Numéros Inami: grève des étudiants en médecine de l'ULB jeudi et vendredi

Les étudiants manifestent sur le campus de l'UCL à Woluwe
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Les étudiants manifestent sur le campus de l'UCL à Woluwe - © RTBF

Après ceux de l'UCL ce lundi, les étudiants de dernière année de médecine de l'ULB ont décidé de mener une grève jeudi et vendredi, pour protester contre le manque de numéros Inami leur permettant d'exercer la profession.

Les étudiants ont voté cette grève lundi soir, a indiqué Giles Dosin, délégué des étudiants de Master 4 en médecine à l'ULB.

Les étudiants de l'UCL ont de leur côté décidé de ne pas reconduire leur grève mardi et mercredi mais comptent s'associer à leurs collègues de l'ULB en fin de semaine, a précisé Charlotte Baert, déléguée presse des "Med 24". Les étudiants des deux universités se réuniront dans le centre-ville pour un défilé de blouses blanches.

A l'ULg, aucun mouvement n'est prévu cette semaine, à souligné Richard Duport, de la faculté de médecine, qui coordonne les actions locales. Les étudiants de Master 4 commencent à se rassembler autour de cette problématique, a-t-il ajouté.

Le Comité interuniversitaire des étudiants de médecine (CIUM) plaide également, dans un communiqué, pour un cadastre, qui tiendrait compte de "la féminisation sans cesse croissante de la profession et le désir de la nouvelle génération de médecins généralistes d'avoir un horaire moins chargé", afin "d'objectiver la pénurie".

"Cela permettrait de calculer les besoins de la population pour les prochaines décennies, mais aussi de justifier l'obtention d'un numéro Inami à court terme pour tous les étudiants de médecine", selon Jérôme Lechien, secrétaire général. "Ce cadastre permettra aussi à moyen et long terme d'avoir des quotas Inami qui seront davantage le reflet de ce dont on a besoin. Si le cadastre montre sur ces moyen et long termes que le nombre d'étudiants diplômés chaque année est supérieur aux besoins, alors seulement le débat d'une sélection pourra être rouvert."

Un calendrier d'actions communes aux universités de la Fédération Wallonie-Bruxelles devrait être voté cette semaine, lors de différentes assemblées générales conviant l'ensemble des étudiants de médecine.

"Une situation insoutenable"

Plus tôt dans la journée, les étudiants de dernière année de l'UCL, appelés "Med 24", leurs sympathisants et quelques professeurs s'étaient donc réunis en assemblée générale vendredi soir pour convenir d'éventuelles actions à mener, face à cette situation et le manque de solutions à court terme proposées par la ministre de la Santé Maggie De Block (Open Vld).

"Aujourd'hui, les étudiants en dernière année de médecine sont dans une situation insoutenable: un étudiant sur deux se verra refuser, au terme de sept années d'études réussies, l'obtention de ce numéro", souligne le communiqué. "N'est-il pas inadmissible de faire une telle annonce aux étudiants, à quelques mois à peine de la fin de leur cursus, et après sept années de dur labeur, de sacrifice, et d'investissement personnel et financier?"

En réaction, les étudiants de dernière année de médecine de l'UCL sont présents depuis lundi matin sur le site des cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles et devant les auditoires pour sensibiliser les patients, les professeurs, le personnel soignant mais aussi la population et les étudiants de rhéto venus aux journées "cours ouverts" au sujet de cette problématique, a précisé Charlotte Baert, déléguée presse. Des étudiants sont aussi réunis sur le site de l'UCL à Bruxelles, où ils proposent notamment des pétitions.

Cadastre des numéros Inami

Les doyens des facultés soutiennent les étudiants dans leur mouvement. Mais tout en dénonçant l'absurdité de la situation, les généralistes de terrain sont plus nuancés. Pour Anne Gillet vice-présidente de l'Association des médecins généralistes de Bruxelles, "il est difficile d’avoir étudié pendant plusieurs année, puis de ne pas avoir accès à la profession. Mais le problème est que nous avons besoin d’une certaine régulation pour préserver la qualité des soins".

