Munich: des bactéries à l'assaut des mauvaises odeurs

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L'interdiction de fumer pose un nouveau défi à la fête de la bière de Munich: comment neutraliser les effluves d'alcool, de graillon et de transpiration? Un entrepreneur prône la culture de bactéries.

Le tabac avait jusque-là l'avantage de masquer, tel un parfum, les odeurs nauséabondes dans les tentes à bière mais, depuis le succès d'un référendum cet été en Bavière sur l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics, les taverniers se devaient de réagir.

Un entrepreneur bavarois, Hubert Hackl, leur propose la solution en livrant un produit issu d'une culture de bactéries pour ne pas indisposer les narines des quelque 6 millions de visiteurs attendus à l'événement né il y a 200 ans à Munich (sud de l'Allemagne).

Combinés à une aération insuffisante, les restes alimentaires et les boissons renversés par les serveurs et les consommateurs sur le plancher constituent un terreau propice à la putréfaction et donc aux désagréments olfactifs dans des halles qui peuvent contenir jusqu'à 7.000 buveurs.

La potion magique, explique l'entrepreneur, est "un liquide brunâtre à l'odeur agréable d'humus" issu d'un compost lavé de ses micro-organismes, auquel on a ajouté en quantité infime algues et mélasse, puis qu'on a laissé fermenter.

"Il s'agit de la façon la plus naturelle de traitement des déchets biologiques", affirme M. Hackl.

Réparti sur le parquet en bois des halles à bière, à raison de 200 ml par m2 et par jour, le liquide prend alors le même chemin que les autres impuretés, s'infiltrant entre les planches et dans les trous pour retourner en terre.

Le processus permettrait d'éliminer les matières organiques indésirables nichées sous le sol des tentes. Les restes serviraient, selon M. Hackl, d'"engrais naturel pour l'herbe repoussant au printemps" sur la "Theresenwiese", la prairie où sont dressés chaque année les chalets à bière pour la plus grande fête populaire au monde.

Certains brasseurs sont sceptiques et préfèrent miser sur des méthodes conventionnelles.

"Le peu de bière qui se répand dans le sol n'est vraiment pas un problème", affirme Peter Schottenhamel, 69 ans, propriétaire de la plus ancienne halle à bière de l'"Oktoberfest", ouverte par son grand-père en 1867. Ce solide Munichois aux yeux clairs a préféré investir dans un meilleur système d'aération.

D'autres ont voulu tenter ou renouveler l'expérience, faisant confiance à celui qui fournit depuis 28 ans des détergents et autres systèmes de nettoyage à la fête de la bière.

"Nous testons le procédé pour la première fois", déclare Renate Heide, tenancière de la halle à bière Bräurosl, d'une capacité intérieure de 6.200 places.

La plus grande des tentes à bière, l'imposante Hofbräu, qui offre 7.000 places, est la première à avoir testé le produit ces deux dernières années "particulièrement aux comptoirs où les odeurs s'accumulent". "Au niveau des toilettes, c'était beaucoup mieux aussi", affirme à l'AFP son gérant Friedrich Steinberg qui a placardé pour la première fois des affiches d'interdiction de fumer dans son enceinte. "Les serveurs auront aussi tous un badge rappelant l'interdiction aux consommateurs".

En conséquent, dès vendredi, à la veille de l'ouverture de l'"Oktoberfest", il a fait déverser le produit "devant la cuisine, dans l'espace réservé à la consommation debout, à l'entrée des toilettes et aux comptoirs". "Cela a pris trois heures et nous comptons recommencer peut-être tous les deux ou trois jours après le nettoyage des sols".


AFP

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