Nadeem de Molenbeek retrouvé mort à Anvers: son corps est incinéré sans avertir la famille

Nadeem Akhtar, la victime.
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Nadeem Akhtar, la victime. - © Facebook

C'est un véritable drame que vit la petite communauté pakistanaise de Molenbeek. Un des leurs, Nadeem Akhtar, 38 ans, a été retrouvé mort par la police dans le port d'Anvers et son corps a été incinéré sans que la famille n'ait été avertie. Une famille de confession musulmane pour qui l'incinération est proscrite selon les rites funéraires islamiques.

La famille prévenue trois mois plus tard

Les faits tout d'abord. Nadeem est un vendeur de fleurs dans les restaurants, tel qu'on en croise régulièrement dans les lieux touristiques. Le 4 juillet dernier, il part rejoindre Anvers, comme il le fait chaque week-end, pour s'approvisionner en bouquets. Mais il ne rentre pas à Molenbeek à la fin de sa journée. Le 8 juillet, toujours sans nouvelles, Wasim, un de ses cousins, décide d'alerter la police. "Le 8 juillet, nous sommes allés au commissariat de police à Bruxelles pour signaler sa disparition. Nous avons tout tenté pour savoir où était Nadeem mais son GSM ne répondait plus", raconte Wasim qui prévient le petit frère de Nadeem, Gul Qaisar, installé lui en Allemagne.

Les jours et les semaines passent, jusqu'au 12 octobre dernier. La police débarque au domicile de Nadeem pour demander à ses amis et ses proches de se rendre à la police d'Anvers. Sur place, Gul Qaisar apprend la terrible nouvelle : son grand-frère est mort, son corps a été retrouvé inanimé dans les eaux du port d'Anvers. Gul Qaisar réclame alors le corps de son frère afin de prévoir les funérailles. Problème : le corps a déjà été incinéré.

Même les cendres, personne n'a pu nous dire où elles sont

"Quand on m'a annoncé cela, j'étais à moitié mort. Non seulement on venait de nous apprendre que mon frère était mort", raconte Gul Qaisar, les larmes au bord des yeux. "Mais en plus, on a brûlé son corps, ce qui est interdit dans l'islam. Les cendres ? Il n'y en a pas, il n'y en a plus. Même les cendres, personne n'a pu nous dire où elles sont. Depuis, on n'a toujours pas pu effectuer notre deuil ni organiser la prière du défunt vu qu'il n'y a plus de corps. C'est un véritable drame."

Comment expliquer que la police ait pris trois mois pour alerter la famille du triste sort de Nadeem et surtout, qui a pris la décision de brûler le corps ? Tous les éléments étaient pourtant à disposition des autorités pour remonter jusqu'à l'adresse, les amis et les proches de la victime... "Quand on nous a annoncé la nouvelle à la police d'Anvers, celle-ci nous a remis une enveloppe avec les effets personnels de mon frère : ses clés, son GSM, la carte SIM et surtout, des tas de documents officiels avec son ancienne et sa nouvelle adresse à Molenbeek, un document de son avocat en charge de sa demande de régularisation car Nadeem, s'il vivait en Belgique depuis 13 ans, n'était pas encore en situation régulière. Mais on pouvait malgré tout facilement retrouver sa famille avant qu'il ne soit trop tard. La preuve que c'est possible, on nous a retrouvé, mais trois mois après", s'étonne Gul Qaisar.

"A chaque fois que nous réclamons des explications sur ce qui s'est réellement passé, pourquoi il y a eu cette impardonnable erreur", ajoute Gul Qaisar, "on ne nous dit rien. On se confond juste en excuses. Mais cela ne me suffit pas. Je veux savoir, je veux la justice. Depuis ce drame, toute ma famille est sous le choc. Mon père et ma mère au Pakistan sont en dépression. Ma sœur pleure jour et nuit. Et moi, j'ai décidé de quitter l'Allemagne où je travaille pour m'installer en Belgique. Je ne quitterai votre pays que lorsque j'aurai toutes les explications."

Plainte déposée

"Nous avons déposé plainte auprès d'un juge d'instruction à Anvers qui va enquêter sur ce qui s'est passé à savoir les raisons réelles de la mort de Nadeem Akhtar, pourquoi a-t-il été incinéré et surtout pourquoi n'a-t-on pas prévenu la famille à heure et à temps alors qu'il y avait des documents sur la victime permettant d'identifier la famille", explique Maître Abdelhadi Amrani.

Une instruction est aujourd'hui lancée nous confirme le parquet d'Anvers. Quant à la police fédérale, elle annonce qu'une enquête interne a été ouverte, pour faire la lumière sur cette affaire.

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