"On accepte mieux aujourd'hui qu'une femme soit plus âgée que son conjoint"

Comme le veut la tradition, la Saint-Valentin est le moment pour faire le point sur l'état de son couple, voire pour déclarer sa flamme. Mais où en est le couple aujourd'hui ? Quel sens donner à cette notion dans notre société hyper connectée en proie à des crises successives ? Pour faire le point sur le sujet dans différents domaines, nous avons posé les cinq mêmes questions à des spécialistes.

Etat des lieux avec Nathalie Mayor, sexologue clinicienne certifiée par l'ULB, consultante en sexologie clinique pour les Cliniques Universitaires Erasme (Polyclinique du Lohier) et sexologue indépendante, spécialiste des questions de genre.

 

Pour vous, c’est quoi un couple aujourd’hui ?

La diversification des modes de fonctionnement conjugaux est si grande aujourd’hui, qu’il est pratiquement impossible de définir ce qu’est LE COUPLE de manière claire et concise.

Une chose est certaine cependant, c’est que pour qu’il y ait couple, il est nécessaire que deux entités soient unies par un ou des lien(s-) qui peuvent être divers (des intérêts ou projets communs, des affinités intellectuelles, sociales, économiques, affectives, sexuelles, etc.). Et il est fréquent de préciser la nature du lien : couple d’amis, d‘amoureux, partenaires de jeux (sexuels ou non), de danse, de travail ...

Sans cette précision, la société sous-entend alors dans le terme couple : deux personnes ayant une volonté de réaliser ensemble des projets à courts ou plus longs termes, ayant développé une relative intimité, s’affichant en tant que tel aux yeux du monde, parlant d’eux en "nous".

Se dire en couple aujourd’hui suppose un engagement (de durée relative), un affichage et des projections dans un avenir proche ou lointain.

Cependant, il n’est plus nécessaire d’avoir un projet de procréation pour se dire en couple ni d’être mariés ou pacsé, ni même habiter sous le même toit.

La société et son besoin de contrôler et de cloisonner ses individus a toujours cherché à définir légalement, économiquement et sociologiquement ses membres (que ce soit isolément ou en groupe). Longtemps, la famille est restée par l’institution du mariage le noyau de notre société. Mais la banalisation des divorces, l’arrivée de la contraception, l'augmentation de la durée académique des femmes et leur accès plus généralisé à des carrières professionnelles ont créé un véritable bouleversement. C’est à partir de ce moment que l’entité couple a pris de l’importance. On ne se mariait plus parce qu’on était enceinte et qu’on craignait l’opprobre de la société, ni parce qu’il s’agissait de mariage de raison arrangé par les familles pour des intérêts socio-économiques par exemple.

C’est alors que les notions de mariage d’amour, d’union romantique ont fait leur apparition. Ensuite une désacralisation de la société et une dédramatisation du divorce ont ajouté d’autres modalités à ces unions : on pouvait être unis religieusement ou civilement (mariés ou pacsés).

Actuellement, l’union libre (que l’on vive ensemble ou séparément) prend de plus en plus d’ampleur. Les raisons ? Une génération marquée par le divorce de ses parents ?Des perspectives économiques insécurisantes (emplois précaires, logements coûteux et qui supposent un engagement à très long terme du couple, engagement auquel on ne croit plus vraiment (20-30 ans c’est beaucoup) ? Un état qui continue d’utiliser le cumuler des revenus pour le paiement d’impôts et pour le calcul du montant des RIS (avec la précarité de l’emploi, vivre ensemble prend des allures de risque) ? L’individualisme, l’autonomie, les libertés individuelles et la revendication au bonheur véhiculés dans notre société ?

Finalement ce n’est donc plus tant un statut légal qui définit le couple, mais une envie commune et personnelle de se définir comme tel.

 

Comment cette notion de "couple" a-t-elle évolué depuis l’an 2000 ?

La progression du couple libre

Si les modalités d’être en couple ont fortement évolué (et l’union libre chez les moins de 30 ans devient pratiquement majoritaire), les configurations de couple se sont, quant à elles, énormément diversifiées.

Des configurations de couple de plus en plus variées

Même s’ils sont encore largement minoritaires, les couples non hétérosexuels sont plus présents aujourd’hui (ou osent plus s’afficher qu’auparavant). Il s’agit (et je le constate dans ma pratique de sexologue) davantage de couples d’hommes, jeunes, vivant en ville, diplômés.

