"Noir Jaune Blues et après" à Grez Doiceau: "L'esprit d'équipe efface les différences"

Noir Jaune Blues à Grez Doiceau : David Vandersmissen
Noir Jaune Blues à Grez Doiceau : David Vandersmissen - © Le Soir

David Vandersmissen est le président du club de football américain de Grez-Doiceau. Lui et ses "Fighting Turtles" doivent se battre constamment pour pouvoir continuer à pratiquer un sport méconnu aux valeurs positives.

Crâné rasé, carrure de déménageur et barbe bien fournie, David Vandersmissen en impose. Le président du club de football américain de Grez-Doieau, les "Fitghting Turtles", a la poignée de mains franche et le sourire sincère. Chaque fois qu’un média s’intéresse à son sport favori, il saute sur l’occasion. "Il y a vingt ans, c’était vraiment à la mode. Il y avait même une émission à la télé française. Aujourd’hui, plus personne n’en parle".

Sur le terrain situé à l’orée du bois du village d’Archennes, une vingtaine de jeunes casqués et les épaules gonflées sous le maillot, répètent inlassablement des phases arrêtées. D’autres se sautent dessus dans la bonne humeur. Devant notre incompréhension, David se veut pédagogue. "Chaque phase de jeu dure six à sept secondes mais le match dépasse souvent les deux heures et demie. L’équipe est divisée en deux: l’attaque et la défense. Il y a donc quatre équipes sur le terrain". Ajoutez cinq arbitres, des règles trop longues à détailler ici et une ambulance obligatoire: "Généralement, ce sont surtout des blessures à la cheville mais bon…".

Cela fait 22 ans que David pratique le football américain. Au départ, il faisait partie de l’équipe universitaire de Louvain-la-Neuve. Il y a six ans, il a fallu trouver un nouveau terrain. "La commune de Grez-Doiceau avait celui-ci de disponible et ne voulait plus que ce soit du soccer (du foot traditionnel NDLR.) car cela provoquait trop de bagarres. On a donc reçu le terrain et la possibilité de l’exploiter. C’est la seule aide de la commune", soupire-t-il.

Celui qui est représentant commercial pour Ores le jour, reconnaît qu’il a parfois eu des difficultés à se motiver, une fois la nuit tombée. "On a vraiment eu un coup dur. On a cru qu’on allait arrêter." Les Fighting Turtles ont accès au terrain, mais pour le reste, c’est la débrouille. C’est David qui a changé l’éclairage, "Heureusement que je bosse dans le secteur". C’est lui et sa compagne qui ont retapé la buvette, "Il y avait une énorme couche de poussière et des oiseaux morts partout". À part le soir de l’inauguration, ils n’ont plus jamais entendu ni vu les élus de la région. "Les ouvriers communaux tondent jusqu’au terrain de tennis en bas mais ne viennent pas jusqu’à nous, ils n’ont pas l’autorisation".

Malgré les difficultés, David s’est remotivé, pour les jeunes. "On les connaît depuis qu’ils sont gamins. On les voit grandir et évoluer". Ce qui lui plaît dans le football américain, ce sont les valeurs. "On se bat sur le terrain mais en dehors, tout le monde est pote. Aux États-Unis, les supporters des deux équipes sont mélangés dans les gradins. Il n’y a jamais de bagarre. On a des joueurs musulmans, des blacks et tout le monde s’entend très bien. La connerie n’a pas de religion ni de couleur de peau. L’esprit d’équipe efface les différences car il faut compter sur l’autre pour gagner". La question du racisme préoccupe le coach: "On constate qu’une partie de la jeunesse part à la dérive. Le sport peut les aider à se recentrer, leur donner des objectifs. Il y a des valeurs qui se perdent, pareil au niveau de l’éducation. Je crois que les parents sont un peu déboussolés face à leurs enfants qui grandissent trop vite".

Gros, grands, filles, vieux, tous les exclus du "soccer" ont l’occasion de se retrouver dans une même équipe (avec plein de balaises aussi). Le football américain est un sport ouvert à tous mais il a son prix. Comptez 250 euros par an pour la cotisation et jusqu’à 1000 euros pour l’équipement. "Cela reste moins cher que le hockey", glisse David qui reconnaît que cela peut être un frein. "Contrairement à la réputation qu’on a, dans le Brabant wallon, tout le monde ne roule pas sur l’or. On essaye de trouver des solutions à chaque fois pour que les joueurs qui n’ont pas les moyens puissent continuer à venir. Mais il faut encore qu’ils osent nous en parler".

Comme le nom de son équipe l’indique, David compte se battre lentement mais sûrement. "Il y a énormément de potentiel au niveau du sport en Belgique. Le problème est que certains sont mis en évidence et d’autres sont complètement abandonnés. Il y a encore énormément de travail".

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