Tests accablants: nos voitures diesel polluent beaucoup trop

Pratiquement aucun véhicule ne respecte les normes d’émissions de gaz polluants fixées par l’Union européenne. Pire: la procédure d’homologation mise en place par l’Europe n’est elle-même pas fiable. C’est ce qui ressort d’une série de tests réalisés dans différents États membres à la suite du "scandale Volkswagen".

La Wallonie a réalisé une partie de ces tests sur un banc d’essai du Centre de technologie avancée de Mons, sous la houlette notamment de l’Université montoise et de l’Institut scientifique de service public.

Un échantillon représentatif de 38 véhicules de particuliers a été testé en conditions réelles de circulation. Ils présentaient des caractéristiques identiques: norme Euro 5, moins de 100 000 kilomètres au compteur, moteur diesel de 1400 à 2100 cc.

Et les résultats sont sans appel: à une exception près (une VW…), toutes les voitures de l'échantillon testé dépassent les normes d’émissions d’oxyde d’azote (NOx) et de dioxyde de carbone (CO2) autorisées !

Des tests catastrophiques

En ce qui concerne les rejets de NOx, et si on se fie au catalogues officiels, tous les véhicules testés répondent a priori aux normes Euro 5, soit un maximum de 180 mg/km. En réalité, ce plafond est largement dépassé, avec des émissions de une à 6,5 fois supérieures !

Constat semblable pour le CO2, avec des écarts de 8% à près de 80% entre les émissions annoncées et les chiffres relevés sur le banc d’essai !

Des tests similaires ont été réalisés en Allemagne (sur 53 véhicules), en France (52) et en Grande-Bretagne (37), et les conclusions sont du même ordre.

Ecarts entre émissions annoncées et constatées

Ecarts entre émissions annoncées et constatées

Remise en cause

"C’est très paradoxal, analyse le ministre wallon en charge de la Mobilité et de l’Environnement, Carlo Di Antonio (cdH). L’Europe brandit le bâton et nous menace de sanctions si nous ne diminuons pas les émissions de gaz polluants et dangereux pour la santé sur le territoire régional, et dans le même temps elle homologue des véhicules qui ne respectent pas les normes prescrites. Et donc il est évident que nous ne sommes absolument pas contents d’apprendre que nous nous sommes fait berner comme ça depuis autant d’années".

A ce stade, peut-on parler de scandale sanitaire ? Faut-il soupçonner une forme de collusion entre un lobby des constructeurs automobiles et l’Union européenne ? "C’est difficile à dire, mais c’est en tout cas interpellant", commente prudemment le ministre.

"Ce qui est sûr, poursuit-il, c’est que nous attendons une remise en cause de l'Union européenne à ce sujet. Nous allons aussi être contraints de réorienter nos futures politiques en fonction de ces résultats. Nous devrons par exemple en tenir compte dans la réforme de la fiscalité automobile sur laquelle travaille le ministre du Budget. Nous serons peut-être aussi amenés à activer plus souvent les limitations de vitesse en cas d’alerte smog".

Les constructeurs le reconnaissent: il y a un problème

A la lecture de ces résultats, la Fédération belge de l’automobile (Febiac) se dit "interpellée" mais pas "surprise".

"Nous savons que le test européen est dépassé car il date d’une période où on ne parlait pas de voitures hybrides ou électriques, reconnaît Joost Kaesemans, le directeur de la communication. Ça démontre qu’on a besoin de nouveaux tests, actualisés. Les conducteurs, comme les constructeurs d’ailleurs, réclament des chiffres plus proches de la réalité. Ce sera le cas à partir de l’an prochain, et ce sera un grand pas en avant".

En attendant, après l'affaire VW, ceci est un nouveau coup dur pour la crédibilité du secteur automobile.

@RudyHermans

 

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