Obésité : les dérives du recours à la chirurgie

C’est un constat préoccupant : en Belgique, un adulte sur deux est en surpoids, selon des chiffres de l’OCDE. Un Belge sur cinq est carrément obèse.

Pour perdre du poids, de plus en plus de Belges se tournent vers la chirurgie bariatrique, souvent vue comme une solution miracle. Anneau, sleeve, bypass : en dix ans, le nombre d’opérations a doublé. En 2017, on atteignait plus de 14 000 opérations par an en Belgique, selon des chiffres de l’INAMI.

Ces opérations permettent généralement au patient de perdre plusieurs dizaines de kilos. Elles diminuent fortement le taux de mortalité des patients obèses, en luttant contre le diabète, l’hypertension, ou l’apnée du sommeil. Mais le recours à la chirurgie bariatrique est loin d’être sans risques.

Quand la chirurgie bariatrique devient un business

C’est pourquoi ce type de chirurgie est encadré. Pour pouvoir bénéficier d’une opération et être remboursé par la mutuelle, il faut avoir 18 ans minimum, et un indice de masse corporelle supérieur à 40, ou supérieur à 35 en cas de maladie de type diabète. Mais au vu de l’importance de la demande, certains hôpitaux peu scrupuleux contournent ces règles. Ils ajoutent sur papier quelques kilos au patient, ou mentent carrément sur la nature de l’opération.

« Je suis sur le point de réaliser un bypass à une jeune fille de 18 ans qui a été opérée à 15 ans d’une plicature gastrique. Pour pouvoir réaliser l’intervention, le centre dans lequel elle est allée a sans aucun doute déclaré l’opération sous un autre nom » dénonce Jean-Pierre Saey, chirurgien au CHR Mons-Hainaut. « L’opération a mal tourné, la patiente ne sait plus rien avaler hormis des softs, et elle n’a pas perdu de poids. Je dois pratiquer une autre intervention pour rattraper tout ça » déplore-t-il. Il tient toutefois à rassurer « 99% des opérations se déroulent bien ».

Néanmoins, pour certains hôpitaux, l’intérêt lucratif a remplacé l’objectif thérapeutique. Pourtant, la chirurgie bariatrique n’est pas anodine et comporte de réels risques. C’est pourquoi un suivi pré-opératoire multidisciplinaire d’un an est préconisé, avec suivi diététique et psychologique.

Des risques non-négligeables

Selon le type de technique, les risques de complications varient. L’anneau gastrique, opération en perte de vitesse, peut entraîner une perforation de l’estomac. La sleeve, très en vogue, consiste à enlever définitivement deux tiers de l’estomac. Cette opération favorise le risque de fistule, tout comme le bypass, qui consiste à réduire l’estomac en créant un « court-circuit » dans le circuit alimentaire.

Autres risques plus fréquents : les troubles digestifs et carences : « Les carences sont très fréquentes avec le bypass, mais aussi la sleeve. Ce sont des carences en calcium, en fer, en protéines et en vitamines B et D. C’est pour cela que le suivi est important. Il faut empêcher le patient d’arriver dans un état de dénutrition » explique Jean-Pierre Saey, chirurgien bariatrique au CHR Mons-Hainaut.

Toutefois, le principal risque est psychologique. « Il y a une modification de l’image corporelle. Le patient ne se reconnait pas forcément dans un miroir. L’accompagnement dans ce contexte est primordial » souligne Nora Abbes Orabi, cheffe de service de chirurgie générale et viscérale au CHR Mons-Hainaut.

« On ne nous dit pas que la peau va pendre jusqu’au milieu des cuisses »

Audrine, 25 ans, a subi une sleeve et perdu 55 kilos. Elle vit cette perte de poids comme une véritable renaissance, mais a tout de même souffert psychologiquement.

« Même après avoir perdu autant de poids, je me sentais toujours grosse, je voulais toujours plus maigrir car j’avais l’impression de ne pas voir la différence. On est aussi confronté au regard des gens qui change, à la jalousie ou aux critiques prétendant qu’on aurait choisi la solution de facilité ».

Autre conséquence désagréable de la perte subite de poids : la peau distendue. « On ne nous dit pas avant l’opération que la peau va pendre jusqu’au milieu des cuisses ». C’est pourquoi de nombreux patients passent par la chirurgie esthétique.

Un taux de suicide 4 x plus élevé chez les patients opérés

Ce changement radical a donc des conséquences psychologiques qui nécessitent un réel suivi, trop souvent sous-estimé. Le taux de suicide chez les personnes ayant subi une opération bariatrique est 4 x plus élevé que dans la population générale. Le risque de séparation dans les couples est également accru.

Un problème qui retient l’attention du cabinet de la ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD). Le KCE (Centre fédéral d’expertise des Soins de santé) mène une étude sur le sujet pour aller vers un encadrement plus strict de la chirurgie de l’obésité.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK