Obésité et coronavirus : les obèses plus susceptibles de développer une forme sévère de Covid-19 ?

Obésité et coronavirus : les obèses plus susceptibles de développer une forme sévère de Covid-19 ?
Obésité et coronavirus : les obèses plus susceptibles de développer une forme sévère de Covid-19 ? - © Tero Vesalainen - Getty Images/iStockphoto

L’obésité, souvent accompagnée de diabète gras (de type 2) et d’hypertension, conduit davantage les patients à faire des formes sévères de Covid-19. Aux Etats-Unis, où la proportion d’obèses et de personnes en surpoids est une des plus importantes au monde, y compris chez les enfants et les ados, des premiers chiffres interpellent. Ainsi, les "intensivistes" d’un hôpital de La Nouvelle Orléans en Louisiane comptabilisent aujourd’hui, près de 60% d’obèses dans les cas critiques. Nous n’avons pas encore de chiffres plus globaux au niveau hospitalier, il est trop tôt pour tirer des conclusions mais en France aussi, selon des spécialistes des soins intensifs, plus de 80% des moins de 50 ans, infectés par le Covid-19 et en réanimation seraient touchés par cette pathologie.

Une majorité de patients en surcharge de poids aux soins intensifs

Chez nous, pas encore de chiffres au niveau hospitalier, mais le Dr Xavier Wittebole, spécialiste en médecine interne et chef de clinique aux soins intensifs de l’hôpital universitaire Saint-Luc, l’admet : "chez nos patients admis aux soins intensifs, on remarque qu’il y a une majorité de patients en surcharge pondérale avec un IMC (un indice de masse corporelle) supérieur à 25 mais ils souffrent souvent d’autres facteurs de risques comme le diabète gras et l’hypertension. Ce sont des patients qui cumulent plusieurs facteurs de risques. Cela dit, il y a aussi en réanimation des patients dont le poids est tout à fait normal. Il est difficile de dire si l’obésité est un facteur de risque ou de conclure que l’obésité seule est un facteur aggravant ou si elle augmente la mortalité. Ce n’est pas encore démontré."

Système immunitaire défaillant chez les obèses ?

Certains immunologistes, ont une piste pour expliquer cette vulnérabilité des patients en surpoids face au coronavirus. L’obésité favorise le diabète de type 2 et l’hypertension mais il y aurait aussi, chez ces patients, une défaillance de leur système immunitaire. Ils expliquent que quand des cellules qui doivent stocker les graisses, sont surchargées en gras, elles attirent en masse des cellules du système immunitaires comme les lymphocytes. Leur corps est alors en état d’alerte permanent, d’inflammation permanente. Le patient s’autodétruit alors avec ses propres anticorps.


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Xavier Wittebole, lui, n’est pas convaincu : "Dire que les patients, avec ce syndrome métabolique, ont un système immunitaire plus faible, c’est inexact. Ce qui a été démontré, c’est qu’ils ont un niveau inflammatoire plus élevé que la normale et qu’ils mettent davantage de temps à éliminer le virus. Ils seraient donc contagieux plus longtemps. Pour le reste, il faut rester prudent avant de conclure et attendre que des études épidémiologiques soient menées sur des milliers de patients. Je peux en tout cas, vous affirmer qu’aux soins intensifs, ils ne s’en sortent pas moins bien que les autres."

Confinement: attention au taux de sucre dans le sang

Cet autre endocrinologue spécialiste du diabète, attire surtout notre attention sur cette période de confinement, où l’on a tendance à manger plus, à se dépenser moins et à reporter les consultations, par peur d’aller à l’hôpital en ces temps d’épidémie. Chez nous, il y a 10% de diabétiques, 20% de prédiabétiques dont le taux de sucre dans le sang est juste un peu trop élevé, et 25% d’obèses. Le Dr Philippe Lysy prévient : "Dans ces cas d’hyperglycémie, et de diabète non soigné, il y a un contexte qui va favoriser une fragilité face à une infection telle que celle du Covid-19. Car l’hyperglycémie émousse les défenses immunitaires, elle est délétère pour la récupération cardio-vasculaire, et peut même provoquer des artériopathies (ndlr : une mauvaise vascularisation des artères)."

Ce sont donc deux épidémies qui se croisent aujourd’hui dans nos sociétés occidentales, celles de l’obésité (et du diabète gras) et celle du coronavirus. Les dégâts pourraient être particulièrement catastrophiques Outre-Atlantique.