Donc, pour Anne Gillet, il ne faut pas libérer ces numéros n'importe comment : "Il y a pénurie à certains endroits, et la qualité des soins en souffre et nous devons donc y renforcer cette profession. A d’autres endroits, il risquerait d’y avoir pléthore, si on libère tout. Et la pléthore aussi handicape la qualité des soins" selon elle.

Alors, une solution à court terme s'impose : "Gérer le stock des numéros Inami. La restitution par certains médecins qui n’utilisent pas leurs numéros Inami, pour les remettre dans le pot commun, je pense que ce serait une solution à court terme". Et pour y parvenir, il faut établir un cadastre des numéros en circulation pour savoir s'ils sont vraiment utilisés et par qui. C’est ce que la nouvelle ministre fédérale de la Santé Maggie De Blok a promis de faire rapidement. Ce serait un premier pas dans la bonne direction estime l'Association des médecins généraliste. Mais sans doute pas suffisant pour des étudiants qui, en juin 2015, se retrouveront peut-être sans avenir.

Soutien de la FEF

L'action des étudiants est soutenue, notamment par l'assemblée générale des étudiants de Louvain (AGL). "Restreindre l'accès à la médecine curative est cependant une absurdité vu la pénurie", avance-t-elle lundi. D'après des enquêtes, "le citoyen doit aujourd'hui attendre en moyenne 30,3 jours avant de pouvoir décrocher un rendez-vous chez un médecin spécialiste. Au niveau des généralistes, on estime que la moitié des communes manquent de médecins". L'AGL juge qu'au-delà "de la situation catastrophique des étudiants de médecine, c'est la qualité et l'accessibilité des soins de santé qui sont en péril".

La Fédération des Etudiants Francophones (FEF) marque également son soutien dans un communiqué, rappelant "qu'il est plus qu'urgent de faire face à la pénurie grandissante de médecins dans notre pays".

"Nous espérons que le mouvement fera boule de neige" à l'ULg et l'ULB, les deux autres universités concernées, a ajouté Charlotte Baert. Le sujet devrait en tout cas être abordé du côté de l'université liégeoise dans le courant de la semaine, selon un membre de l'Association Royale des Etudiants en Médecine (Arem) de l'ULg.

Les étudiants de dernière année de médecine de l'UCL se sont réunis ce lundi en fin de journée. 

"Un Inami, maintenant! ", "Solidarité pour pouvoir travailler", "C'est inhumain, sept ans pour rien", "Etudiants pas contents", ont scandé sur fond de musique les étudiants présents.

Les "Med 24", étudiants en dernière année de médecine de l'UCL, ont décidé à la grande majorité vendredi dernier de ne pas se rendre sur leur lieu de stage lundi pour organiser une journée de sensibilisation à l'insuffisance de numéros Inami.

"On nous parle de pénurie, les services d'urgences sont surchargés. Laissez-nous accéder à la profession", ont ajouté des représentantes des étudiants concernés. "Nous ne sommes pas là que pour les 'Med 24' mais pour tous les Master et les Bac. On a tous droit à un travail! "

Le Pr. Dominique Vanpee, doyen de la faculté de médecine de l'UCL, était aussi sur place et a pris le temps de discuter avec plusieurs groupes. "Il y a une certaine incompréhension de la part des étudiants, qui gèrent cela de manière émotionnelle (...) Je les comprends", a-t-il souligné, ajoutant que le collège des doyens des facultés de médecine de la Fédération Wallonie-Bruxelles a demandé une concertation prochaine avec la ministre de la Santé. Le doyen plaide pour une "régulation" à l'entrée des études, via un examen en fin de Bac 1, afin d'éviter que les étudiants de première année actuels "ne se retrouvent dans la même situation" qu'aujourd'hui. Une solution réside aussi dans "l'assouplissement du contingentement à la sortie" pour les spécialités où la pénurie "est clairement démontrée", comme la gériatrie ou la médecine générale (en 2014, 314 communes étaient en manque de médecins généralistes). "Pour les autres spécialités, il y a un point d'interrogation, il faut un cadastre."

S'ils avaient salué l'annonce récente de Maggie De Block de trouver une solution, les étudiants restent prudents. "Les solutions ont été maintes fois annoncées mais jamais concrétisées."

RTBF

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