Nouveau parc Spirou: ouvrir un parc d'attractions, un projet viable?

Accueillis par Marsupilami, Gaston Lagaffe ou Lucky Luke, les premiers visiteurs du nouveau parc Spirou en France découvrent les attractions. Au total, une dizaine d'engins mécaniques assez classiques à quelques kilomètres d'Avignon dans le sud-est du pays. Si les personnes présentes ce jour-là semblent apprécier ce qu'elles sont en train de découvrir, se pose tout de même la question de la viabilité d'un parc d'attractions sur un marché européen assez bouché. 

Thierry Meeùs est le propriétaire d'Océade et Mini Europe qu'il a acquis en 1998. Fils du fondateur de Walibi, l'homme en connait un rayon sur le monde des parcs d'attractions. Pour lui, une chose est sûre, pour qu'un site de la sorte fonctionne il faut qu'il propose une journée de dépaysement en famille. Ce dernier élément a son importance. Contrairement aux foires où les parents offrent quelques manèges aux plus petits, à Disneyland, Bobbejaanland ou Plopsaland, toute la famille participe. L'entrée est payée au début de la journée et donne accès à l'entièreté des manèges, pas de raison donc de se priver de quoi que ce soit.

C'est extraordinaire de passer une journée dans un parc d'attractions

Susciter l'intérêt, la curiosité, attirer même celles et ceux qui n'aiment pas forcément ce genre d'endroit : des ingrédients indispensables pour assurer le succès d'un parc d'attractions. À Disneyland par exemple, certains manèges sont d'une grande simplicité technique, mais l'histoire racontée tout au long du parcours est suffisamment forte pour prendre le dessus et suffire. "Et c'est au final le plus important", juge le patron de Mini Europe. 

Le dépaysement ne suffit évidemment pas. "Plus un parc d'attractions est grand, plus on accepte de faire quelques heures de route pour s'y rendre", ajoute Thierry Meeùs. La distance a son importance et le terrain choisi également. S'ajoute à ceci le prix du parc rarement démocratique. Dans le cas du parc Spirou, il faut compter 32€ pour une entrée adulte et 16€ pour un enfant. En ajoutant le prix du trajet et la nourriture sur place, une journée en famille revient à une (voire deux) centaine(s) d'euros pour les parents. "C'est cher, mais c'est extraordinaire comme journée", argumente Thierry Meeùs. Ceci étant, des parcs comme Walibi ou Plopsaland proposent des tarifs assez similaires et restent encore abordables à côté de géants comme Disneyland.  

Reste qu'ouvrir un parc d'attractions en Europe de l'ouest est un défi osé et "de plus en plus difficile car la mise de départ est élevée". Même s'ils sont, annuellement, davantage visités que les musées, il faut avoir les moyens et la faculté de se renouveler autant que de proposer de l'inattendu et du sensationnel. "Il est très difficile de faire encore des grands parcs à l'heure actuelle et les petites structures ont peut-être plus de chances de fonctionner. Celles qui se concentrent sur un public régional peuvent également se révéler assez rentables." Autre challenge : parvenir à faire dépenser les visiteurs sur place que ce soit en nourriture ou en souvenirs.

Et le Parc Spirou, viable ou pas?  

Sans mettre la charrue avant les bœufs, il reste possible d'imaginer au vu des éléments cités précédemment la viabilité du tout nouveau parc. Pour Thierry Meeùs, le parc Spirou reste une structure assez modeste au niveau de sa taille et du nombre d'attractions qu'il propose. "Je ne pense pas que les gens vont venir de toute la France pour le découvrir, l'équipement n'est pas extraordinaire. Après, je ne sais pas à quel point cette région attire les touristes ni quel est leur budget. Je sais juste qu'un parc aquatique avait ouvert pas très loin de là et qu'il n'a pas fonctionné des masses." Pour l'expert des parcs d'attractions, ce ne sera pas évident. 

Par contre, le parc Spirou propose un monde imaginaire nouveau et qui parle aux plus petits comme aux plus grands. Spirou fête ses 80 ans et reste un personnage mythique de la bande dessinée. Des statues aux décors en passant par le design des attractions et l'ambiance, tout a été contrôlé et validé depuis Marcinelle par Dupuis. On y retrouve donc les éléments principaux cités par Thierry Meeùs.

Actuellement étendu sur 4 hectares, les fondateurs espèrent en doubler la superficie et promettent déjà de lancer une nouvelle attraction dès 2019. 40 millions d'euros ont pour le moment été dépensés et le projet est porté par des actionnaires privés, notamment les éditions Dupuis et la région Paca. Dans les 6 ans à venir, une somme similaire sera injectée. Sur une année complète, les fondateurs espèrent accueillir quelque 500.000 visiteurs. Un petit frère belge devrait d'ailleurs ouvrir ses portes en 2021 sur le plateau du Heysel à Bruxelles.

Impressionner pour séduire

"C'est important de proposer des moments de connivence tous ensemble. Il faut du spectacle, du rêve, du dépaysement et pas uniquement des attractions fortes", explique-t-il. Aussi, même si le public n'ose pas tout essayer par peur ou juste par manque d'envie, la beauté des infrastructures ou leur côté impressionnant peuvent jouer également.

Il se souvient de l'attraction Sirocco inaugurée en 1992 à Walibi et pour laquelle le parc avait reçu un award américain qui saluait sa campagne publicitaire de qualité. Alors que les visiteurs se pressaient quotidiennement pour venir découvrir la nouveauté, l'engin se bloque et une dame s'inquiète. Thierry Meeùs se rappelle l'avoir rassurée en lui expliquant qu'elle serait bientôt en état de marche et qu'elle allait pouvoir l'essayer. Surprise, la dame lui répond qu'elle ne monterait jamais dedans, qu'elle veut juste "la voir fonctionner".

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