Il y a aussi de plus en plus de diversité dans l’identité genrale (agenre, cisgenre, transgenre, transsexuel, transidentitaire, genre fluide, etc.) et dans l’orientation sexuelle (hétérosexuel, homosexuel, pansexuel, bisexuel, etc.) des individus en couple, surtout chez les plus jeunes qui ont grandi avec des valeurs incluant la diversité, la tolérance, le respect des libertés et des revendications égalitaires.

Dans mes consultations, je rencontre des couples d’origines diverses, de cultures et de convictions différentes, d’orientation sexuelle et/ou de genre diversifiés.

Travaillant essentiellement avec des personnes transidentitaires je rencontre des couples de femmes ou d’hommes qui se disent hétérosexuels (celle où celui qui se revendique du sexe opposé va parfois jusqu’à la réassignation complète). Ils peuvent garder une vie de couple pendant et après la transition… ou pas. Certains binômes se forment pendant le parcours de transition de la personne ou après réassignation sexuelle complète. À l’inverse, un couple de personnes de sexe opposé peut se revendiquer d’orientation homosexuelle. Les variables sont grandes. J’ai aussi connu un couple de jeunes l’un né fille, l’autre garçon, ne sachant pas se prononcer sur leur orientation sexuelle, ni sur leur identité genrale (enfin ne se retrouvant pas dans les codes sexistes et stéréotypés de la société qui pense malheureusement encore en bleu et en rose). Chacun surfant à sa guise sur un continuum de genre allant du masculin au féminin.

Des femmes plus âgées que leur conjoint

Bien que la différence d’âge n’ait pas beaucoup évolué (un peu moins de 3 ans entre les conjoints), on accepte mieux aujourd’hui qu’une femme soit plus âgée que son conjoint.

La peur de l’engagement

Le trauma du divorce laissé par les générations précédentes, l’athéisation progressive de notre société (il n’y a pas de seconde vie), la situation politique et économique alarmante et peu sécure amènent les jeunes à rester plus longtemps chez les parents ou en colocations entre amis avant de se fixer en couple. Ils attendent aussi plus longtemps avant d’avoir des enfants (le risque de séparation est toujours trop grand).

Chez les plus âgés, tout dépend de l’histoire personnelle de chacun, de leur autonomie et de leur indépendance financière. On peut prendre également en compte la durée du célibat précédent, l’urgence de l’âge, le degré de solitude, les expériences heureuses ou malheureuses des relations précédentes. Là aussi, il n’y a pas vraiment de généralités. Cependant on remarque une sexualité plus curieuse et décomplexée (surtout chez les femmes).

Finalement, la croyance en l’Amour et l’envie d’y succomber semble toujours présente, mais elle est dominée par la peur.

Le désir de fusion et le désir de liberté fragilisent les couples d’aujourd’hui.

En sexoanalyse, il existe la notion de "complexe fusionnel" [i] définie par Claude Crépault[ii] dans les années ‘80 qui montre combien l’antagonisme entre la fusion et l’individuation peut créer des tensions en chaque personne, mais également au sein du couple.

Dans une société qui a prôné ces dernières 40 années le libre-choix, l’indépendance, l’individualisme, pour qui le bonheur est devenu valeur sacrée (en amour, professionnellement, socialement, sexuellement, etc.), décider de se mettre en couple, c’est aussi mettre en danger sa liberté.

Les gens aujourd’hui sont certes plus libres de leur choix amoureux, mais ils restent responsables de leur épanouissement individuel. Ce qui provoque un stress.

Même libre et indépendant, l’être humain est un être social. Sans interaction avec les autres, sa liberté n’aurait de sens. Mais vivre "avec" suppose de mettre en danger cette dernière.

En recherche d’affection, d’intimité, de sécurité, l’individu adulte (privé du cocon parental) va les trouver dans la compagnie.

Il va également chercher à exister en tant qu’individu unique au travers du regard que lui renverra cette compagnie. Mais, tant qu’à faire, autant que cette image soit valorisante, rassurante.

Je ressens cette grande tension entre liberté et épanouissement personnels et besoin de fusion en couple. Cette difficulté de devoir choisir

Plus que jamais la notion de couple de nos jours défie les notions de mathématiques tant il est vrai que 1+1 = 3. En sexologie, on considère qu’il y a 3 entités à prendre en compte lors des consultations de couple : chaque individu séparément et l’entité couple.

Les couples actuels bricolent, créent, réinventent.

Une chose est certaine, c’est que peu importe la configuration du couple (orientation sexuelle, génralité, âge, origine, culture) et ses modalités (mariés, passés, en concubinage, union libre) les raisons de consulter un sexologue sont les mêmes (perte de désir, jalousie, mésentente, problème de communication, etc.).

