Monsanto condamné pour son glyphosate, les lignes politiques vont-elles bouger?

Monsanto condamné pour son glyphosate, les lignes politiques vont-elles bouger?
Monsanto condamné pour son glyphosate, les lignes politiques vont-elles bouger? - © JEAN-FRANCOIS MONIER - AFP

Le vendredi 10 août est une date historique pour les défenseurs de l’environnement et de la santé : Monsanto a été condamné par la justice américaine pour les effets délétères sur la santé de son herbicide phare, le Roundup. La société doit verser un dédommagement de 289,2 millions de dollars à Dewayne Lee Johnson, en phase terminale d’un cancer du système lymphatique. Ce jardinier et père de deux enfants incrimine le glyphosate.

Un jugement qui est sévère envers le n°1 mondial des semences et pesticides : après plus d’un mois de procès où se sont succédé témoins, représentants de Monsanto et experts scientifiques, les jurés ont considéré que le glyphosate était "un facteur substantiel" du cancer du plaignant, que Monsanto connaissait les risques liés à ces produits et qu’il n’avait pas assez mis en garde ses utilisateurs.


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Une condamnation qui tombe à pic, alors que les dirigeants politiques n’arrivent pas à se dépêtrer du lobby industriel pour mettre un terme à l’utilisation du glyphosate dans l’agriculture. Tout comme l’industrie du tabac en son temps, Monsanto a réussi à semer le doute autour de la dangerosité de la molécule, à coup de lobbying politique et de pseudo-articles scientifiques coécrits par la firme elle-même, comme l’a révélé Le Monde avec ses Monsanto Papers. En novembre dernier, l’Union européenne s’est prononcée en faveur d’une prolongation pour cinq ans de l’autorisation du glyphosate, révélant une fracture entre ses pays membres, une partie d’entre eux souhaitant l’interdiction immédiate. Et surtout, cette prolongation a en fait été possible grâce au vote du ministre allemand de l’Agriculture, qui a enfreint la ligne du gouvernement, au grand dam de la chancelière Angela Merkel.

En Belgique, on veut relancer le débat européen

Mais maintenant que la justice a tranché, les lignes vont-elles bouger du côté des décideurs politiques ? En Belgique, le ministre wallon de l’Environnement Carlo Di Antonio (cdH) n’a pas tardé à sortir du bois et, dans une interview à nos confrères de La Libre, à demander de rouvrir le débat au niveau européen. Rappelant la situation bien belge où le glyphosate est interdit d’utilisation pour les particuliers dans les trois Régions, mais est toujours en vente, sa commercialisation dépendant de compétences fédérales. Il a donc mis la pression du Denis Ducarme, le ministre fédéral en charge, pour qu’une date d’interdiction de vente aux particuliers soit définies. "L’interdiction est imminente" a répondu le ministre MR. "J'attends maintenant sa publication au 'Moniteur belge'. La décision est donc prise !" Une réponse qui a "enchanté" son collègue du cdH.

Le Parlement européen continue d'enquêter

Au niveau de l’Europe, certains prédisent aussi un certain chamboulement. Eric Andrieux, président de la commission d’enquête sur l’évaluation des pesticides dans l’UE a déclaré à nos confrères français du Monde que sa commission spéciale va "auditionner des parties prenantes de l’affaire qui vient d’être jugée en Californie". Cette commission a en effet été créée en mars 2018, afin d’enquêter les éventuelles failles dans la procédure européenne d’autorisation des pesticides, suite aux Monsanto Papers, et aux expertises scientifiques très divergentes des autorités en la matière : les agences européennes (dont l’EFSA) considèrent le glyphosate comme non-cancérogène, un avis qui n’est pas partagé par le Centre international de recherches sur le Cancer et l’OMS, qui l’ont classé comme cancérogène probable en 2015.

"L’une des questions qui se pose, selon moi, et que pose ce jugement, est celle de l’objectivité des expertises, en particulier celle des conflits d’intérêts dans l’expertise. " a confié Eric Andrieux au Monde. "Des propositions de réforme du fonctionnement de l’EFSA, à commencer par une augmentation de ses moyens, ont été faites par la Commission européenne."

La France brasse du vent

Du côté français, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a tout de suite appelé à "mener une guerre" contre les pesticides, demandant aux sénateurs de revenir sur une disposition de projet de loi qui avait été supprimée, et qui prévoyait de séparer vente et conseil en matière de pesticides et herbicides. Mais Nicolas Hulot n’a tout de même pas été jusqu’à avancer l’échéance d’interdiction avant 2021, pointant du doigt les groupes de pression. Pour rappel la France avait voté contre la prolongation européenne de cinq ans du glyphosate, mais n’a pas su appliquer cette interdiction dans ses propres frontières, les députés ayant rejeté l’amendement inscrivant sa sortie en mai dernier.

Il y a quelques jours, les écologistes français (EELV) s’est lancé sur le terrain du judiciaire. Ils ont déclaré qu’ils déposeraient un recours en référé pour faire interdire les herbicides au glyphosate du groupe Monsanto. "EELV entend contester en urgence en justice la légalité des autorisations de mise sur le marché".

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