"Notre amour du foot, c'est un peu un amour secret pour l'injustice"

La Belgique s'est réveillée difficilement ce mercredi matin. La défaite contre la France en Coupe du monde laissera des traces dans l'imaginaire collectif. Et pourtant l'actualité et la vie des Belges continuent. Bruxelles accueille un sommet de l'Otan en présence de Donald Trump, une opération de sauvetage spectaculaire a permis de libérer 13 personnes en Thaïlande...

François De Smet, philosophe et scénariste belge, était l'invité de La Première au lendemain du match France-Belgique. "On a perdu et on est quand même dans une matinale spéciale alors que Trump est à Bruxelles, que le Brexit se casse la figure... Il y a une actualité monstrueuse à côté", fait-il remarquer.

Mais les êtres humains sont ainsi faits qu'ils "recherchent les émotions fortes partout où elles sont disponibles et le football en procure à la pelle". Le ballon rond a ce pouvoir : "mettre entre parenthèse tout ce qui est à côté. L'actualité, mais aussi la part d’ombre dont le football a besoin pour exister", note encore le philosophe.

On veut du tragique pour pouvoir refaire le match

La part d'ombre, c'est l'attribution de l'organisation de la compétition au Qatar, la consécration du lien entre football et argent... et "le fait qu'après tout on regarde quand même 22 millionnaires en train de jouer à la balle".

François De Smet paraphrase alors cette citation du philosophe français Pierre-Henri Tavolliot, interviewé en mai dernier par "Philosophie magazine" : "Le foot témoigne en réalité de notre amour secret pour l’injustice. On veut du tragique pour pouvoir refaire le match pendant et après le coup de sifflet final".

"Quand on aime le foot on doit pouvoir se préparer à ce que de temps en temps la pièce (...) tombe du mauvais côté. C’est le prix à payer. Mais c’est fascinant de voir tout ce qui est mis entre parenthèses, en ce compris la face noire du foot pour pouvoir profiter de cette petite adrénaline positive", conclut François De Smet.

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