Montres connectées pour enfants : une dérive sécuritaire ?

Cette montre connectée permet d'envoyer et recevoir des appels, des sms, et d'être géolocalisé
Cette montre connectée permet d'envoyer et recevoir des appels, des sms, et d'être géolocalisé - © ALEX WONG - AFP

"Une montre connectée pour des parents rassurés". Tel est le slogan d’un nouveau gadget qui sera lancé en Belgique dès le mois d’avril. Il s'agit d'une une montre GSM destinée aux enfants de 5 à 9 ans. Son look a tout pour plaire aux plus jeunes, et ses fonctions ont tout pour rassurer leurs aînés. Grâce à des paramètres de géolocalisation, les parents peuvent pister leurs chérubins et les appeler dès qu'ils sortent de leur périmètre de sécurité. De quoi inquiéter les spécialistes qui y voient une dérive sécuritaire.

"L’enfant finit par assimiler la liberté au danger"

Child Focus est sceptique quant à l’utilité réelle d'une telle montre connectée. Les disparitions d'enfants sont en effet très rares à cet âge : 3 cas par an en Belgique. Belinda Noé, coordinatrice du département exploitation sexuelle de Child Focus, y pointe un danger dans le développement de l’enfant : "Une fois devenu adolescent, le jeune pourrait avoir une attitude à risque à cause d’un besoin accru de liberté". Elle reconnait cependant l’intention bienveillante des parents : "Ils veulent protéger leur enfant dans un environnement particulièrement anxiogène". Pas de quoi justifier la géolocalisation, pour le psychothérapeute Jacques Ravedovitz : "L’apprentissage de la liberté est aussi important que la sécurité. Si l’enfant se sent tenu en laisse, il finira par assimiler la liberté au danger". Un écueil qu’il qualifie de "dangereux et pervers".

Et sur le plan juridique ?

Avancée technologique ou instrument d’espionnage ? Le débat est ouvert. Mais qu’en est-il sur le plan juridique ? L’article 6 de la loi du 6 janvier 1978 prévoit que la collecte de données doit être nécessaire et non excessive. Le devoir de surveillance des parents envers leurs enfants répond-il à ces conditions ? Oui, pour autant que le traçage de leur progéniture ne soit pas considéré comme excessif. Cette question n’a pas été tranchée jusqu’à présent, même si la loi reconnait le droit des mineurs au respect de leur vie privée. Un droit qui, à certains égards, se voit menacé par les objets connectés. Voilà qui nuance quelque peu l’engouement autour d’une montre qui, pour certains, n’est pas sans évoquer le bracelet électronique.

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