 

Pourquoi décide-t-on de vivre en couple aujourd’hui ?

Il y a mille et une raisons de vouloir se mettre en couple aujourd’hui. C’est davantage un choix qu’une contrainte dans notre société (bien qu’il y ait malgré tout encore des situations dramatiques, ne l‘oublions pas). Cependant, cette liberté rend les gens responsables de leur bonheur et cette responsabilité peut créer des angoisses (ne pas trouver LA bonne personne ou avoir pris la mauvaise décision, finir ses jours seul).

Alors, une grande partie des gens, surtout les plus jeunes, multiplient les rencontres, les partenaires sexuels, alternent périodes de célibat et relations avant de se décider.

Malgré tout, des couples continuent de se créer, les gens tombent toujours amoureux.

Qu’est-ce qui est donc recherché dans le couple ?

Un sentiment de sécurité affective (se sentir aimé, admiré, protégé), de stabilité et de solidarité, un espace pour être vraiment soi sans être jugé, des échanges et de la tendresse, une complicité, une confiance réciproque, une réponse au besoin de reconnaissance et d’estime de soi, un sentiment d’exister, un espace pour désirer et se sentir désiré, s’abandonner sexuellement en toute quiétude et dans le respect mutuel, une certaine exclusivité, l’occasion de quitter le cocon familial pour le récréer ailleurs, la possibilité d’entrevoir l’avenir et de faire des projets, l’envie de fonder une famille… sont autant de facteurs favorisant le désir d’être en couple.

En fin de compte, si on exclut la dimension "sexualité", tout ceci traduit le désir de retrouver ce qui a été perdu au sein de la famille lors de l’entrée dans la vie adulte : une espèce d’amour inconditionnel autrefois porté par les parents (ou par ceux qui font office de figures parentales), un besoin inconscient de retrouver l’état de fusion du nourrisson à sa mère, un état antérieur de bien-être.

 

La notion de mariage a-t-elle encore un sens dans notre société ?

Elle a perdu beaucoup de sens, si ce n’est symboliquement, juridiquement ou religieusement. Que ce soit dans la pratique d’une religion, dans le souhait de clamer aux yeux du monde son engagement et l’officialiser, dans la séduction qu’apporte le côté "conte de fées romantique" de la cérémonie, le mariage diminue.

D’autant qu’aujourd’hui il existe tellement de possibilités d’être en couple sans recevoir la désapprobation de la société, que le mariage est également devenu dans notre société une question de choix et non plus d’obligation pour la majorité des couples.

D’ailleurs, si on observe les chiffres des statistiques publiées par le SPF Economie sur son site, [iii] on constate un affaiblissement considérable des mariages depuis les années ’70-80 (de plus ou moins 70 000 mariages, on en est actuellement à plus ou moins 40 000).

Parallèlement, on constate aussi une nette accentuation des divorces à partir des années ’70 (10 133 en 1974), atteignant un pic à la fin des années ’90 et au début des années 2000 (30 628 en 2002) pour diminuer lentement (24 414 en 2015).

D’après une étude publiée en septembre 2016 par le SPF Economie toujours, "après 6 années de baisse successives, la divortialité semble se stabiliser en Belgique. Elle ne devrait plus connaître de hausse significative, du fait d’une part, de la diminution du nombre de mariages des années antérieures et d’autre part, de l’engouement pour la cohabitation légale"[iv]

On y apprend également que l’âge moyen du mariage a augmenté (près de 5 ans entre 2000 et 2015) et continue de progresser. Actuellement, "pour les célibataires, l’âge moyen au (premier) mariage est à présent de 32,7 ans pour le premier conjoint (principalement de sexe masculin) et de 30,4 ans pour le second conjoint (principalement de sexe féminin) ; pour l’ensemble des mariages, ces âges moyens sont respectivement de 37,7 et de 34,8 ans". [v]

 

Quel impact ont les nouvelles technologies dans la formation, la durabilité et la rupture d’un couple aujourd’hui ?

Les nouvelles technologies et la formation des couples

Avant l’apparition de l’Internet, les possibilités de rencontre étaient plus restreintes (généralement on se mariait avec quelqu’un découvert au sein de son cercle familial, amical, académique, professionnel, lors de diner de famille, de bals de villages, etc.).

Aujourd’hui l’Internet, les réseaux sociaux et les sites de rencontres ont élargi le champ des possibilités, donnant plus de choix certes, mais parfois trop de choix.

