Nouvelles enceintes connectées, sommes-nous de plus en plus espionnés ?

Google Belgique a mis les petits plats dans les grands pour annoncer le lancement de ses nouvelles enceintes connectées. Google Nest Hub et Google Nest Mini. Ces enceintes permettent de faire tout un tas de choses via la commande vocale et la phrase : "OK Google".

Pour l’occasion, les représentants de Google Belgique ont privatisé l'une des boules de l’Atomium et l'ont transformé en petit appartement dans le but de démontrer les possibilités des deux appareils : allumer ou éteindre la lumière, lancer de la musique, se faire un café, trouver une recette sur internet, surveiller son domicile à distance. A terme, tout devrait être possible grâce à ces enceintes connectées. C’est ce que promet Thierry Geerts, directeur de Google Belgique : "La nouveauté c’est qu’on peut tout connecter. On peut demander à l’enceinte d’éteindre la lumière mais aussi de nous trouver une recette et de l’afficher sur l’écran. A l’avenir, on estime que 90% des gens utiliseront la voix pour effectuer des tâches que nous effectuons manuellement via des machines aujourd’hui. Cela rendra notre monde plus humain car cela supprimera des machines".

Voilà la description du monde idéal selon Google, l’entreprise veut séduire ses futurs clients. La conférence de presse a démarré avec l’extinction de toutes les lumières de l’Atomium par une commande vocale. Ça en jette. De quoi, presque, faire oublier les polémiques des derniers mois.

La commande vocale, porte d’entrée dans notre vie privée ?

Cette enceinte fonctionne sur un principe simple, l’assistant vocal s’active lorsque l’on l’interpelle " OK Google fait ceci ou cela ". L’enceinte écoute donc en permanence ce que l’on dit dans la pièce. Mais le porte-parole de Google Belgique, Michiel Sallaets, semble avoir du mal à admettre cette réalité : " On respecte la vie privée, Google écoute seulement quand on dit " OK google ". Pourtant pour pouvoir réagir à la phrase " OK Google " l’appareil doit être constamment à l’écoute. Michiel Sallaets corrige donc : " il est toujours en train d’écouter mais nous n’enregistrons rien. C’est seulement après l’ OK Google " qu’on essaye d’écouter et qu’on utilise l’information pour réaliser la tâche. " Un peu plus tard, Thierry Geerts, directeur Google en Belgique précise : " On n’écoute jamais en dehors de la commande " Ok Google " l’appareil est en veille mais cela se passe sur l’appareil et pas en réseau. Et si vous voulez vraiment être sur et que ne faites pas confiance à la technologie, il y a un bouton silence sur l’appareil qui permet de couper le micro. "

Un bouton qui permet de couper le micro, Google fait tout pour rassurer ses utilisateurs après les polémiques des dernières semaines.

Google écoutait les conversations

Il y a quelques semaines la VRT révélait que des collaborateurs de Google écoutaient les enregistrements réalisés avec l’enceinte intelligente Google Home et via l’assistant Google sur les smartphones. Google avait reconnu mener une collaboration avec des experts en langues dans le monde pour améliorer sa technologie vocale. Plus récemment, des chercheurs de l’entreprise allemande Security Research Labs avaient trouvé une manière de duper les propriétaires de haut-parleurs intelligents de Google afin de pouvoir les mettre sur écoute. Des pirates informatiques malveillants pourraient ainsi espionner les propriétaires de haut-parleurs ou leur subtiliser leurs données. Google avait promis des mesures pour contrer les applications mal intentionnées.

Malgré ces problèmes, le directeur de Google Belgique promet qu’il n’y aura pas de risques avec les nouvelles enceintes connectées : " On a ajouté de nouvelles options qui permettent d’effacer tout ce qu’on a demandé à Google lors de la dernière semaine. Si vous allez sur -Google mon compte - vous pouvez aussi indiquer ce qu’on garde ou pas comme informations. "

Les données personnelles ne sont pas vendues mais bien utilisées

Que fait Google des données récoltées grâce aux enceintes vocales ? Thierry Geerts, directeur de Google Belgique :Nous ne vendons jamais les données privées de quelqu’un. Nous utilisons uniquement ces données privées pour aider quelqu’un dans sa vie de tous les jours, pour répondre à ses questions. Nous utilisons les données manière agrégées ce qui permet d’améliorer nos produits mais nous ne vendons pas ces données à des tierces personnes. "

Ces données, agrégées et anonymisées, permettent pourtant à Google de s’enrichir. Chaque recherche ou clic permet en effet à Google d’affiner le profil d’un utilisateur. Ces données sont ensuite rassemblées par des algorithmes et utilisées pour vendre des espaces publicitaires via Google Ads. Ce programme permet de faire de la publicité ciblée en fonction du profil. Avec les données collectées via ses réseaux, Google peut orienter les publicités. Google sait par exemple que vous habitez Bruxelles, connait votre tranche d'âge et sait que vous vous intéressez à un type spécifique de voiture. Google peut alors vous envoyer de la publicité ciblée à chaque fois que vous faites une recherche de ce type. Google ne transmettra jamais vos données personnelles aux annonceurs mais, met à leur disposition un outil pour vous influencer.

Menace pour la vie privée mais aussi pour la démocratie

Paul-Olivier Dehaye est mathématicien, spécialiste de la protection des données et fondateur du site PersonalData.io. Ses travaux ont notamment permis aux journalistes de révéler l’affaire Cambridge Analytica. Pour rappel, l’entreprise britannique Cambridge Analytica a récolté les données de quelque 87 millions d’utilisateurs Facebook partout dans le monde, en exploitant une faille de sécurité sur une application du réseau social. Cela a notamment permis de cibler des messages favorables au Brexit au Royaume-Uni et à l’élection de Donald Trump aux États-Unis en 2016.

Paul-Olivier Dehaye est très méfiant face à l’émergence de ces enceintes connectées. Il estime que le danger se trouve dans le partenariat entre Google et les applications développées pour ces enceintes : " Une enceinte connectée c’est un appareil physique sur lequel on peut ajouter des applications, comme dans un smartphone. Ce sont des services virtuels crées par des développeurs qui vont par exemple vous donner la météo. Ces développeurs sont principalement externes à Google. Google leur permet de traiter les données collectées via leurs applications. Cela permet à Google de se dédouaner du traitement de ces données. Google peu se défende et dire : "On avait un contrat avec ces développeurs, ils nous ont assuré qu’ils respecteraient les règles en matière de protection de la vie privée, ils n’ont pas respecté ce contrat. " On a vécu cette situation avec Facebook et Crambridge Analytica. Cambridge Analytica avait construit une application sur Facebook qui lui avait permis de siphonner énormément de données. "

Ces enceintes connectées donnent donc énormément de pouvoir à des entreprises privées. Paul-Olivier Dehaye : " Au niveau individuel ce pouvoir se traduit par une perte d’autonomie parce qu’on cherche à nous influencer, à acheter certains produits par exemple. Au niveau collectif, cette perte de pouvoir se traduit par une perte de souveraineté, on perd une compréhension des mécanismes importants de notre société ce qui est très important dans notre démocratie, par exemple comment l’information circule. Ce sont des signaux supplémentaires qui peuvent servir à manipuler l’opinion. "

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