Nucléaire: "On dirait que l'AFCN a dissimulé de l'information", selon un expert

Nucléaire: "On dirait que l'AFCN a dissimulé de l'information", selon un expert
Nucléaire: "On dirait que l'AFCN a dissimulé de l'information", selon un expert - © RICARDO SMIT - BELGA

Le spécialiste du nucléaire Damien Ernst (ULG) n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il ne comprend pas le manque de réaction de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) dans le dossier des centrales nucléaires de Doel1 et Doel2.

Nos confrères du Soir révélaient ce matin que Doel 1 et Doel 2 ne répondaient pas aux nouvelles normes sismiques imposées par l’Europe. Ces nouvelles règles ont été établies en 2014, et devraient être transposées dans la législation belge en 2017. Pourtant, l’enveloppe des 700 millions d’euros prévue pour la mise aux normes des deux centrales, ne prévoit aucun poste relatif aux normes sismiques.

On a vraiment l’impression ici que l’AFCN a essayé de dissimuler de l’information

Pour Damien Ernst, c’est un non-sens. "C’est ça que je ne comprends pas du tout dans l’histoire. L’AFCN se doit d’être neutre. Pourquoi n’a-t-elle pas fait savoir à Electrabel directement qu’elle doit mettre Doel 1 et Doel 2 à niveau pour pouvoir répondre à ces normes sismiques beaucoup plus contraignantes ? Je ne comprends pas. Ou alors l’AFCN devait elle-même communiquer sur le fait que selon elle, Doel 1 et Doel 2 n’avaient pas à suivre ces recommandations plus contraignantes de l’Association des régulateurs européens (WENRA). Mais on a vraiment l’impression ici que l’AFCN a essayé de dissimuler de l’information. On ne comprend pas ce qui s’est passé. L’AFCN doit s’expliquer sur ce point-là."

Selon le chercheur, cette volonté de l'AFCN de ne pas suivre les recommandations européennes s'expliquerait par des raisons budgétaires. "L'AFCN doit très bien savoir que ce serait trop coûteux pour Electrabel d'investir dans une mise aux normes de Doel 1 et Doel 2 et que cela mènerait à la fermeture des centrales."

Face à une telle mise en cause, nous avons évidemment cherché à obtenir une réaction de l’Agence fédérale pour le contrôle nucléaire. Personne n'a pu répondre à nos questions mais l'agence vient de s'expliquer sur son site internet. Elle se retranche derrière une question de timing, la transposition dans la loi belge, de ces recommandations, devant avoir lieu avant fin 2017. "En 2014, WENRA (ndlr:l'association des régulateurs du nucléaire européen) a édité une mise à jour de ses niveaux de référence, dans laquelle une attention particulière est accordée à la protection face aux risques externes tels que les séismes. Ces niveaux de références WENRA ne représentent pas une obligation réglementaire, du moins tant qu'ils ne sont pas transposés dans une législation (nationale) contraignante. La version précédente des niveaux de référence WENRA, datant de 2006, a été transposée en 2011 en droit belge (AR du 30/11/2011). L'objectif est de transposer les nouveaux niveaux de référence de 2014 dans la législation belge d'ici fin 2017, avec les mesures transitoires nécessaires". Entre-temps, l'AFCN dit avoir entamé, l'an dernier, une concertation avec Electrabel pour examiner comment ces nouveaux niveaux de référence seront appliqués à tous les réacteurs belges après transposition dans la loi belge. "Sur base d'une analyse d'écart approfondie qui doit encore être finalisée, les actions d'amélioration nécessaires seront identifiées, de même que le planning pour leur implémentation. À l'heure actuelle nous n'avons aucun détail sur l'étendue et sur le coût des travaux à envisager".

Ce ne sont pas des normes qui sortent d’un chapeau de magicien ni de militants écologistes !

Pour Damien Ernst, cet attentisme ne suffit pas, même s’il reconnait lui-même que le danger sismique pour Doel 1 et Doel 2 n’est pas énorme. "Mais rien n’est énorme, au niveau du danger dans la filière nucléaire. Ce sont à chaque fois des dangers qui ont une très faible probabilité d’apparition. Et c’est logique dans un domaine tel que le nucléaire. Il n'empêche: ce ne sont pas des normes qui sortent d’un chapeau de magicien ni de militants écologistes ! Ce sont des normes qui ont été édictées par l’association des régulateurs nucléaires européens, donc des gens qui connaissent excessivement bien la filière nucléaire. Et qui ne sont pas connus pour sortir des normes farfelues."

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