Ceci dit, je connais plusieurs couples qui se sont connus grâce au Net et qui sont heureux ensemble. Il s’agit généralement de gens plus âgés, parfois avec enfants, divorcés et qui n’ plus vraiment le temps de sortir, d’avoir des loisirs

Les jeunes aussi ont recours à l’Internet, mais leur vie sociale (école, loisirs, sorties, cercle d’amis) leur permet plus facilement de faire des rencontres.

On l’a vu, la peur du mauvais choix du partenaire et le trauma perceptible laissé par les divorces (le ou les siens, ceux des générations précédentes) amènent les gens à être plus exigeants, à vouloir trier, comparer avant de faire un choix. Ce que permettent les sites de rencontres de par leur possibilité de faire un tri (en fonction de l’âge, de la situation familiale, professionnelle, économique parfois, culturelle, raciale, genrale, de l’orientation et pratiques sexuelles, de la localisation, du capital esthétique, des centres d’intérêt, etc).

L’impact des nouvelles technologies sur la durabilité du couple ou sa rupture

L’Internet a permis à certains couples à distance de maintenir une relation à plus ou moins long terme. Une amourette de vacances qui aurait dû se terminer à la fin de celles-ci peut parfois se maintenir grâce aux nouvelles technologies, mais pas trop longtemps cependant, car le couple a besoin de rapprochement physique et de pouvoir concrétiser sa relation par des projets.

Néanmoins si les nouvelles technologies peuvent faciliter les rencontres ou les maintenir, elles peuvent aussi détruire le couple.

Avec l’arrivée de ces technologies, on a pu remarquer une surconsommation de pornographie aussi. Le nombre de plaintes (et j’en ai souvent en consultation) pour tromperie (même si ce n’est que virtuellement), délaissement, diminution de l’activité sexuelle au sein du couple et tensions sont fréquentes.

Après la phase "narcissique" du couple (une phase de séduction où l’on attend de l’autre qu’il nous renvoie une image valorisante et glorifiante de soi), on constate peu à peu une certaine érosion dans l’intimité du couple et dans la libido de ses membres. L’affection est toujours présente, mais le besoin de plaire (plus seulement au conjoint qui connaît peu à peu nos défauts, mais aussi aux autres qui seront autant de nouveaux miroirs) revient à la charge. Les personnes en manque d’assurance et en mésestime de soi en souffrent beaucoup plus.

Chercher à plaire permet de se rassurer sur son potentiel de séduction, de voir quel effet on fait encore sur l’autre. Il est tentant de vouloir exister en tant qu’individu unique et non pas uniquement à travers le couple, surtout dans une société qui a valorisé l’individualisme, la liberté individuelle.

Séduire sans vouloir être séduit, sans passage à l’acte, sans mettre en danger son couple, c’est ce que les sites de rencontres permettent. Mais d’un adultère imaginaire à un adultère réel, il n’y a qu’un pas. Que certains finissent par franchir. Quoi qu’il en soit, réel ou virtuel, ce phénomène crée un malaise autant chez celui qui le crée que chez le conjoint qui le découvre.

 

Selon vous, comment les notions de couple/de relation amoureuse/de mariage vont-elles évoluer dans les vingt prochaines années ?

Je pense qu’on vit à nouveau dans une période de changement, mais nous n’avons pas encore assez de recul pour pouvoir en évaluer les conséquences. Inévitablement, les crises économiques, les législations (avortement, contraception, modalités de vie de couple), les guerres, les changements de mentalités ont toujours eu un impact sur les unions. On ne peut considérer le microcosme qu’est le couple sans prendre en compte le macrocosme dans lequel il s’insère, sans oublier les interactions permanentes entre la vie "maritale", la famille et la société.

D’un côté on l’a vu, le besoin de préserver son autonomie, ses libertés et son indépendance amène de plus en plus de couples à retarder leur "mise en ménage". Avec un âge des conjoints lors du mariage de plus en plus élevé, mais aussi celui de la maternité. On attend d’avoir fini ses études et d’avoir un emploi stable avant de se lancer dans l’aventure.

De plus, nous vivons une véritable crise de l’emploi (des centaines de postulants pour un seul emploi, des conditions de plus en plus sélectives, des CDI difficiles à obtenir et un cumul de CDD, intérims et de périodes de chômage) et une crise du logement qui vont probablement retarder encore plus la construction d’un ménage voire d’une famille. Les jeunes ont tendance à rester de plus en plus longtemps chez leurs parents. Ce qui aura évidemment un impact sur la société, son économie, sa démographie.

En effet, chez les jeunes, la parentalité ne semble plus aussi nécessaire, elle parait parfois même perçue comme un frein à l’indépendance et à l’autonomie financière. Les familles nombreuses deviennent figures d’exception.

