Oeufs contaminés: l'Afsca refuse d'être traitée comme "une victime facile"

Le fipronil est suspecté de perturber le fonctionnement du système endocrinien.
Le fipronil est suspecté de perturber le fonctionnement du système endocrinien. - © Belga

Le rapport sur le fipronil émis en juin 2016 par le Conseil supérieur de la santé (CSS) n'évoquait pas une présence potentielle de l'insecticide dans les œufs, a réagi samedi l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca).

Le Soir soulignait que l'Afsca n'avait pas organisé de détection du produit chimique fipronil, alors qu'elle avait pourtant été alertée de sa toxicité il y a plus d'un an. "Nous avons pris cet avis en compte à l'époque. Bien qu'intéressant, il ne nous a rien appris et cela n'a pas changé notre manière de travailler", a précisé Jean-Sébastien Walhain, porte-parole de l'AFSCA. "Nous contrôlions bien la présence du fipronil pour les végétaux.

Genoeg is Genoeg

Contacté par nos soins, le porte-parole ne cache pas son agacement à propos des informations parues dans la presse. Il déclare: 

"D’une part, cela ne nous apprend rien. Et s’il l’objectif, est, encore une fois, de nous considérer comme une victime facile, c’est clairement raté. C’est une information qui était reprise dans notre travail de contrôle depuis des années. Et à un moment, il faut dire ‘Genoeg is genoeg’ (assez, c’est assez ) le travail de contrôle est fait sur le terrains nous en comme à 170 000 analyses en 2016 sur l’ensemble des denrées alimentaires en Belgique. Aujourd’hui on constate qu'’il y a, depuis plusieurs semaines, un problème de contamination dans un secteur qui n’était pas du tout suspecté par une telle contamination. Des mesures strictes ont directement été prises dans l’intérêt de la santé publique pour que le consommateur, chez lui, puisse se faire un œuf mi mollet."

 

99,9% des échantillons étaient conformes

Ainsi, sur ces trois dernières années, 3000 analyses ont été effectuées sur des légumes, épices, thés, miels... et 99,9% des échantillons étaient conformes", a-t-il ajouté. "Nos tests en laboratoires sont effectués sur la base d'une analyse de risques très complexe qui englobe une captation de signaux. A l'époque du rapport du CSS, il n'y a aucun signal qui nous incitait à également inclure les œufs en vue d'y détecter du fipronil." De nombreux pesticides sont bien pris en compte, mais, jusqu'il y a peu, pas le fipronil.

Dès le moment où l'Agence a pu constater des traces possibles du fipronil dans les œufs, le monitoring a été renforcé dans toutes les exploitations avicoles du pays, a ajouté le porte-parole sans avancer de précision chronologique. Les résultats des dernières analyses seront rendus public prochainement.

Des effets encore mal connus sur les embryons

"Le fipronil est suspecté de perturber le fonctionnement du système endocrinien. La vie fœtale et la prime enfance s'avèrent être des périodes d'exposition critique", estiment les scientifiques du Conseil supérieur de la santé. Ils recommandaient aux pouvoirs publics de prendre "une approche préventive" face au risque. "Nous soulignions que la toxicologie classique ne suffit pas avec ce type de produit, et avec les pesticides en général, notamment en raison des effets cocktails et d'effets à ce stade encore mal connus sur les embryons", précise auprès du Soir Marie-Louise Scippo, qui a cosigné le rapport et est aujourd'hui membre du comité scientifique de l'Afsca. Pendant plus d'un an après ce rapport, l'agence n'a pas effectué de tests systématiques pour ce produit chimique, au cœur d'un vaste scandale alimentaire impliquant des œufs infectés. 

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