Nanoparticules: on redoute des risques d'incendie et d'explosion

"Les connaissances relatives aux dangers de ces nouveaux matériaux sont actuellement restreintes", ont souligné des experts, car à l'échelle nanométrique (1 nanomètre = 1 milliardième de mètre), la matière acquiert des propriétés nouvelles.

Ainsi, une poudre constituée de particules de quelques dizaines de nanomètres peut devenir chimiquement beaucoup plus réactive que des substances de plus grande taille, dont les dangers sont mieux connus.

Ainsi, "les nanoparticules d'aluminium ont un risque d'explosion plus important que d'autres particules de la même matière", a relevé devant la presse Bruno Debray, de la Délégation scientifique et technique de l'Ineris.

Les nanoparticules d'aluminium pourraient "exploser de manière plus violente que l'hydrogène, gaz bien connu pour sa capacité à détoner", selon une étude de Jacques Bouillard et Alexis Vignes, publiée dans le rapport scientifique de l'Ineris.

Leur collègue Emeric Frejafon a fait état d'un cas d'explosion due à des nanoparticules d'aluminium dans un filtre de traitement des effluents.

Tout comme le noir de carbone (surtout utilisé pour renforcer des pneus), les nanotubes de carbone resteraient faiblement explosifs.

Dans le cadre du programme Nanoris, intégré au programme européen Nanosafe2, les chercheurs de l'Ineris ont aussi étudié les risques d'auto-échauffement, c'est-à-dire d'élévation de la température de nanopoudres ou de nanotubes de carbone. Ils en concluent que "plus le matériau est nanostructuré (et donc petit), plus il est sensible à la combustion et à l'explosion".

L'évaluation des risques reste complexe, car les nanopoudres peuvent changer de caractéristiques en s'agglomérant.

Or, pour beaucoup de tests d'inflammabilité et d'explosivité, les particules sont "temporairement stockées et de ce fait s'agglomèrent, soulignent les chercheurs, précisant qu'il est ensuite difficile de les "désagglomérer".

A cause de ces problèmes d'agglomérations, "nos instruments ne permettent pas de mettre en évidence les phénomènes qu'on voudrait voir", regrette M. Debray, qui explique qu'évaluer précisément les risques pourrait éviter des surcoûts aux industriels.

Dans le doute, ils peuvent, selon lui, être conduits à "surprotéger" le lieu de travail.

Pour étudier les éventuels effets sur les poissons de nanoparticules présentes dans l'eau, il faut tenir compte notamment de la salinité de l'eau qui accroît la tendance des particules à s'agglomérer, précisent d'autres experts.

L'évaluation des risques posés par les "nanos" au sein des écosystèmes "n'est pas pour demain", souligne Pierre Toulhoat, directeur scientifique à l'Ineris.

Mais "il est impératif que les connaissances des risques progressent parallèlement au développement des nanotechnologies" pour que celles-ci ne "soient pas tuées dans l'oeuf", ajoute-t-il.

Il fait notamment état de programmes, lancés pour trois ans, pour étudier l'éventuel passage de nanoparticules à travers des membranes au niveau des poumons, du cerveau ou des testicules.

La sécurité des laboratoires travaillant sur les "nanos" va aussi être passée au crible. Selon le directeur général de l'Ineris, Vincent Laflèche, un "audit systématique" de ces sites est prévu en France.


AFP

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