Nouveau vaccin contre le méningocoque du groupe B: faut-il vacciner votre enfant?

Nouveau vaccin contre la méningite à méningocoque B: faut-il vacciner?
Nouveau vaccin contre la méningite à méningocoque B: faut-il vacciner? - © FRED TANNEAU - AFP

Si vous avez des enfants et que vous avez été consulter votre pédiatre depuis le mois d'avril de cette année, peut-être vous a-t-il proposé le nouveau vaccin contre le méningocoque du groupe B. 

Le méningocoque est une bactérie responsable de méningite (inflammation des méninges, la membrane autour du cerveau) qui peut aussi causer une septicémie (infection du sang). Elle se transmet par contact direct avec la salive. 

"Une maladie rare mais lourde de conséquences"

L'infection à méningocoque du groupe B est rare (moins de 100 cas en 2016), mais elle est la plus fréquente chez l'enfant de moins de 5 ans et chez l'adolescent.

Une maladie rare mais grave, puisqu'elle peut tuer en quelques heures seulement (24h). Cela concerne 5% à 10% des cas, et pour ceux qui s'en sortent les séquelles sont parfois très importantes (dans un cas sur cinq) : reins totalement endommagés, problèmes neurologiques, amputation et surdité. 

"Les formes les plus sévères, ce ne sont pas les méningites. Souvent, tout le monde confond. Les formes les plus sévères de la maladie, ce sont les formes fulminantes où les enfants décèdent en quelques heures. Ils n'ont pas de méningite mais un sepsis (septicémie, ndlr), une infection généralisée. Ca, c'est vraiment la mortalité qui est la plus élevée", précise David Tuerlinckx, responsable du service pédiatrie du CHU Dinant-Godinne et membre de la section vaccin du Conseil Supérieur de la Santé.  

Pour ce pédiatre-infectiologue, ce vaccin était attendu depuis longtemps et "est enfin disponible depuis avril"

"Le méningocoque du groupe B évolue par vagues. Ce qui fait que depuis ces dix dernières années, l'infection diminue naturellement, le nombre de cas diminue. Mais on sait très bien que peut-être dans un an, deux ans ou trois ans, cela va augmenter à nouveau (...) Ici, clairement, on est dans le creux de la vague dans pas mal de pays européens (...) Mais cela reste une maladie avec un taux de mortalité élevé : 5 à 10% de mortalité et 30% de séquelles. C'est une maladie rare, mais qui peut être très lourde de conséquences", ajoute-t-il. un avis partagé par Germaine Hanquet, spécialiste des vaccins au Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE)

Une décision individuelle, mais coûteuse 

Reste que vu le faible taux de mortalité actuel, le conseil supérieur de la santé a décidé de ne pas l'inscrire dans le calendrier des vaccins recommandés et encore moins de le rendre obligatoire. Il n'y a d'ailleurs qu'un seul vaccin obligatoire en Belgique : la poliomyélite. 

Autrement dit, "c'est aux parents de le décider", explique Germaine Hanquet. Ce qui en soi est peut-être une bonne chose sauf que, comme il n'est pas obligatoire, le vaccin n'est pas remboursé et coûte actuellement 86,5 euros la dose. Or, on parle actuellement de trois doses plus un rappel, ce qui n'est pas à la portée de n'importe quelle bourse.

En Europe, seule "l'Angleterre l'a rendu obligatoire depuis un an et demi et teste les deux doses plus une (au lieu des trois doses plus une)", précise la spécialiste du KCE.

Les résultats de ce test, la Belgique les attend avec impatience : "Les premières données ont été publiées très tôt (10 mois après l'usage) et ils (les Anglais, ndlr) ont une efficacité de près de 80%, ce qui est élevé. Ca a été aussi utilisé au Canada où il y avait une grosse épidémie au lac Saint-Jean et depuis qu'ils ont vacciné, ils n'ont plus eu de cas. Cela a aussi été utilisé pour des épidémies aux Etats-Unis. Donc, cela semble être un vaccin prometteur et efficace", explique David Tuerlinckx. 

Mais il reste beaucoup de questions, reconnait ce pédiatre-infectiologue : "L'efficacité à long terme : on ne sait pas s'il faudra des rappels. On ne sait pas non plus s'il protège les personnes non vaccinées". Autrement dit, on ne sait pas si ce vaccin réduit la transmission de la bactérie par des personnes qui sont porteurs de la maladie, mais ne la développent pas. 

Quels effets secondaires ?

Pour David Tuerlinckx, le seul problème est que ce vaccin "donne beaucoup de réactions de fièvre quand on le met avec les autres vaccins".

"Maintenant, c'est comme tout nouveau vaccin, on ne sait pas si cela peut amener des effets plus rares à long terme. Ce n'est qu'une fois qu'on l'emploie à grande échelle que l'on peut dire s'il y a un effet rare". Ce qui arrive, selon lui, une fois sur mille. 

Reste qu'avant d'être mis sur le marché, un vaccin doit répondre à des exigences de qualité, d'efficacité et de sécurité

"D'ici 2 ans, on risque d'y voir plus clair, mais ce n'est pas pour ça que cela doit freiner la protection actuelle", ajoute-t-il. 

Quant à savoir s'il faut ou non vacciner son enfant, voilà ce qu'il répond : "On le recommande aux enfants à risques c'est à dire aux moins de 5 ans et les 15-19 ans. Mais aussi à ceux qui ont un problème immunitaire". Il a d'ailleurs lui-même vacciné ses enfants adolescents. 

"C'est une infection, quand on la voit, c'est horrible. L'enfant est bien à 8h du matin et il décède à 16h. Et les parents, quand vous leur parlez, ils ne comprennent pas comment la médecine n'arrive pas à sauver un enfant qui en quelques heures se dégrade...et ça, c'est le méningocoque !"

Reste le prix exorbitant de ce vaccin. C'est une des raisons pour laquelle il ne le prescrit pas à tous ses patients. "Maintenant on est en diminution naturelle, mais si dans deux ou trois ans, on est de nouveau comme il y a dix ans (60% de cas en plus), la question ne se posera même plus", le vaccin deviendra obligatoire pour tous et il sera alors pris en charge par la sécurité sociale.