"Mourir la Nuit " : une immersion de 5 ans sur les pas de la Crim'

C’est l’une des sorties littéraires marquantes de ce début du mois de novembre. Anne-Cécile Huwart, journalise freelance (pour Médor, Le Soir, Le Vif ou Moustique), publie son premier livre, Mourir la Nuit où elle raconte, tel un polar, son immersion pendant cinq ans sur les pas de la Crim’. Elle y décrit également le quotidien des policiers, le travail de la justice et les difficultés auxquelles ces professionnels peuvent être confrontés dans la résolution des enquêtes criminelles.

Un livre, 2 enquêtes

Au cœur de l’ouvrage, on retrouve deux meurtres qui n’ont quasi rien en commun, si ce n’est qu’ils ont été commis… le même jour. “Le 3 février 2014, lors d’une réunion, on a annoncé que le corps d’un SDF avait été découvert à l’entrée d’un parking d’un hôtel de luxe près de la place Rogier. […] Puis le lendemain, quand je suis revenue pour connaître l’avancée de la première affaire, la commissaire Natacha Barthel m’annonce qu’un autre meurtre a eu lieu le même jour dans l’après-midi. J’ai alors décidé de suivre les deux enquêtes.”

Ces deux histoires permettent en réalité à la journaliste de mettre en parallèle deux mondes drastiquement opposés. “La deuxième victime avait un profil totalement opposé à celui du SDF : issu de la haute bourgeoise, cet homme homosexuel a été retrouvé dans son appartement assez cossu à Uccle. Mais tous les deux ont été assassinés d’une manière violente ; tous les deux se sont retrouvés dans la même salle d’autopsie.”

Si ces deux individus sont issus de classes sociales opposées, il n’empêche que la journaliste n’a pas observé de différences de traitement dans ces affaires dans lesquelles les suspects ont d’ailleurs été assez rapidement interpellés : “Le principal souci des enquêteurs avec qui j’ai travaillé reste de résoudre coûte que coûte ces affaires.”

Un travail journalistique de longue haleine

La principale difficulté pour Anne-Cécile Huwart a été d’obtenir des autorisations… “J’ai surtout eu du mal à accéder aux bureaux de la police… J’ai mis presque deux ans pour avoir ces autorisations. Ce n’est pas facile – en tant que journaliste – d’obtenir la confiance des policiers.” Une fois les autorisations en poche, elle a tenu à suivre les affaires du début à la fin – passant donc de l’univers policier à celui de la justice avec les procès d’assises.

Et elle ressort de son expérience avec un constat : on est loin des séries télé américaines ! “Natacha Barthel m’a clairement dit que ce n’était pas les Experts, mais plutôt Commissaire Maigret. Tout prend du temps : les analyses, le procès d’Assises, les devoirs d’enquête, les enquêtes de moralité…

La littérature du réel

Cette sortie fait par ailleurs écho à la manifestation des policiers de ce mercredi devant le Palais de Justice de Liège. Originaires de toute la Belgique, ces 500 policiers ont dénoncé les violences et les insultes qu’ils subissent quotidiennement dans le cadre de leur fonction, mais ont également réclamé plus de moyens pour effectuer un travail de qualité.

Ce manque de moyens, Anne-Cécile Huwart a pu l’observer concrètement au cours de son reportage. “Des logiciels ne sont pas adaptés. On retrouve aussi un manque d’effectif pour réaliser des enquêtes précises et méticuleuses.” Par ailleurs, elle raconte cette scène surréaliste pendant le procès de la deuxième victime où des pièces à conviction devaient être rapportées des sous-sols du Palais de Justice de Bruxelles. “L’expert a dû revêtir une combinaison étanche et un masque à gaz à cause des émanations toxiques…” Preuve en est donc de la précarité de nos palais de justice…

Depuis la parution de son livre, la journaliste a eu des retours positifs de la part de la Crim’: “ Je pense qu’aujourd’hui les policiers ont un vrai désir de reconnaissance. Ils sont contents quand on dit qu’ils ont bien fait leur boulot.

Anne-Cécile Huwart, “Mourir la nuit”, ONLIT Editions, Parution le 6 novembre 2019.

Retrouvez la Semaine Viva chaque samedi de 13h à 14h avec Régine Dubois et Christophe Grandjean. Toutes les séquences sont à (re)découvrir sur Auvio !

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK