Nicolas Vadot, dessinateur de presse: "je crois qu'il y a un risque de guerre en Europe"

Nicolas Vadot, dessinateur de presse: "je crois qu'il y a un risque de guerre en Europe"
Nicolas Vadot, dessinateur de presse: "je crois qu'il y a un risque de guerre en Europe" - © Tous droits réservés

Nicolas Vadot livre sa cuvée d’actualité 2018 dans son nouveau livre "carrément dingue""Il y a un changement cette année avec des débats de sociétés importants qui sont arrivés dans l'actualité comme #metoo. Au début, j'ai pris cela, comme un fait divers mais il m'a fallu 48 heures pour comprendre que la lame de fond était lancée. Cette année, il y a eu trois grands moments selon moi, #metoo, l’affaire Cambridge Analytica et la réflexion qu'on peut avoir sur l'utilisation des réseaux sociaux et la montée des extrémistes. Je crois qu'il y a un risque de guerre en Europe avec tout ce qui se passe ces derniers temps, nous retombons dans nos travers. Régis Debray, disait, que les dessinateurs de presse étaient comme les canaris dans les mines. Les canaris étaient descendus dans les mines car s'ils arrêtaient de chanter cela voulait dire que le coup de grisou allait survenir".

Bientôt trois ans après l’attentat à Charlie Hebdo, le caricaturiste livre également sa vision sur la liberté de presse : "la liberté de presse n'est pas revenue comme avant, je ne peux pas dessiner le prophète Mahomet en page 3 du Vif l'Express, les obscurantistes ont gagné une bataille mais certainement pas la guerre. En Belgique, nous avons une grande liberté de presse, c'est assez rare pour le souligner. Des sujets sont maintenant tabous comme celui des idoles, qu'elles soient religieuses ou non. Je prendrais comme exemple le chanteur Damso qui devait composer l'hymne des Diables Rouges. J'ai fait le test dans une école on peut parler de #metoo, du droit des femmes, mais Damso, lui, est intouchable. On est revenu dans un nouveau féodalisme, la montée des extrêmes c'est cela, on ne dirige plus pour le sens commun, on dirige pour ses affidés, pour sa page Facebook".

A-t-il succombé au politiquement correct ?

"On est dans une société qui a peur d'elle-même, ou les gens n'ont pas peur d'être choqué, mais ils ont peur que le fait qu'ils ne soient pas choqués, choque leurs voisins et c'est ça le début du politiquement correct. J'ai cependant des limites dans mon travail, j'essaye de ne pas me moquer de gens qui ne pourraient pas se défendre, les enfants, les morts par exemple. On a le droit d'être choqué, mais on a le devoir de le dire sans se frapper. Aujourd’hui on nous reproche ce que l'on dessine, mais on nous reproche aussi ce que l'on ne dessine pas. Le dessin de presse est un regard pas une vérité".

Samedi, c’est aussi la journée internationale de la fin de l’impunité des crimes contre les journalistes. "On va vers la dictature quand on s'attaque d'abord aux journalistes, puis aux artistes et enfin aux autres. Quand on s'en prend aux journalistes, c'est que le coup de grisou n'est pas très loin. Après la tuerie de Pittsburgh, Donald Trump a dit que c'était la faute des journalistes. J'ai un collègue là-bas, qui il y a quelques semaines, c'est fait virer de son journal car il avait dessiné Donald Trump. Les journalistes ont des défauts, mais quand on s'en prend à eux, c'est mauvais signe".

Fake News

"Ce qui m'inquiète, c'est l’absence totale, d’éducation aux médias dans nos écoles. L'école n'apprend pas a décrypter le monde actuel".

Crise de la presse 

"Il n'y a jamais eu autant de demande de contenu et mon métier est de fournir du contenu. Le média où je travaille se porte bien car il a beaucoup investi dans le digital. Et le dessin de presse est transférable dans le monde digital, et cela peut toucher une plus grande audience dans le monde. Mais je fais aussi des livres car les gens souhaitent garder une trace".

 

 

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