Nuage radioactif: deux mois plus tard, l'origine est toujours inconnue

Fin septembre, plusieurs réseaux européens de surveillance de la radioactivité avaient repéré du ruthénium 106 dans l'atmosphère. On soupçonnait un nuage venu de Russie. Lundi, la Russie l’a en quelque sorte confirmé. L'agence météorologique russe a reconnu qu'une concentration 986 fois supérieure à la norme avait été détectée fin septembre dans plusieurs régions de Russie, notamment près du complexe nucléaire de Mayak, un site qui a connu un grave accident nucléaire en 1957 et qui retraite aujourd’hui du combustible nucléaire usé.

Ruthénium quoi?

"Le ruthénium 106 est un élément radioactif qui, avec son fils le rhodium 106 émet des radiations bêta et gamma", explique Bruno Chareyron, chef du laboratoire de la CRIIRD ((Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité, en France). "Une fois qu’il est rejeté dans l’environnement et retombe au sol, il émet ses radiations pendant un temps très long. Il faut un an pour que sa radioactivité soir divisée par deux. Le Ruthénium 106, détecté en France et en Italie en septembre, l’était à des niveaux faibles qui conduisent à une dose de radiations négligeables. Mais il y a des inquiétudes à avoir pour la population proche de la source de rejets, d’où l’importance de déterminer la source."

Deux questions se posent ici. D’où a été émis ce ruthénium et dans quelle quantité. "Deux mois après les rejets, on n’a toujours pas de certitude", dit Bruno Chareyron. "Le site Mayak peut avoir produit le nuage. Mais rien ne le prouve. Les concentrations rendues publiques ne sont pas plus fortes autour du site Mayak que les mesures faites dans l’est de l’Europe, en Roumanie, par exemple."

Le citoyen ne peut pas se faire une opinion

La Criirad a interpellé l’Agence Internationale l’Energie atomique (AIEA) et l’organisation mondiale de la santé (OMS) pour que ces agences de l’ONU réagissent. " Il faut comprendre d’où viennent les rejets de ruthénium et en quelles quantités. On ne peut pas conclure, ni que ça vient de Mayak, ni que les rejets ne viennent pas de Russie. 31 ans après Tchernobyl, malgré tous les moyens de métrologie et de communications, la communauté scientifique ne peut pas répondre à la question et c’est inquiétant ! Il faut que l’AIEA et les autres fassent pressions sur les états pour qu’ils rendent public l’ensemble des données et qu’il y ait des inspections internationales pour comprendre ce qui a pu se passer. On n’a pas de mesures détaillées de radioactivité de l’air, des sols et de la végétation en Russie. Les résultats rendus publics sont incomplets. Le citoyen ne peut pas se faire une opinion. Il y a clairement un manque de transparence ".

Bruno Chareyron était interrogé par Arnaud Ruyssen dans Soir Première.

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