Noir Jaune Blues: "En 20 ans, la confiance envers les institutions s'est totalement effondrée"

Pour le sociologue Benoît Scheuer, l'étude "Noir, Jaune, Blues" montre que "nous basculons d'un monde vers autre chose". L'un des enseignements en est qu'il y a une "mutation sociétale" qui comporte "des risques et des dangers importants. Nous quittons des sociétés qui étaient extrêmement intégrées (dans lesquelles les institutions sont créditées d'un taux de confiance important) et nous allons vers des paysages extrêmement fragmentés, extrêmement atomisés. En 20 ans, le taux de confiance à l'égard des institutions s'est progressivement effrité, et aujourd'hui est totalement effondré. Un exemple: la confiance dans le parlement était il y a 20 ans de 26%, elle est descendue aujourd'hui à 12%."

Selon le sociologue, "des acides ont dissous la capacité d'agir de ces institutions, les individus ont perçu que ces institutions ont de moins en moins de capacité d'agir, et donc les créditent de moins de taux de confiance. Que sont ces acides? Tout d'abord une sphère financière non régulée qui est au cœur de l'économie globalisée. Ensuite il y a l'expansion de la communication horizontale (internet et les réseaux sociaux) qui a complètement débordé les institutions".

On bascule dans quelque chose qui est inconnu, donc forcément anxiogène

Autre enseignement de l'étude : "On a le sentiment aujourd'hui qu'il y a un déclassement social de génération en génération, que les innovations technologiques ne conduisent pas in fine à un progrès social, mais plutôt que cela va produire de l'inégalité sociale. Le ressenti dominant, c'est que la société n'existe quasiment plus, les individus ressentent que l'on bascule dans quelque chose qui est inconnu, donc forcément anxiogène. Et la survenance des attentats (la guerre au cœur de nos villes) a accentué le sentiment que l'on bascule vers l'inconnu".

Selon Benoît Scheuer, "l'individu se sent vulnérable dans sa vie quotidienne: ce sont les souffrances au travail, le risque de burn-out, le risque de licenciement, de dépression nerveuse".

Paranoïa anti-musulmane avec une corrélation antisémite

Cela a aussi pour conséquence que "l'individu se replie sur le cocon protecteur, l'identitaire. Son ressenti de victime ne se traduit plus en termes socio-économiques, mais en termes de rapport à l'autre, et de méfiance, de rejet, de repli voire de haine, de souhait d'exclusion des autres. On voit qu'il y a une paranoïa anti-musulmane avec une corrélation antisémite. Plus on exprime des opinions antimusulmanes, plus on exprime des opinion antisémites".

Pour l'avenir, le sociologue ne perçoit que "deux voies : soit la renaissance, un monde ouvert où on va refonder la démocratie et les institutions et réinventer l'économie. Soit la gouvernance autoritaire fondée sur l'exclusion".

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