Monsanto a-t-il créé des "faux fermiers" pour faire la promotion du glyphosate?

Le glyphosate, cet herbicide commercialisé notamment par la firme Monsanto, est dans l'œil du cyclone depuis plusieurs années. Accusé d'être cancérogène et dangereux pour l'environnement, le produit s'est retrouvé au cœur d'un procès retentissant en août dernier. Monsanto a été condamné par la justice américaine pour les effets délétères sur la santé de son herbicide phare, le Roundup. La société doit verser un dédommagement de 289,2 millions de dollars à Dewayne Lee Johnson, en phase terminale d’un cancer du système lymphatique. Ce jardinier et père de deux enfants incrimine le glyphosate.

Résultat : sur le front du lobbying, la bataille fait rage. D'après une enquête de Greenpeace dévoilée ce mercredi, Monsanto aurait créé des groupes d'agriculteurs "fantômes" dans plusieurs pays. Parmi les membres de ces associations, on trouverait des agriculteurs fictifs... et favorables à l'utilisation des herbicides totaux. 

"Soutenu par des fabricants de produits agricoles"

Selon la radio française RMC, qui révèle l'information, en même temps que le quotidien britannique The Independent, le branche française de cette opération s'appelle "Agriculture et liberté". Cette association se présente sur son compte Twitter comme "un groupe d'agriculteurs français unis pour protéger notre mode de vie et nos moyens de subsistance". Sur son site internet, "Agriculture et liberté" se dit "soutenu par une coalition d’utilisateurs et fabricants de produits agricoles"... sans préciser lesquels. 

Pour Greenpeace, une chose est sûre : c'est la société Red Flag Consulting qui a tout orchestré pour le compte de Monsanto. Red Flag Consulting figure dans le registre de transparence de l'Union européenne. On y apprend que l'entreprise travaille bien pour Monsanto, mais aussi pour la multinationale du tabac British American Tobbacco.

En Italie, Monsanto se cacherait derrière "Liberta di Coltivare". En Grande-Bretagne, il s'agirait de "Free to Farm". "Toutes ces entités Red Flag ont été très présentes sur les salons et les foires agricoles à travers l'Europe. Greenpeace a identifié leur présence dans au moins 33 foires agricoles", écrit RMC. Le média français a contacté Red Flag Consulting qui assure "n'avoir jamais prétendu être un groupe de fermiers" et "n'avoir exercé aucun lobbying". Son seul objectif serait de "rétablir la vérité sur le glyphosate auprès d'agriculteurs qui ont ensuite fait entendre leur propre voix".

"Bayer-Monsanto paierait donc un groupe de lobby pour qu’il agisse dans toute l’Europe afin de vanter les bienfaits du glyphosate, classé comme probablement cancérigène par ailleurs. Ces agissement démontrent l’avidité du groupe, prêt à empoisonner la Terre et ses habitants pour servir ses intérêts financiers", déplore Greenpeace dans un communiqué.

Les "Agriculteurs en liberté" démentent et sortent du bois

Côté français, "Agriculture et liberté" a publié sur son site internet un démenti intitulé "nous ne sommes pas des fantômes". "Des activistes de Greenpeace voudraient vous faire croire que seuls Monsanto et des 'agriculteurs fantômes' soutiennent l’utilisation sans danger du glyphosate. Mais nous sommes des agriculteurs ici en France, nous sommes producteurs de produits alimentaires et nous dépendons du glyphosate pour nos récoltes et pour gagner notre vie", affirment-ils.

Ils ajoutent : "Nous utilisons du glyphosate sur nos exploitations et nous croyons fermement que l’utilisation sans danger du glyphosate est essentielle pour l’avenir de l’agriculture en France. Le glyphosate est utilisé de manière sûre en France depuis plus de 40 ans et le consensus scientifique démontre que l’utilisation raisonnée du produit en Europe est sans danger."

Le site internet donne aussi une liste de membres. Parmi eux : Denis Fumery, agriculteur dans les Yvelines. Très actif sur les réseaux sociaux, il a déclaré à terre-net.fr que ça ne lui faisait "pas très plaisir d’être traité d’agriculteur fantôme". Et de préciser : "Je ne défends pas Monsanto. Je défends mon usage raisonné du glyphosate. Ce n’est pas du tout pareil."

Le deuxième sur la liste, Hervé Pommereau, est lui aussi très présent sur Twitter où il compte un millier d'abonnés. Cet agriculteur en Eure-et-Loire (nord-ouest de la France) partage régulièrement des message prenant la défense du glyphosate. Il est aussi secrétaire général du Forum des agriculteurs responsables respectueux de l'environnement (FARRE). Un forum qui, peut-on lire sur un site internet difficile d'accès (version "en cache" disponible en cliquant ici) est soutenu entre autres par les entreprises chimiques Dupont et... Monsanto.

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