"On a sacrifié certains de nos grands-parents et maintenant on veut aller trop vite pour remettre nos enfants sur les bancs des écoles"

Etape importante dans la stratégie de déconfinement post-Covid, la reprise scolaire prévue normalement à partir de ce lundi 18 mai en Wallonie et à Bruxelles se fera en ordre dispersé, notamment en fonction des réseaux d’enseignement.

Mardi, à six jours de la date prévue pour cette rentrée progressive, le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SeGEC), qui chapeaute l’ensemble des pouvoirs organisateurs des écoles du réseau catholique, leur recommande de ne reprendre les cours que le mardi 19 seulement, et non le lundi 18.

 

Certains parents expriment ouvertement le choix de ne pas remettre leurs enfants à l’école à partir du 18 mai, et certains pouvoirs organisateurs d’écoles sont aussi face à des questionnements. C'est le cas dans l’entité de Fleurus où les écoles de la commune ne rouvriront pas le 18 mai, ou dans celles de Sivry-Rance et Chapelle-lez-Herlaimont.

Dans Matin Première, deux directrices d'écoles expliquaient pourquoi l'une a décidé de rouvrir les portes de l'établissement, tandis que l'autre a repoussé la rentrée de tous les enfants à septembre.

Stéphanie Gobe est directrice en région bruxelloise, dans le fondamental. Alors que 70% des parents francophones se disent inquiets de cette rentrée, "chez nous, je ne sens pas cette crainte, puisque beaucoup d’enfants rentrent", explique-t-elle.

Sur les 700 élèves de l'établissement, 66 sont censés faire leur retour en 6e primaire ce lundi, et 7 seulement devraient manquer à l'appel.

A l'inverse, l'école d'Aiseau-Presles ne rouvrira pas ses portes lundi prochain: "Les parents étaient en général très inquiets, très peu avaient exprimé le désir de rentrer à l’école, les choses ne sont pas encore très claires, l’épidémie n’a pas encore assez évolué dans le bons sens"


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Deux obstacles selon Christel Deom, la directrice: un problème de matériel, mais aussi et surtout des contraintes impossibles à tenir. "On n’a toujours pas reçu les masques et le gel hydro-alcoolique. Pour aller les chercher, ça ira, mais il faudra encore les laver avant la première utilisation. Par contre, il y a des choses que je ne pourrai pas faire respecter. Demander à des élèves de première année de tenir leurs distances, de se laver X fois les mains, ça ne me parait pas possible. Toutes les contraintes ne vont pas permettre la sociabilisation qu’on espère avec cette reprise".

Et de prendre l'exemple de cette petite fille tombée pendant une des garderies organisées par l'école: "L’institutrice l’a prise dans ses bras, elle n’a pas pu faire autrement. Et ajouter encore d’autres élèves qui vont rentrer, c’est ajouter encore une couche supplémentaire avec cette reprise".

La directrice préfère donc assurer les garderies en toute sécurité et préparer sereinement la rentrée de tous pour septembre: "Sans juger personne au niveau politique, on a sacrifié certaines de nos grands-parents parce que les mesures n’ont pas été prises assez rapidement dans les homes. Et maintenant je pense qu’ on veut aller trop vite pour mettre les enfants sur les bancs des écoles. Oui, l’école a son rôle à jouer, c’est certain, mais moi je veux pouvoir dire aux parents qui me télephonent qu’ils ne doivent pas se sentir coupables de retourner travailler quand ils viennent déposer leurs enfants parce qu’ils doivent travailler, justement".

Et de conclure: "Deux mois sans école ne pèseront pas dans l’ensemble de la scolarité des enfants, mais les dégâts psychologiques seraient irréversibles s’il survenait un drame avec une reprise trop rapide".

 

 

 

 

 

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