Mouvements citoyens, enfants de la crise

Mouvements citoyens, enfants de la crise
8 images
Mouvements citoyens, enfants de la crise - © Tous droits réservés

Tout Autre Chose, Acteurs des temps présents, Alliance D19-20, No transat… Depuis la crise économique de 2008, et ces derniers mois en particulier, on assiste à l’émergence de nombreux mouvements qui veulent remettre les citoyens au coeur du débat politique. Avec les syndicats, les associations déjà existantes, ces mouvements s’opposent à l’austérité, prônent des alternatives et proposent de nouvelles formes de contestation. Leur succès est croissant. Mais des questions essentielles demeurent. Comment vont-ils imposer leurs idées face au pouvoir ? Vont-ils vraiment « faire mouvement », mobiliser les exclus, les classes moyennes, les dégoûtés de la politique ? Peuvent-ils faire émerger des projets fédérateurs ? Vont-ils durer dans le temps ? Plongée non-exhaustive dans les nouvelles formes de contestation.

Toute Autre Chose dans le débat citoyen.

Le 11 décembre 2014, le comédien de David Murgia était l'invité de Matin Première. C'est l'un des premiers signataires de l’appel de Tout Autre Chose. Il invitait les citoyens à rejoindre un mouvement " proposant des alternatives aux modèles de société dominants en luttant contre l'austérité ".

L’inspiration vient du nord du pays. Quelques mois plus tôt, en effet, des personnalités du monde culturel flamand avaient lancé le mouvement Hart Boven Hard que l’on pourrait traduire par " le coeur pas la rigueur ". La plateforme dénonce la politique d’austérité décidée par le gouvernement de Geert Bourgeois. Très vite, Hart Boven Hard rallie de nombreux citoyens. Il rassemble aujourd’hui plus de 17 mille signataires et près de 1500 associations.

Côté francophone, l'appel de Tout Autre Chose est lancé par une centaine de personnalités issues des mondes culturel, universitaire, associatif. Il a depuis lors été signé par plus de 12 mille citoyens et une centaine d'organisations.

Quatre mois après l'appel, où en est cette initiative ?

Tout Autre chose se structure. Il s'est doté d'organes centraux et de 8 sections locales (3 à Bruxelles, 5 en Wallonie). Il s'est donné des balises (Il appelle à une société démocratique, solidaire, coopérative, écologique, juste, égalitaire, émancipatrice, créative, apaisée, réjouissante). Il s'est fixé 12 horizons (vers une économie réelle, sociale ouverte aux solidarités et à la coopération, vers une justice fiscale, une planète au coeur de nos préoccupations...).

Ils participent ou organisent de multiples actions. Tour des piquets de grève à vélo lors de la grève générale du 15 décembre, action " non au black out culturel " en marge des Magritte 2015, etc. Et, le 29 mars, en partenariat avec Hart Boven Hard, la grande parade contre l'austérité et pour une tout autre société rassemble 20 mille personnes dans les rues de Bruxelles.

 

Les acteurs des temps présents en marche vers la coopérative.

Comme Tout Autre Chose, Acteurs des temps présents se veut un mouvement citoyen transversal. Mais il est né, lui, dans le giron syndical. Au printemps 2013, le métallo liégeois Nico Cué invite artistes, syndicalistes, agriculteurs et allocataires sociaux à faire un bout de chemin ensemble. Ils organisent alors une série de marches en Wallonie. Le but est véritablement de faire mouvement, de faire dialoguer des personnes qui n’ont pas l’habitude de se parler, pour découvrir d’autres réalités, trouver des points de convergence et d’ainsi élargir le front de la contestation.

Après une période de flottement, le mouvement a repris vigueur. Il organise une action symbolique contre les exclusions du chômage, il participe aux grèves et manifestations syndicales. Et surtout, il lance l’idée d’une grande coopérative dans une logique triple de gratuité, de mutualisation et de coopération. Elle aurait comme objectif de se déposséder du territoire, du temps et de l’argent. Le but étant de travailler au niveau local à la mise en commun. Un projet en devenir. L’avenir des Acteurs des Temps présents s’écrit aussi en pointillé…

Tout un mouvement social en action.

Tout Autre chose et Acteurs des temps présents sont deux exemples de mouvements qui visent à élargir le champ de la contestation sociale. Ils pourraient faire leur la devise du pays " l’Union fait la force ". Il existe de nombreuses autres plateformes citoyennes qui cherchent à créer du lien, à rassembler pour peser sur le débat politique, pour exister dans le champ médiatique. On peut encore citer des plateformes comme " No transat ", l’alliance D19-20, qui s’opposent toutes deux au traité de libre échange qui est en négociations entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Le collectif Roosevelt.be propose un new deal en 15 mesures pour éviter un effondrement, un krash financier. On peut aussi citer Article 63 alinéa 2, un mouvement qui lutte contre les exclusions du chômage.

Et les syndicats, principaux acteurs de la lutte sociale, me direz-vous ? Que font-ils face à l’émergence de mouvements citoyens aux modes d’action plus ludiques, plus créatifs, de mouvements transversaux rassemblant des personnes aux profils très variés. Les syndicats eux sont au contraire très structurés, leurs manifestations, les grèves surtout et leurs conséquences, ne sont pas toujours bien vues au sein de la population. Mais ils s’adaptent. Lancés eux aussi dans la lutte contre l’austérité, ils soutiennent ces plateformes citoyennes, y participent même activement. Ils font front commun.

Le chemin est encore long.

La crise a fait émerger toute une série de mouvements citoyens. Les politiques d’austérité menées depuis ont fait le reste du travail. La mobilisation est là. Mais ni les syndicats, ni les mouvements citoyens n’ont réussi à empêcher le saut d’index et la réforme des pensions. La mobilisation est là. Mais ne risque-t-elle pas de s’essouffler sans résultats concrets.

Les syndicats poursuivront leur lutte. Mais les mouvements citoyens ? Pour durer dans le temps, pour maintenir voire élargir la contestation, ces mouvements sociaux doivent préciser leur discours, le porter largement sur la scène publique, atteindre une taille critique pour faire contre-poids au discours dominant.

Un défi de taille… à la hauteur des espoirs de ces mouvements qui rêvent d’une tout autre société.

Retour sur la rencontre-débat organisée par le théâtre Varia le 14 mars 2015

Le 14 mars dernier, le Théâtre Varia organisait une journée consacrée aux nouvelles formes de contestation. Sur la scène des membres de mouvements citoyens, des artistes et des académiciens. Parmi, les invités, il y avait Bruno Frère, sociologue à l’ULg et à la Sorbonne, spécialiste du mouvement social.

 

 

 

Eduardo Galo, membre du Cercle Podemos Belgique dans la parade Tout Autre Chose/Hart Boven Hard

Le comédien David Murgia joue un extrait de son spectacle " Discours à la Nation " à la fin de la parade Tout Autre Chose/Hart Boven Hard

 

Sandro Calderon et Nicolas Poloczek

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK