Nous ferons-nous encore la bise après la crise sanitaire ?

Voilà déjà plus de trois mois que la bise a disparu au profit de coups de pied un peu impersonnels, ou de salutations à distance. Un mal nécessaire pour éviter la propagation du virus, même si l’élargissement de nos bulles sociales (jusqu’à 10 personnes par semaine), permet des contacts plus rapprochés.

Quand la bise reviendra

Pour Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie à l’UCLouvain, cela ne fait aucun doute : la bise fera à nouveau partie de nos habitudes à l’avenir.

"L’être humain est intrinsèquement social, précise-t-il. Nous avons besoin de ces contacts, nous avons besoin d’être en relation avec les autres. Sur le plan abstrait, sans contact physique, mais aussi sur le plan charnel".

Nous voilà dépourvus…

Et c’est vrai qu’on l’a constaté dans les rues de La Louvière, les bisous manquent à presque tout le monde. Sur la place Maugrétout, on nous confie avoir parfois envie de faire des bisous, mais qu’on sait que ce n’est pas raisonnable et qu’on essaye de respecter les règles. Certains nous disent avoir l’impression de freiner leurs sentiments depuis trois mois, d’autres qu’ils ont décidé de sauter le pas avec des collègues proches, même s’ils savent que ce n’est pas l’idéal.

Risques de transmission

Et en effet, ce n’est pas pour rien qu’avant même d’imposer la distance physique, les autorités ont demandé d’arrêter la bise. Aux cliniques universitaires Saint-Luc, Anne Simon, microbiologiste et médecin hygiéniste, nous explique pourquoi.

"Quand on se fait la bise, on peut avoir du virus sur visage et se le transmettre de visage à visage. On sait qu’on en retrouve dans la salive, dans les sécrétions nasopharyngées, ça devient très très proche", explique-t-elle.

La poignée de main est loin d’être moins risquée sauf si on se lave systématiquement et directement les mains sans se toucher le visage… Ce qui est difficilement envisageable.

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Le chanteur Philippe Katerine dans le clip de sa chanson "les bisoux" © Tous droits réservés

Garder de bonnes habitudes

Pour Anne Simon, la bise pourra bien sûr revenir quand le virus aura arrêté de circuler, mais elle espère que nous garderons de bonnes habitudes, comme l’hygiène des mains, ou même la distance et le port du masque en cas de symptômes.

"Quand nez qui coule ou quand on tousse, ce sera d’ailleurs très mal vu à l’avenir, peut-être que porter un masque est sans doute un acte citoyen, je protège l’autre en portant un masque", espère Anne Simon.

Le bisou lié à l’émancipation des mœurs

Mais pourquoi la bise est-elle si importante dans nos sociétés latines ? Cette pratique n’a pourtant été généralisée qu’après la seconde guerre mondiale, voire après mai 68. Une revendication de la jeune génération.

"Se faire la bise, c’est quand même rentrer dans l’intimité de l’autre, précise Pierre-Joseph Laurent, anthropologue à l’UCLouvain. C’est sentir l’autre, sentir sa peau. C’est quand même très différent du shake hands anglais où il y a une distance. C’est lié à l’émancipation des mœurs".

Alors en attendant le retour de la bise, il reste le sourire et le regard bien sûr. Car on sait qu’un simple regard peut parfois en dire très long !

Les clés de l'info: les nouvelles mesures sociales de cette troisième phase de déconfinement (JT du 03/06/2020)

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