Noir Jaune Blues: une majorité de Belges racistes? Non, mais...

"Pour 74% des gens, la religion musulmane n’est pas tolérante et cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres". C'est ce qu'il ressort d'une enquête menée par Survey and Action pour la RTBF, Le Soir et la Fondation "Ceci n'est pas une crise". On peut y lire également que "six personnes sur dix voient la communauté musulmane plutôt comme une menace pour l’identité de notre pays". Le même nombre pense que l’Islam n’accepte pas les autres religions.

Cette question peut donc être posée: "Une majorité des Belges est-elle raciste et xénophobe ?". Le sociologue Benoît Scheuer contextualise les résultats: "on ne peut pas parler de racisme biologique, comme à l'époque de la colonisation. Il s'agit aujourd'hui du rejet de toutes les différences culturelles. On peut se demander pourquoi ! Tout simplement parce que nous ressentons tous que nous sociétés sont arrivés au bout de quelque chose, que le système est essoufflé, que nous basculons dans l'inconnu".

Les attentats, un des responsables

Selon Benoit Scheuer, les attentats de Bruxelles expliquent en partie ce phénomène: "on se sent victimes. Logiquement, on va se replier dans des cocons protecteurs. C'est la famille, c'est la société de proximité, ce sont les gens de son quartier, de son village, de son ethnie etc... Et très rapidement, on va percevoir les autres en terme de "eux" et de "nous". Et "nous", on sera rapidement victimes de "eux", du moins va-t-on se le représenter comme tel. Et "eux", ce sera le Musulman, le Juif, le réfugié, ce sera l'homosexuel, etc.."

La parole décomplexée ?

Doit-on y voir l'expression d'une parole décomplexée? S'agit-il d'une réelle évolution? La fin des tabous dans l'expression de ce rejet de la communauté musulmane? Pour le sociologue, il ne faut pas y voir une parole qui ce serait libérée. Plus fondamentalement, il s'agit pour lui, de la manière dont l'individu perçoit l'état de la société. "On peut dire aujourd'hui que le citoyen perçoit le rapport aux autres essentiellement en terme de peurs" estime le sociologue qui fait remonter le phénomène aux attentats du onze septembre 2001.

Réfugiés = musulmans = probables terroristes

Il ressort de l'enquête que l'équation "réfugiés = musulmans = probables terroristes" est adoptée par une majorité des sondés. 64% de la population dit également avoir peur de l’afflux de réfugiés en Europe car ce sont précisément des Musulmans. Benoit Scheuer attire l'attention sur le risque d'une spirale de la peur et des angoisses suscitées par les attentats. Il préconise dans ce cadre, une attitude proactive. Il prend en exemple la proposition, vaine, de Matteo Renzi, ex chef du gouvernement italien, d'investir un euro dans la prévention, dans le culturel pour chaque euro investi dans la sécurité: "Par exemple pour tenter de démonter l'idéologie salafiste, pour réduire la stigmatisation. Un travail éminemment culturel et  idéologique".  

Des discours aux actes...

Et pour conclure, le sociologue rappelle l'ascension d'Adolf Hitler, depuis ses discours haineux dans les années 20, et années après années: "Hitler arrive au pouvoir en 1933 mais ce n'est que cinq ans plus tard que l'on a assisté au début des pogroms de masse et la Nuit de cristal en 1938. Autrement dit, avant le passage à l'acte violent, il y a tout un travail sur les mots qui doit être fait, un travail sur l'idéologie, un travail culturel".

 

 

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