Mons: rénover des maisons anciennes en ville pour loger les familles nombreuses

Située rue d'Havré, cette ancienne maison montoise a été rénovée en profondeur
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Située rue d'Havré, cette ancienne maison montoise a été rénovée en profondeur - © RTBF

La Wallonie compte plus de 112.000 familles nombreuses (données de 2018 – étude du Centre d’Etudes en Habitat Durable), un chiffre en augmentation car même si les Wallons ont moins d’enfants qu’autrefois, les familles recomposées sont souvent des familles nombreuses intermittentes.

"Notre paysage s’agrandit. Il y a toujours beaucoup de familles classiques avec papa et maman mais aussi des familles monoparentales et des familles recomposées avec six enfants une semaine et zéro enfant la semaine suivante et donc le logement", explique François Castagna, responsable régional Hainaut-Ouest du Fonds du logement des familles nombreuses de Wallonie, une coopérative qui octroie des prêts et investit dans le parc locatif pour ces familles. Selon les chiffres les plus récents, une famille nombreuse sur cinq est une de ces familles en garde alternée, surnommées aussi familles "accordéon".

Parmi les bâtiments acquis par le Fonds du logement, on trouve de grosses demeures patrimoniales situées dans les grandes villes. Une fois rénovées, elles sont transformées pour accueillir plusieurs logements pour familles nombreuses.

Bel exemple de ce phénomène, la rénovation récente d’une ancienne maison de notaire du 18e siècle située à la rue d’Havré, en plein cœur historique de la ville de Mons. Ce bâtiment était la propriété de la Maison internationale, une asbl qui accueille et loge des étudiants étrangers.

Aménagé en maison de repos, il a ensuite été laissé à l’abandon pour être enfin cédé au Fonds du logement des familles nombreuses.

La coopérative s’est trouvée face à une rénovation complexe en raison notamment de la valeur des décors, cheminées et parquets retrouvés au premier étage. Impossible d’en faire un appartement de location : "Cela aurait été trop contraignant pour les familles", explique François Castagna.

Le choix s’est donc porté sur un immeuble mixte : des bureaux aux premier et deuxième étages, deux kots pour étudiants (en collaboration avec la Maison internationale) et deux grands appartements de quatre chambres pour familles nombreuses. Des familles qui acceptent de grimper quelques étages pour accéder à leur logement, l’immeuble étant dépourvu d’ascenseur.

Une chambre pour chaque enfant

Nous avons rencontré une locataire, en cours d’aménagement. Méganne Dehaut n’a pas eu peur de l’escalier. Elle est heureuse de nous faire visite son appartement. Un grand séjour baigné de lumière, un coin cuisine mais surtout 4 chambres, ce qui permet à chacun de ses trois enfants d’avoir une chambre. Les deux aînés, âgés de quatre et cinq étaient heureux de découvrir ce nouveau logement, "ils ont tout de suite demandé à voir leur chambre et ils ont dit : wow comme c’est beau, j’aurai ma chambre pour moi tout seul", raconte Méganne. Dans son précédent logement minuscule, la maman dormait avec sa petite fille tandis que les deux grands partageaient une chambre.

Comme Méganne, 20% des familles nombreuses de Wallonie sont monoparentales. En grande majorité, le parent isolé est une femme. Trouver un logement dans le privé est souvent compliqué : "souvent je me suis fait recaler parce qu’on me dit que trois enfants c’est beaucoup, les propriétaires ont peur de la dégradation de leur bien". Toujours selon l’étude de 2018, une famille nombreuse sur cinq ne dispose pas d’un nombre suffisant de chambres et la même proportion vit dans un logement présentant des problèmes d’humidité.

Des enfants placés parce que le logement est insalubre

C’est la raison pour laquelle, beaucoup se tournent vers les logements sociaux et les agences immobilières sociales. Anaïs Coppenolle est intervenante sociale au Fonds du Logement des familles nombreuses, elle témoigne de la détresse des familles en attente de logement : "Beaucoup de candidats nous appellent plusieurs fois par semaine en pleurs, parce qu’ils sont dans une situation d’urgence, ils risquent de se retrouver à la rue à la fin du mois. Leurs enfants risquent d’être placés en institutions parce que leur logement est insalubre. Ils se tournent vers nous parce qu’ils savent qu’au Fonds du Logement nous avons des chambres en suffisance". Malheureusement, la coopérative ne gère pas l’urgence, elle travaille en collaboration avec les agences immobilières sociales et les CPAS. Elle ne gère en direct que quelques logements comme c’est le cas pour cette maison de la rue d’Havré à Mons.

Autre problématique à laquelle les familles nombreuses sont confrontées : la mobilité. Quand il faut conduire les enfants à l’école, chez le médecin ou pour des activités, vivre en ville est un véritable atout. Méganne par exemple n’a pas de voiture, elle apprécie donc particulièrement la situation de son nouveau logement : "pour moi c’est beaucoup plus pratique, je suis à proximité de tout : les magasins, l’école, les bus, le train, l’hôpital, c’était un de mes objectifs".

Des projets compliqués à concrétiser

Mais alors, si on manque de grands logements, si les centre-villes conviennent aux familles nombreuses, s’il y a trop de kots, s'il y a trop de chancres dans nos villes… Pourquoi ne pas multiplier les projets comme celui de la rue d’Havré ? François Castagna répond : "On avance, le Fonds du Logement produit chaque année une quarantaine de logements de ce type mais c’est est le parcours du combattant sur le plan administratif. Je pense aux normes de salubrité, aux normes incendie, au permis d’urbanisme, aux défis architecturaux. Mais ça vaut franchement la peine".

Multiplier encore ces projets ? Cela pourrait en valoir la peine. Tout le monde en sort gagnant : les familles, le patrimoine à préserver et les centres-villes qui cherchent à retrouver des habitants.

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