Ces effets de la crise actuelle auront des répercussions terriblement négatives sur les jeunes et les bas revenus.

Car, comment faire un projet d’achat de maison quand on sait qu’un seul salaire moyen ne suffira pas ? Comment oser se lancer dans un emprunt sur une durée de 30 ans quand on connaît la fragilité des couples sur la durée ? Comment être certain qu’on pourra honorer ses emprunts quand on sait que les emplois sont précaires (licenciements, fermetures de sociétés, intérims) ?

Quant aux divorcés qui désirent se remettre en couple, quel impact aura la liaison si elle devient officielle et que l’on perd son emploi ou que l’on est déjà au chômage (diminution ou perte de revenus et donc perte d’autonomie) ?

Pendant longtemps (et grâce à la contraception, l’IVG, l’accès aux études et aux carrières professionnelles des femmes, le changement des mœurs et des mentalités), les unions entre les gens sont devenues des unions librement consenties, les divorces vus comme des possibilités de sortir d‘un mariage malheureux.

Mais aujourd’hui ma crainte est grande d’un certain retour en arrière. Surtout pour les femmes quand on sait qu’une majorité des gens voudraient donner la priorité au travail des hommes en cas de crise [vi]. Quoiqu’il en soit, le risque de voir un conjoint malheureux en couple et qui se trouvera dans une dépendance financière à l’autre est grand.

De même, un couple qui dispose de ressources financières équitables pourra être obligé de continuer la cohabitation à cause de la crise immobilière. Avec un salaire de base, un RIS, il est difficile de se reloger seul, surtout si le logement doit accueillir des enfants (comment payer 850 € par mois pour un 3 chambres, sans les charges (assurances, voiture, déplacements, soins de santé, énergie, etc.) avec un revenu de 1400 € ?)

Un Belge sur cinq reste en couple par peur de devenir pauvre

Les divorces appauvrissent et peuvent mener les couples ou familles à des situations de précarité. C’est pourquoi, aujourd’hui on réfléchit avant de divorcer, non plus parce qu’on craint l’opprobre de la société, mais parce qu’on craint la pauvreté. Une étude avait d’ailleurs montré il y a un an qu’un Belge sur cinq reste en couple par peur de devenir pauvre.

Après avoir vu le divorce comme un gage de liberté pendant des années, les conjoints malheureusement contraints de rester en couple pour des raisons économiques ne seront-ils pas encore plus malheureux parce que conscients de leur situation ?

Paradoxalement, cette crise pourrait, avec le stress qu’elle engendre, créer des tensions au sein du couple et en favoriser sa rupture.

Toutefois, on peut espérer que pour certains couples, cette crise sera un moyen au travers de la solidarité économique de se renforcer, de se retrouver ?

Une chose est certaine cependant, c’est que les gens continueront de tomber amoureux, de faire des projets à deux, de croire en l’amour et il en va de la survie de l’humanité. Les amants décrits dans les romans de Brajavel sont et resteront éternels, peu importe le monde dans lequel ils ont vécu ou vivront leur amour.

 

Notes

[i] et [ii] Selon Claude Crépault, le complexe fusionnel est un "état conflictuel engendré par le caractère antagoniste des besoins de fusions et d’individuation. CCe complexe se traduit par la dynamique suivante : l’individuation entraîne une anxiété d’abandon. Celle-ci provoque un désir de refusions, qui, à son tour, crée une menace de réengloutissement, ce qui a pour effet d’activer la pulsion d’individuation". Claude Crépault (Ph.D.) a été professeur titulaire au Département de sexologie de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) de 1969 à 2004. Cofondateur du Département de sexologie de l'UQAM, il est également président fondateur de l'Institut international de sexoanalyse.

[iii] Direction générale Statistique – Statistics Belgium – Direction thématique Société - http://statbel.fgov.be/fr/statistiques/chiffres/

[iv] Direction générale statistique – Statistics Belgium COMMUNIQUÉ DE PRESSE Bruxelles, le 22 septembre 2016 "Le nombre de mariages et de divorces progresse à peine en 2015. Le Belge se marie de plus en plus tard"

[v] Direction générale statistique – Statistics Belgium COMMUNIQUÉ DE PRESSE Bruxelles, le 22 septembre 2016 "Le nombre de mariages et de divorces progresse à peine en 2015. Le Belge se marie de plus en plus tard"

[vi] N° 1339 - MARS 2011 Couple, famille, parentalité, travail des femmes. Les modèles évoluent avec les générations Alice Mainguené, division Études sociales, Insee https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281216

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK