"On est de la chair à canon et on ne nous donne pas les armes"

"On est de la chair à canon et on ne nous donne pas les armes"
"On est de la chair à canon et on ne nous donne pas les armes" - © Tous droits réservés

Toute cette semaine encore, l'émission CQFD en mode grand entretien, vous propose chaque soir 25 minutes avec un spécialiste pour faire le point sur l'épidémie de coronavirus, mais aussi pour vous permettre de poser vos questions (via l'adresse mail cqfdrtbf@rtbf.be). Notre invitée, ce mardi: Alda Dalla Valle, infirmière cheffe du service des urgences à Epicura Hornu et présidente de la FNIB (fédération nationale des infirmières de Belgique).

Epicentre hennuyer 

Alda Dalla Valle confirme le nombre de cas supérieur dans le Hainaut et le Borinage. "Mais dans nos hôpitaux, ça reste gérable, car nous avons réparti les forces entre les différentes unités", assure la présidente de la fédération nationale des infirmières de Belgique, qui explique que le fonctionnement des urgences a beaucoup changé depuis le début de l'épidémie: "depuis le confinement, les personnes respectent les recommandations de ne pas se rendre aux urgences mais de d'abord téléphoner à son médecin traitant".

"Nous avons ainsi vu une diminution des personnes qui venaient habituellement aux urgences "pour rien". Maintenant, nous avons plutôt des personnes en difficultés respiratoires ou qui ont les symptômes du coronavirus. De plus, nous avons mis en place deux systèmes pour que les personnes se croisent le moins possibles: les personnes qui ont les symptômes et les autres, ce sont deux circuits différents, équipés d'une ou d'une autre façon".

On a toujours peur et on a besoin d'en parler

En première ligne, avant le médecin, il y a l'infirmier!

Alda Dalla Valle explique qu'il y a un monitoring tous les jours des équipements disponibles et dont on a besoin, dont les masques. "Ce que l'on demande maintenant, c'est de la réflexion pour ne pas gaspiller. On est aussi dans l'inventivité et la débrouille, en suivant les recommandations scientifiques. Par exemple, comment protéger un masque FFP2 [les masques utilisés en première ligne aux urgences ou soins intensifs, Ndlr] quand on en a? Maintenant, on préconise de le recouvrir avec un masque chirurgical". 

"Nous sommes surtout réduits en nombre, nous sommes les premiers en contact avec ce virus et on ne se sent pas protégés", poursuit l'infirmière cheffe du service des urgences à Epicura Hornu, qui ne cache pas sa colère: "il y a eu un manque de considération de la part de la ministre de la santé, qui très rarement a communiqué sur les infirmiers, alors qu'avant le médecin, il y a l'infirmier, surtout à domicile, maintenant que les consultations médicales se font par téléphone".

Les infirmiers en soins intensifs, en surcharge chronique

Leur charge de travail est deux fois supérieure à la norme prévue pour le personnel, selon une étude réalisée l'an dernier auprès de 16 hôpitaux de la Fédération Wallonie Bruxelles. En effet, cette norme prévoit un infirmier pour trois patients. Or, dans les soins intensifs, un infirmier ne sait s'occuper que d'un patient et demi. Arnaud Bruyneel, co-auteur de l'étude et président de l'association francophone des infirmiers de soins intensifs, SIZ Nursing, précise à cet égard qu'un patient en soins intensifs prend en moyenne près de 70% du temps d'un infirmier chaque jour. Les tâches administratives, qui ont chargé leur barque ces dernières années, leur en prend 15%. C'est cette charge de travail excessive qui explique que les carrières dans ces unités de soins soient de plus en plus courtes, ce qui alimente une pénurie et un cercle vicieux. 

"Cette étude a été corroborée", commente Alda Dalla Valle, "il y a des restrictions budgétaires depuis des années dans les soins de santé et on ne nous donne pas les moyens, on augmente les études pour augmenter le niveau et on ne nous donne pas le personnel adéquat [...] On nous met en difficulté sur plusieurs plans. Aujourd'hui, on aimerait que cette pandémie, à côté de tout le négatif, permette une reconnaissance des besoins quotidiens de la profession d'infirmiers, et pas juste durant une pandémie".

 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat à revoir ci-dessous.

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