Noir-Jaune-Blues et après? "Chaque enfant a son importance"

Noir jaune Blues à Grez Doiceau : Leslie Ingel et Isabelle Elsen
Noir jaune Blues à Grez Doiceau : Leslie Ingel et Isabelle Elsen - © Le Soir

Rencontre avec Leslie Ingel et Isabelle Elsen qui s’occupent de la seule classe de maternelle dédiée aux troubles du langage en Brabant wallon. Bousculées par les réformes de l’enseignement et les hésitations des parents, elles restent optimistes.

"Et il fait quoi là le monsieur? Il grimpe dans un arbre!", Isabelle Elsen est titulaire de la classe maternelle du Tremplin à Grez-Doiceau. "On est en train de lire une histoire sur les hommes préhistoriques car on va bientôt au musée." Face elle, cinq petits garçons s’agitent sur leur chaise. "Normalement, ils sont huit mais il y a des malades".

Les bambins partagent avec les autres enfants de leur âge la caractéristique d’être irrésistiblement mignons. Ils s’en distinguent par des difficultés à s’exprimer. Alors Isabelle fait des grands gestes, répète lentement en articulant très fort ou dessine des toits de maison dans l’air avec ses mains. "Elle est rangée où la nourriture chez toi? Dans les arbres aussi comme dans le livre? Noonnn. Elle est dans le frigo!".

Avec sa collègue logopède Leslie Ingel, Isabelle gère la seule classe maternelle dédiée au langage dans le Brabant wallon. "Normalement, quand on détecte des troubles de ce type chez l’enfant, il doit suivre des séances après les cours", explique Leslie qui offre trois heures de cours particuliers par semaine à chaque élève. "C’est très fatigant pour eux et pour les parents. Ici tout est axé sur le langage. On joue avec les rythmes et on utilise beaucoup de supports visuels. La langue des signes vient en renfort mais elle n’est pas la même que celle des malentendants. Nous utilisions la grammaire de notre langue orale."

Leslie aime son boulot. Même quand, une fois par semaine, elle doit se rendre à l’autre école du Tremplin basée à Bruxelles et que cela lui demande plus de deux heures de route. Ce qui la tracasse, c’est plutôt l’avenir de sa classe. "On a perdu un tiers des enfants sur un an. Beaucoup de parents vivent mal le fait de mettre leur enfant dans le spécialisé et hésitent. Ils ont du mal à admettre ses difficultés." Elle ne leur en veut pas. "Mais si vous pouviez passer le mot que c’est mieux pour eux…"

Isabelle qui travaille depuis douze ans dans le spécialisé embraie: "Les changements de l’enseignement me posent question. Je me demande vers quoi on va? Dans quelle mesure on prend vraiment en compte les besoins des enfants de nos classes qui sont très spécifiques. Je suis entière et perfectionniste. J’ai envie que tous les élèves de ma classe aient le meilleur. Chaque enfant a son importance."

Face aux nombreux constats négatifs de notre enquête "Noir-Jaunes-Blues", Leslie veut insuffler une dose d’optimisme: "Je suis parfois déçue du manque de convivialité ou d’écoute des gens autour de moi. Un peu plus d’entraide, un sourire, ce ne serait pas grand-chose."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK