Nathalie, mère porteuse: "Je suis une cigogne"

Nathalie se considère comme une cigogne. Elle est enceinte de 18 semaines. Le jour de l’accouchement, elle donnera le bébé à un couple d’amis très proches, ce sont ceux qu’on appelle les "parents intentionnels". C’est leur matériel génétique (ovule et sperme) qui a été utilisé. Nathalie est le vaisseau qui permet de donner vie à cet enfant.

Tout commence il y a deux ans. Des amis proches de Nathalie sont en bout de parcours. La seule option qui reste pour eux, c’est l’adoption ou la gestation pour autrui (GPA). Une idée germe alors dans la tête de Nathalie. Elle souhaite offrir ce cadeau à ses amis, dans une démarche purement altruiste. Elle en parle à son mari : "Il a évidemment une part importante dans cette décision. Une fois qu’il a été d’accord, j’en ai parlé à mes enfants parce que j’estime qu’on est tous acteurs, on a tous notre rôle à jouer dans cette aventure", explique-t-elle.

À 4 dans la salle d’accouchement

Après deux tentatives infructueuses, Nathalie peut enfin annoncer la bonne nouvelle au futur papa et à la future maman. "C’était l’apothéose. Ils étaient aux anges", se souvient-elle les yeux pétillants.

Depuis, le couple l’accompagne dans chaque rendez-vous, à chaque étape de la grossesse. "Ils viennent avec moi aux visites, on va voir la sage-femme ensemble, on prévoit l’accouchement ensemble. On sera d’ailleurs à 4 dans la salle d’accouchement", détaille-t-elle. Et d’ajouter : "Je me réjouis que les parents puissent enfin vivre leur rôle de parent à 100%".

La question de l’attachement

Nathalie vit sa grossesse de l’extérieur. Lorsqu’elle est à l’hôpital pour faire les échographies, elle se voit comme une amie qui accompagne la maman. "En fait, je m’imagine comme une petite cigogne. On m’a confié un enfant. J’en prends soin et puis je le rends", analyse-t-elle.

Elle n’a d’ailleurs pas peur de s’attacher. Des psychologues l’accompagnent pour s’en assurer. Régulièrement, elle a des entretiens téléphoniques pour discuter de tous les aspects de sa grossesse. Elle peut également, si elle en ressent le besoin, avoir une séance en face-à-face.

Le docteur Candice Autin est la responsable du centre de PMA à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles. C’est dans ce service que Nathalie a été suivie. Elle fait le même constat que sa patiente concernant l’attachement : "Une mère porteuse se présente dès le départ comme celle qui va prendre soin de l’enfant pendant 9 mois. Elle investit sa grossesse très différemment. C’est comme une nounou, elle va s’attacher à cet enfant, mais différemment", analyse-t-elle.

Nathalie peut aussi compter sur son mari pour l’accompagner dans cette grossesse qui n’est pas sans apporter son lot d’obstacles. "Il faut avoir un couple solide", prévient-elle.

Et après?

Nathalie et les parents intentionnels ont beaucoup discuté. Leur relation se base sur l’échange, tout est dit, tout est clair. Il en sera de même avec l’enfant. "Il n’y aura pas de tabou. Dès qu’il sera en mesure de comprendre, on lui expliquera", assure-t-elle.

Nathalie aura d’ailleurs une place privilégiée dans la vie de cet enfant puisque les parents lui ont demandé d’être la marraine.

Quel cadre légal?

En Belgique, il n’existe pas de législation spécifique pour encadrer la Gestation Pour Autrui (GPA). Le milieu médical se base donc sur deux lois. D’une part, la loi de 2007 sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA) et d’autre part, celle sur l’adoption.

Lorsqu’un enfant naît d’une GPA, la mère porteuse doit renoncer à ses droits. Les parents d’intention doivent, eux, introduire une procédure d’adoption. Une procédure qui prend généralement deux ans.

Pour s’assurer que tout se passe bien, les centres spécialisés ont également instauré un cadre très strict. La mère porteuse doit idéalement ne pas être plus âgée que 45 ans, elle doit avoir déjà eu ses propres enfants et faire partie de l’entourage proche des parents d’intention. Dans 60% des cas, la mère porteuse est la sœur, la belle-sœur, la cousine.

Par ailleurs, le projet ne peut être rémunéré. Et la mère porteuse n’a aucun matériel génétique en commun avec l’enfant à naître. Il est donc issu d’un ovule de la mère intentionnelle et du sperme du père intentionnel. Après une fécondation in vitro, l’embryon est implanté chez la mère porteuse.

Depuis 20 ans, 26 bébés sont nés grâce à l’aide d’une mère porteuse à l’hôpital Saint-Pierre. La moitié des couples venait de France où la GPA est toujours interdite.

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