne sachant pas ce qui va arriver, mais toujours avec la détermination, la mobilisation, l’implication qui est la nôtre."

Alors que de nouveaux assouplissements sont annoncés, Alda Dalla Valle souligne que, en Hainaut, "on est toujours tendu et on est toujours en train de monitorer tous les jours la place possible aux soins intensifs".

500 lits Covid en soins intensifs

Cependant, "on espère vraiment qu’avec le beau temps et qu’avec cette vaccination que la plupart vont certainement accepter, ça ira beaucoup mieux. Franchement, c’est ce qu’on attend, on aspire à une vie sociale meilleure et à retrouver une vie normale comme avant cette crise".

Le gouvernement fédéral a donné un objectif pour rouvrir l’Horeca et les événements : pas plus de 500 lits occupés par des patients Covid en soins intensifs.

"Quand on parle de 500 lits pour les soins intensifs, il faut savoir que ce sont des lits vraiment dédiés aux personnes qui ont un Covid positif sévère, insiste la vice-présidente de la Fédération nationale des infirmières de Belgique. Les autres lits des soins intensifs continuent à être utilisés par toute autre pathologie. Donc, finalement, lorsque vous dites libérer 500 lits, j’espère même que ce sera de trop, qu’on n’en ait pas besoin, mais qu’on puisse travailler correctement avec toutes les autres pathologies et toutes les autres personnes qui ont besoin de nous."

On est très content que tout se libère, mais on a un peu peur

Par ailleurs, les patients Covid admis en soins intensifs sont plus jeunes que lors de la première vague. "La moyenne d’âge est maintenant descendue dans les 50-55 ans, alors que lors de la première vague, c’était plutôt dans les 70-75 ans."

"On aspire à pouvoir souffler. On a toujours un peu peur maintenant. On est très content que tout se libère, qu’il y ait cette projection vers un futur meilleur et vers des libérations de toutes les mesures, mais on a un peu peur […] parce qu’on a envie de cette normalité, mais pour l’instant, on surveille et on est en demi-teinte dans cette journée du 12 mai", conclut Alda Dalla Valle.

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