Nucléaire: 826 000 signatures contre le nucléaire belge en 5 jours

Nucléaire: 826 000 signatures contre le nucléaire belge en 5 jours
Nucléaire: 826 000 signatures contre le nucléaire belge en 5 jours - © Thi Diem QUACH - RTBF

Ce n’est pas la première pétition du genre et ce ne sera certainement pas la dernière… Mais elle est exceptionnelle par le nombre de signatures récoltées. Toutes les dix à quinze secondes, une signature s’ajoute aux quelques 826 000 déjà récoltées par une pétition de la plateforme Avaaz.org. Les signataires sont originaires de différents pays d’Europe.

L’an dernier, une autre plateforme de pétitions en ligne avait aussi hébergé plusieurs textes anti-nucléaire. Mais elles avaient récolté 2000 ou 3000 signatures. Rien de comparable à cet énorme chiffre de 826 000.

"Nous, on décide d’héberger, explique Xavier De Cock, du site www.lapetition.be, de mettre des facilités à disposition des internautes afin de leur permettre de mettre en ligne des pétitions, de les diffuser, de faire signer des utilisateurs, et d’eux-mêmes aller défendre leur cause. Et de l’autre côté, on a Avaaz, une vraie machine marketing, qui pousse la pétition auprès des réseaux sociaux."

Une vraie machine marketing

Tout commence par un titre accrocheur : "Quelques heures pour éviter un nouveau Tchernobyl ?". La description de l’objet de la pétition est plutôt inquiétante. On y lit que "l’Europe pourrait être confrontée au risque nucléaire le plus grave depuis Tchernobyl, à cause du redémarrage par la Belgique de deux vieilles centrales pleines de fissures".

Voilà qui manque de clarté. Car la Belgique a bien deux "vieilles" centrales – Doel 1 et Doel 2 –, mais elles ne présentent pas de fissures. Les micro-fissures se trouvent, elles, dans les centrales plus récentes de Doel 3 et Tihange 2. La confusion sert la cause : le but est de faire signer un maximum de gens. On met aussi le potentiel signataire sous pression : il a 72 heures pour signer.

Et la recette fonctionne. 825 000 signatures ont été récoltées jusqu’ici. Même pour la machine très bien huilée d'Avaaz, c'est exceptionnel. "C’est vrai que les gens sont très concernés par la situation de ces réacteurs en Belgique, précise Pascal Vollenweider, responsable de campagne chez Avaaz. C’est une vraie bombe à retardement en plein centre de l’Europe, et on voit rarement en Europe des pétitions qui explosent comme celle-ci. C’est vraiment une campagne virale."

Quelle garantie par rapport aux signatures ?

Pour signer, il suffit d’inscrire son nom, son prénom, son adresse e-mail, un pays et un code postal. Il est déjà arrivé que certains signent pour des amis, ou avec plusieurs adresses e-mail. Difficile de vérifier l'authenticité de toutes ces signatures. On doit se résoudre à croire Avaaz sur parole. "C’est vrai que, théoriquement, si quelqu’un voulait faire le malin, il pourrait utiliser plusieurs adresses mail, mais, de notre expérience, les personnes qui signent sont de vraies personnes."

Même si quelques signatures se révèlent finalement fausses, cela n’enlèvera rien au caractère exceptionnel du nombre de signatures recueillies et au poids que pourrait avoir cette pétition.

Un impact politique ?

Marie Dufrasne est chercheuse en communication à l’Université Saint-Louis. Elle nous confirme que cette pétition n’a pas de valeur juridique, mais qu’importe… "Le but de ses promoteurs n’est pas d’être légitime au niveau juridique. Leur but se situe ailleurs. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas. Ils veulent entrer en contact avec les différents ministères et demander des rencontres pour faire pression au niveau politique."

Montrer que les pays voisins se soucient aussi du nucléaire ici en Belgique

"Je pense que ce sera surtout au niveau du ministre de l’Intérieur en Belgique et avec le grand nombre de signatures qu’ils ont en Allemagne, ils contacteront la ministre de l’Environnement en Allemagne. Au niveau symbolique, le but était de montrer que les pays voisins se soucient aussi du nucléaire ici en Belgique. Ils veulent qu’il y ait des interventions au niveau des Pays-Bas et de l’Allemagne pour faire pression au niveau politique sur la Belgique."

Pour assurer l’efficacité de la démarche, Avaaz combine la pétition à d’autres actions comme des manifestations, des contacts avec le monde politique. "Il y a un gros travail en marge de la pétition, précise Pascal Vollenweider. Avec Avaaz, il y a une campagne, des actions, un travail de plaidoyer avec les parties concernées. C’est là que la pétition prend sa vraie valeur."

La communauté d’Avaaz a ainsi engrangé quelques victoires, comme la fois, au Brésil, où elle a obtenu l’adoption d’une loi anti-corruption. "Cette loi dit qu’un politicien qui est corrompu ne peut pas se présenter aux élections. C’est une campagne de longue haleine qui s’est faite avec une méga-pétition. À chaque étape, nos membres faisaient du lobbying, des plaidoyers auprès de leurs représentants. Et la loi a finalement été votée."

Ces pétitions l’ont déjà montré par le passé, elles peuvent avoir un effet de persuasion. Mais rien de contraignant.

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