Néonicotinoïdes: les betteraves belges recourent toujours à ces insecticides interdits par l'Europe

On les surnomme souvent les "tueurs d’abeilles". D’après de très nombreuses études, les néonicotinoïdes sont au moins en partie responsables du déclin des pollinisateurs. Depuis janvier 2019, l’Europe a interdit trois d’entre eux. Mais la Belgique, comme la Pologne et l’Autriche, a décidé d’octroyer une dérogation pour les cultures de la chicorée, de la laitue et surtout pour le secteur de la betterave.

Deux ONG, "Nature et Progrès" et "Pesticide action Network" ont déposé un recours devant le conseil d’État mais la juridiction a rejeté la demande formulée en extrême urgence. Elle se prononcera sur le fond prochainement.

"Un très mauvais signal"

Pour le secrétaire général de Nature & Progrès, cette dérogation est un message qui ne rend service ni l’environnement, ni aux agriculteurs : "C’est ne pas suivre l’Europe qui interdit ces molécules sur base d’un dossier longuement argumenté. Et donc on donne un mauvais signal aux agriculteurs en leur faisant croire qu’il y a encore un avenir pour ces produits dans notre agriculture alors qu’ils seront interdits dans les prochaines années. Malheureusement, on perd encore du temps pour notre environnement…", regrette Marc Fichers.

"La graine enrobée est un moindre mal"

Pour bien comprendre, nous avons rendez-vous chez Jean-Pierre Van Puynbrouck. Dans sa ferme de Walhain, ce producteur de betteraves cultive 125 hectares de betteraves dans le brabant wallon. Une partie de sa production n’est plus soumise aux néonicotinoïdes mais un tiers de ses cultures profite de la dérogation obtenue par le fédéral.

Aujourd’hui, la graine est enrobée d’argile dans lequel sont intégrés ces fameux insecticides qui luttent contre la prolifération des pucerons à l’origine de la jaunisse virale. "Cette maladie provoque des cercles ronds sur les feuilles et ralentit la photosynthèse. Elle avait disparu de nos campagnes depuis 20 ans et dans les zones touchées, on a une perte de rendement de l’ordre de trente à quarante pourcents", explique le fermier.

 

"Pas d’alternative", selon les betteraviers

Pour les agriculteurs, il n’existe pas d’alternative valable pour remplacer ces insecticides interdits par l’Europe. "La seule solution c’est de faire un comptage de pucerons dans les champs pour ensuite pulvériser une, deux et jusqu’à quatre fois ou plus par an. Au niveau écologique, agronomique ou économique, c’est une marche arrière !", déplore Jean-Pierre Van Puynbrouck, l’agriculteur brabançon.

"C’est faux", rétorque le patron de Nature et Progrès. "L’année passée, seulement 30 pourcents des champs ont été traités aux néonicotinoïdes. Ça a prouvé que l’hécatombe qui prédisait la fin de la production betteravière ne s’est pas produite. Donc oui, on peut trouver des alternatives. C’est un peu plus compliqué, ça demande un suivi des cultures mais bon… C’est le métier des agriculteurs", conclut Marc Fichers

L'été 2019 n'est pourtant sans doute pas une saison représentative. Aidées par une météo exceptionnellement sèche, les cultures semblent avoir été épargnées par les pucerons. Ce qui a permis d'éviter ou de ralentir l'apparition de la fièvre jaune dans les champs.

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