Noir Jaune Blues, et après? à Verviers: Madona, l'amour de la langue

Noir Jaune Blues et après ? - Rencontre avec Madona, Géorgienne de Verviers
Noir Jaune Blues et après ? - Rencontre avec Madona, Géorgienne de Verviers - © Le Soir

Alors que le professeur de français langue étrangère entame un énième exercice sur les pronoms, Madona ("avec un n") se concentre sur sa feuille, appliquée. Chaque réponse est impeccable. Et pour cause : la Georgienne, installée depuis 17 ans à Verviers, maîtrise remarquablement le français. Mais ces cours, paradoxalement, c’est une des rares occasions de s’exercer.

Recevant à l’improviste, gênée, dans le modeste appartement qu’elle occupe depuis 10 ans – "c’est provisoire" –, elle offre une immense tasse de café et une orange coupée en rondelles. Vraiment elle insiste.

Parmi ses quelques biens, des cassettes sur lesquelles sont enregistrées quelques chansons du pays. "J’ai passé cette période de tristesse, où j’étais nostalgique, explique cette ancienne traductrice qui a d’abord sa région l’Abkhazie, puis la capitale géorgienne, Tbilissi. Maintenant, je ne vis plus tragiquement d’être seule, c’est normal pour moi."

Non loin du lecteur de cassettes, une énorme farde de cours et des livres, nombreux. Des livres d’enfants, surtout, colorés et didactiques "pour les mots du quotidien", côtoient Sagan et quelques autres autres grands noms. Quand elle achète, c’est à l’aveugle pour de l’occasion, très bon marché. "C’est si cher ici… ".  Lire, c’est un effort, mais un plaisir aussi. Le livre du moment, un recueil de nouvelles de Lou Sin, est parsemé d’annotations en cyrillique, de phrases soulignées. "La grammaire et la syntaxe du français sont très difficiles pour les gens de Russie ou de Géorgie. Je lis parfois une phrase dont je comprends tous les mots mais pas le sens. "

Elle complexe aussi. Si elle peut lire "A la recherche du temps perdu" dans le texte, à condition de patience, elle n’a personne avec qui parler français. Après 17 ans à Verviers, elle ne connaît pas un seul Belge. Par fierté, la Géorgienne de 53 ans s’est refusé à prendre un travail de caissière ou de technicienne de surface quand elle est arrivée en Belgique. "Et je suis trop vieille maintenant pour un métier physique." Sa vie modeste lui convient mais l’isolement pèse. Ses voisins belges ne lui parlent pas.

Madona regrette qu’on n’organise pas davantage d’activités pour que les gens se rencontrent. Mais en même temps, elle le reconnaît, ce n’est pas la plus sociable. Alors ces cours de français pour débutants, même si on apprend que "les pronoms", c’est aussi un moyen de garder un peu de contact avec le monde. Et de revoir ses bases. "Je suis devenue paresseuse à force de ne rien faire. Alors de venir apprendre quelque chose de nouveau, ça me détend. Ca me donne un sentiment de satisfaction."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK