J-P Labille: "Nous ne vivons pas une crise, mais une mutation"

Notre société
Notre société - © ERIC LALMAND - BELGA

La fondation "Ceci n'est pas une crise" prétend que les changements que nous vivons aujourd'hui ne traduisent pas une crise, mais une transformation de fond de notre société qui engendre des "populismes identitaires". Invité de Matin Première, son président, Jean-Pascal Labille, parle de la fin d'un monde dont il faut prendre conscience pour ne pas tomber dans la peur, la haine, le rejet.

Mais, plus qu'une mutation de notre société, n'y a-t-il vraiment pas de crise ? N'y a-t-il pas de crise pour les exclus, pour les gens qui ont perdu leur emploi chez Mittal par exemple ? "C'est bien sûr une crise pour eux, répond Jean-Pascal Labille, président de la fondation "Ceci n'est pas une crise". Mais je pense que, globalement, pour la société dans son ensemble, c'est beaucoup plus profond que cela."

"Lorsque l'on utilise le mot crise – et il est parfois galvaudé dans l'utilisation qu'on en fait –, cela veut dire que l'on va revenir à 'l'État d'avant'. Mais on ne reviendra pas à l'État d'avant. (…) On ne va pas reconstruire le Mur de Berlin, et la Chine ne va pas revenir 20 ans en arrière. Ce monde est globalisé, et c'est la raison pour laquelle nous pensons qu'au-delà des crises c'est une mutation profonde qui présente divers facettes : financière, environnementale, géopolitique, biotechnologique… "

"La fin d'un monde"

"Nous sommes à un tournant. Ilya Prigogine, notre prix Nobel de chimie (1977, ULB, ndlr), avait utilisé cette formule. 'Nous sommes à un tournant. Ce n'est pas la fin du monde. C'est la fin d'un monde. Et il y a plein d'opportunités'."

Et face à cette mutation de la société, Jean-Pascal Labille – par ailleurs secrétaire général de l'Union Nationale des Mutualités Socialistes - Solidaris, et ancien ministre fédéral – veut, à travers sa fondation, mener les "combats" et prendre la mesure des "enjeux" qui "doivent transcender l'ensemble des partis, l'ensemble des couches sociales".

Dans "Ceci n'est pas une crise", on retrouve hommes politiques, patrons d'entreprises, sociologues, des personnalités du monde culturel… "Et ce n'est pas pour remplacer les partis, souligne son président. Il s'agit de les alerter et d'alerter la population sur un certain nombre de choses. Mais, au-delà de l'alerte, nous voulons mettre sur la table des solutions concrètes, tant pour le monde politique et les décideurs, que pour Monsieur et Madame Tout-le-monde qui doivent comprendre que le monde est en train de changer, et nous voulons les aider et les accompagner."

"Populismes identitaires"

Parce que, pour Jean-Pascal Labille et sa fondation, cette transformation de la société est mal comprise et génère des "populismes identitaires", autrement dit l'extrême droite notamment.

"Les gens, se retrouvant dans un monde qui change, n'ont plus de repères, se replient sur eux-mêmes, sur leur communauté et, las, sont fragilisés, car un certain nombre de personnes utilisent ces peurs, la haine et le rejet de l'autre, alors que c'est tout à fait l'inverse qu'il conviendrait de faire. Nos civilisations ont toujours été, de tout temps, le brassage, le métissage de divers peuples. Il est nécessaire de continuer sur ce chemin, mais aussi de l'expliquer et de donner des solutions."

Il faut pour lui fixer un objectif, un cap, vers une société ouverte et tolérante, "car, la fracture qui traverse aujourd'hui la société et les partis, c'est une fracture 'société fermée/société ouverte'". Et la société fermée ne peut que déboucher sur des violences, estime-t-il.

Et ces violences, telles que celles que nous avons connues avec les attentats de Charlie Hebdo ou à Copenhague, sont "incontestablement un problème identitaire". Dans le monde arabe, "il y a aujourd'hui une grande frustration, une forme même d'humiliation", selon Jean-Pascal Labille. "Quand des personnes, qui ont vécu en France, s'en vont en Syrie pour des combats qui leur sont complètement étrangers, reviennent endoctrinés et font les attentats qu'ils font, c'est que, quelque part dans notre société, quelque chose n'a pas fonctionné. On doit aujourd'hui le reconnaître et travailler au remède pour éviter d'autres attentats horribles comme ceux-là."

"Ingérence médiatique"

Concrètement, le grand projet de cette fondation est la création d'une "agence de notation du vivre ensemble", lequel sera mesuré "sur base d'un certain nombre de critères, et ce pour tous les pays européens, ou en tout cas les grands pays européens". Une enquête sur les espoirs et les craintes des Belges en matière de cohésion sociale va également être lancée et il y aura "un certain nombre de contacts, de 'roadshows' dans les universités et écoles".

Cela sonne comme du lobbying, mais Jean-Pascal Labille parle plutôt d'"ingérence médiatique", car, dit-il, la fondation veut "une caisse de résonance", notamment grâce aux réseaux des nombreuses personnalités qui la composent. Le tout pour "alerter" et "accompagner le monde politique".

T. Mignon

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