Noir Jaune Blues: constat d'échec pour le vivre-ensemble en Belgique

Malgré les belles images de communion que l'on peut observer lors des matchs des Diables, les idées xénophobes se diffusent de plus en plus largement en Belgique
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Malgré les belles images de communion que l'on peut observer lors des matchs des Diables, les idées xénophobes se diffusent de plus en plus largement en Belgique - © BRUNO FAHY - BELGA

Une société de plus en plus divisée. Les rapports entre musulmans et non-musulmans sont tendus, à fleur de peau, alimentés par les clichés et les non-dits. L’étude Noir, Jaune, Blues dresse un constat amer de notre rapport à l’altérité. A l'initiative de Survey and Action, de la Fondation Ceci n'est pas une crise, de la RTBF et du journal Le Soir, ce sondage a interrogé 4734 personnes sur leur perception de l'islam et des personnes issues de l'immigration. 400 musulmans ont également été sondés. Les résultats sont interpellants: ils dressent le constat d'une société habitée par la peur et le rejet de l'altérité. Autrement dit, de plus en plus xénophobe.

Le musulman comme bouc émissaire

Le climat d’incertitude, la crise identitaire auxquels fait face l’Europe engendre peur de l’autre et repli sur soi. La figure du "musulman" prend des allures de bouc émissaire, pointée comme la cause de tous les maux sociétaux. A des problèmes complexes comme le chômage, la violence des jeunes ou la désunion nationale, on trouve des explications simples : "il y a trop d’immigrés". Les immigrés visés sont parfois arabes, parfois musulmans, parfois les deux. Origine et religion sont confondues dans une sorte de package qui serait, d’entrée de jeu, synonyme de "dangereux". Sept Belges sur dix pensent que les immigrés veulent imposer leur façon de vivre. Il y a, surtout chez les personnes âgées et dans les milieux populaires, un véritable sentiment d’envahissement, comme si la Belgique était en proie à une conquête musulmane.

Un amalgame entre "musulman" et "terroriste"

Ainsi, l’afflux de réfugiés fait peur à 65% des Belges. En cause, cette redoutable équation pourtant sans fondement: réfugié = musulman = terroriste. Le gouffre entre le nombre estimé et le nombre réel de musulmans en Belgique en est symptomatique. Selon des chiffres de 2010, les Belges estiment qu’il y a 30% de musulmans dans le pays… alors qu’en réalité, ce chiffre ne s’élève qu’à 5,8%. Les généralisations à outrance vont bon train, alimentées par le spectre du terrorisme. Quatre Belges sur dix pensent que la communauté musulmane est complice des actes terroristes. Seul un tiers des répondants réalisent qu’elle en est en fait victime. Ces raccourcis dangereux profitent évidemment aux extrêmes de tous bords. Un Belge sur deux comprend que l’on puisse être tenté par des partis comme le Front National, surtout dans les milieux populaires et peu éduqués. 43% d’entre eux pensent qu’être Belge et musulman n’est pas compatible.

Côté musulman : un sentiment de rejet

Ces tendances se vérifient dans le ressenti de la communauté musulmane. 70% des musulmans interrogés se sentent toujours perçus comme des étrangers, malgré la nationalité belge. Ils sont également 60% à estimer que l’islam est " trop attaqué ". Un sentiment qui touche surtout les femmes, sans doute à cause de la question du port du voile. Par ailleurs, un quart des musulmans interrogés trouvent que le danger, c’est l’Occident. Ils sont encore un peu plus nombreux (trois sur dix) à se méfier des Juifs. Le grand danger semble, ainsi, être ce mécanisme de victimisation, qui touche à la fois les non-musulmans et les musulmans. A force de constamment se sentir victime de l’autre, on se retrouve dans un cercle vicieux dont le grand exclu est le dialogue.