Netflix coupable des abus qu'elle dénonce ?

Netflix coupable des abus qu'elle dénonce?
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Netflix coupable des abus qu'elle dénonce? - © MARTIN BUREAU - AFP

"Dernière nos écrans de fumée", c’est le dernier documentaire Netflix. Le film dépeint les effets pernicieux des réseaux sociaux. D’anciens pontes de la Silicon Valley, des sortes de repentis du web, dénoncent les techniques utilisées pour nous manipuler et nous faire scroller toujours plus. Ils dénoncent aussi les fameuses bulles dans lesquels les réseaux nous enferment, en nous proposant uniquement du contenu qui valide notre point de vue.

Si nous regardons Netflix, c’est surtout Netflix qui nous regarde

Et, tout d’un coup, l’ironie saute aux yeux du spectateur. Et que fait Netflix, la plateforme qui diffuse ce même documentaire ? Que fait Netflix sinon nous pousser à regarder toujours plus de séries, à binge-watcher, comme on dit en bon français ?

Le principe est le même que pour les réseaux sociaux : en fait, si nous regardons Netflix, c’est surtout Netflix qui nous regarde. La plateforme analyse nos données, nos habitudes de vision, pour déterminer nos goûts, et prévoir nos envies.

Des visuels personnalisés

Non seulement le menu est adapté à notre profil mais les vignettes des films le sont aussi. Quelqu’un qui a regardé beaucoup de films romantiques aura, pour Good Will Hunting, un visuel présentant Matt Damon et Minnie Driver. Quelqu’un qui a regardé des comédies verra plutôt Robin Williams. Si vous aimez tel acteur, on le mettra en évidence, même s’il n’a qu’un rôle secondaire. "Nous n’avons pas un produit mais 100 millions de produits différents, un pour chacun de nos membres, avec des recommandations personnalisées et des visuels personnalisés", explique l’équipe tech de Netflix sur son blog. Les bandes-annonces sont, elles aussi, adaptées.

Celles-ci s’activent d’ailleurs toutes seules : c’est l’autoplay comme sur Youtube ou Facebook. Et puis, il y a ce bouton " passer l’intro ", et l’autre qui permet de passer encore plus vite à l’épisode suivant, qui s’enclenche de toute façon automatiquement. Netflix recourt aussi aux notifications pour vous annoncer de nouveaux contenus qui pourraient vous plaire.


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Comme les réseaux sociaux, Netflix nous isole devant notre écran. Et nous enferme dans une bulle. Une bulle culturelle. Vous n’aurez pas les mêmes suggestions que votre oncle fan de film de karaté.

Quant aux fake news, elles ne circulent pas sur Netflix comme sur les réseaux sociaux, évidemment. Mais avec sa force de frappe (183 millions d’abonnés à travers plus de 190 pays), on peut légitimement se poser des questions sur l’influence exercée par la plateforme à travers ses choix de documentaires ou les valeurs prônées dans ses séries… En Ukraine, un acteur incarnant un président à l’écran ne l’est-il pas devenu dans la réalité ?