Nous avons testé une journée sans smartphone (et ce n'était pas évident)

On a essayé de passer une journée sans smartphone (et c'était pas évident)
On a essayé de passer une journée sans smartphone (et c'était pas évident) - © LIESELOT TERRYN - BELGA

Il y a la journée mondiale sans tabac (le 31 mai), la journée mondiale sans Facebook (le 28 février), la journée mondiale sans achats (le 26 novembre), le mois sans alcool... Et puis les journées sans téléphone portable (les 6, 7 et 8 février).

Aussitôt, ça a a sonné comme un défi: est-ce qu'il est possible de se passer de smartphone pendant une journée, dans un monde hyper-connecté où chaque seconde de vide ou d'ennui est occupée par un tour sur les réseaux sociaux ? Nous avons fait le test ce mardi 7 février. A la fois pour le challenge, à la fois pour interroger notre rapport à cet outil que nous avons su rendre indispensable.

Dès les premières heures du jour, c'est mon téléphone (en mode avion) qui me tire du sommeil. Ça fait bien longtemps que je n'ai plus de réveil classique. Un geste pour l'éteindre: aujourd'hui mon iPhone reste sur la table de nuit. Au petit déjeuner, me voilà obligé de lire les ingrédients du pot de confiture pour passer le temps. Pas de Twitter ou de Facebook pour se mettre à jour des actualités de la nuit. Mes yeux encore endormis me remercient de leur épargner pour une fois l'agression de la lumière bleutée de mon écran.

Pas de Podcast, pas de 4G

Dilemme: dois-je jouer le jeu à fond et laisser mon téléphone chez moi ou l'emporter au travail ? Fort de cette fameuse phrase qui nous rend légèrement irrationnels, je me dis qu'"on ne sait jamais, je pourrais avoir une urgence". Et je le glisse dans ma poche, sans me soucier des risques pour ma santé. En voiture, je m'interdis d'écouter les podcast téléchargés la veille. J'allume la radio... au moment de l'info trafic qui me prévient que mon trajet sur le ring de Bruxelles pourrait bien avoir des airs de cauchemar.

Je voudrais tellement jeter un oeil sur une application qui m'indiquerait le temps de parcours, ou même prévenir mes collègues de mon léger retard. Ma main s'approche de mon smartphone... et s'arrête aussitôt. Pas le droit de mettre la 4G, pas le droit d'envoyer un sms... et pas le droit de rien du tout d'ailleurs puisque le code de la route interdit d'utiliser son téléphone au volant.

Comme si on se privait de quelque chose d'essentiel ?

Arrivée à la rédaction : premiers sourires des collègues. "Alors, tu tiens bon ?", "Tu l'as pris avec toi ?", "Tu crois que tu vas y arriver?" Encore un peu et on dirait qu'on a parié qu'on allait passer une journée entière sans boire ni manger. En permanence, ce petit geste qui était devenu anodin, mais dont on prend beaucoup plus conscience d'un seul coup : tapoter sa poche à la recherche du précieux appareil, regarder si on l'a laissé traîner à côté de son écran d'ordinateur... Et se rendre compte qu'il n'est pas là. Toute proportions gardées, on se sent comme quelqu'un qui aurait perdu un membre et qui le sent présent et absent à la fois.

En réunion, pendant que l'un tapote un message et l'autre répond à un appel, on se contente de prendre des notes. Avec un stylo à bille et une feuille de papier. A l'ancienne presque. Préparation d'un dossier, coup de fil (depuis un fixe), on laisse un message sur le répondeur : "Merci de me rappeler sur mon gsm dont le numéro est..." Aah, non, trop tard pour reculer ! On se voit mal expliquer dans le vide qu'on a décidé de passer une journée sans portable.

Techno-dépendants

Et puis ce n'est pas le bout du monde. Une journée sans internet, ça, ce serait un vrai challenge. On pense alors à ce journaliste britannique qui avait tenté l'expérience il y a quelques années. Il répondait aux questions des internautes en s'aidant uniquement d'une encyclopédie, d'un bottin téléphonique et de son téléphone fixe. Là encore, le geste visait avant tout à démontrer combien nous sommes devenus dépendants de la technologie, au point de voir notre cerveau évoluer et notre QI baisser.

Le reste de la journée est du même tonneau : arpenter les couloirs les mains dans les poches, plutôt que le nez sur Twitter. Lire un livre le temps d'une pause de midi (avec des vraies pages en papier, encore une fois). Noter sur un coin de feuille les rendez-vous à encoder plus tard dans un calendrier électronique...

C'est peut-être une urgence...

15h58, mon GSM sonne. Je l'entends juste à côté de moi. Ne pas regarder. Résister à la tentation. "Pense à ta mission. Tout le monde te regarde. Elle est passée où ta volonté ?" La sonnerie s'arrête. Un "ding" retentit. La personne a laissé un message vocal. Faut-il l'écouter ? C'est peut-être une urgence, la fameuse urgence qui m'a encouragé à emporter mon téléphone ce matin. Si je ne réponds pas, je vais à coup sûr passer à côté de quelque chose de très important qui pourrait modifier le cours de ma journée, voire de ma vie entière. Oui, mais, comme dit la sagesse populaire : "Si c'est important ils rappelleront".

Tant pis, je craque. Ça va faire huit heures que j'ai commencé l'expérience. J'écoute le message, je rappelle mon interlocuteur... je tombe à mon tour sur sa messagerie. "Vous avez essayé de m'appeler, alors je vous rappelle, mais vous n'êtes pas disponible non plus. N'hésitez donc pas à me recontacter." Toute cette histoire est complètement absurde. Absurde comme la poignée de "push" de différents médias pour une même info survenue deux heures plus tôt, comme les 15 notifications WhatsApp qui auraient pu tenir en une seule et le sms pour me rappeler de payer une facture déjà reçue par mail il y a deux jours.

Il paraît que, si on passait moins de temps sur les réseaux sociaux, on aurait le temps de lire 200 livres par an... Voilà qui fait réfléchir. C'est bien ce que voulait l'écrivain Phil Marso, inventeur de la journée sans portable en 2001. "Je n'ai jamais demandé de couper le téléphone toute la journée", assure-t-il. Son but avant tout : susciter la réflexion autour de cet objet devenu une sorte de doudou dont, irrationnellement, nous n'arrivons plus à nous séparer. "Il faut mieux maîtriser l'outil, mieux l'utiliser", ajoute l'auteur. Dans une vidéo publiée fin janvier sur YouTube, il propose "six défis sans smartphone". Autant d'invitations à lever le nez de son clavier.

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