Moins puissant qu'un smartphone, "AGC", le micro-ordinateur qui a permis de marcher sur la Lune

"AGC": le micro-ordinateur qui a permis de marcher sur la Lune
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"AGC": le micro-ordinateur qui a permis de marcher sur la Lune - © Tous droits réservés

Il y a 50 ans, l’Homme marchait sur la lune. Mais sait-on que pour y arriver, il a dû compter sur l’intelligence du premier "micro" ordinateur de l’Espace. Une boîte de 30 kilos dont la puissance ferait sourire aujourd’hui. Le Block II, c’est son nom, était des dizaines de milliers de fois moins puissant qu’un smartphone. Mais il a fait le job.

Douze ans avant l’arrivée du PC, le premier ordinateur de l’espace aurait de quoi effrayer les astronautes du XXIe siècle. C’est pourtant lui qui a ouvert la voie à la miniaturisation de l’informatique.

Deux ordinateurs jumeaux

L’ordinateur qui permettra au module lunaire (LEM) d’arriver entier sur le satellite terrestre est connu sous plusieurs noms. Block II fait référence au Block I qui a essuyé les plâtres lors des premiers essais. Mais son nom officiel est l’Apollo Guidance Computer (AGC). Et surprise, le lanceur Saturne V emportait dans ses flancs, non pas un, mais deux de ces ordinateurs, totalement jumeaux, l’un dans le module lunaire et l’autre dans le module de commande, la "capsule" qui tournait autour de la Lune pendant que Neil Amstrong et Buzz Aldrin entraient dans l’Histoire.

Un ordi confié à la sous-traitance

Première originalité, c’est n’est pas la Nasa qui a conçu le Block II, mais le MIT Instru­­men­­ta­­tion Labo­­ra­­tory. Une première pour la Nasa qui ne sous-traitait alors jamais ses grands projets stratégiques.

32 kg tout mouillé

Ce qui est aussi exceptionnel pour l’époque est son poids. Au début des années 60, le premier prototype de l’Apollo Guidance Compu­­ter occupe l’espace de trois armoires de la taille d’un frigo. Son poids était conséquent. Lorsqu'il sera embarqué dans l’aventure Apollo 11, sa cure d’amaigrissement aura ramené le Block II à 32 kg. Notamment grâce à l’utilisation de 4000 circuits intégrés, bien plus légers que les transistors traditionnels utilisés à l’époque. Cela aussi, c’était une première. Tout comme le système d’exploitation EXEC capable d’effectuer 6 tâches simultanément.

Bugs spatiaux

Cet ordi­­na­­teur n’était pas commandé par un langage de programmation (comme le langage C), mais directement en langage machine. Ce langage natif (des successions de O et de 1) lui permettait de démarrer au quart de tour et d’être opérationnel dès la première seconde. De quoi faire rêver des générations d’utilisateurs de PC. Il n’était pas pour autant insensible aux bugs, puisque l’ordinateur du LEM a dû redémarrer cinq fois durant la période où Neil Armstrong et Buzz Aldrin ont marché sur la Lune.

Plus grave, deux codes erreur sont apparus pendant la phase d’atterrissage. Armstrong signale alors un code d’alarme "1202". Le centre de contrôle répond simplement : "Apollo 11, ici CAPCOM, nous avons vérifié, veuillez ne tenir aucun compte des codes d’alerte 1202 et 1201". Mais explique, Joseph Van Schaftingen, instructeur pédagogique à l’Eurospace center, les manœuvres d’approche en ont été perturbées, obligeant Neil Armstrong à reprendre les commandes lors des dernières minutes.


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Si le logiciel avait pour unique finalité d’amener des hommes sur la Lune, le hard­­ware, en revanche fut utilisé pour d’autres tâches dans les années 1970. Il a équipé le premier avion à vol auto­­nome (aujourd’hui on parlerait de drone), et un petit sous-marin.

La force informatique de chaque mission lunaire pouvait encore compter sur deux autres ordinateurs embarqués. Le premier, appelé LVDC, était un calculateur de vol sur l’instrumentation de Saturn V. Le second était un ordinateur de secours placé dans le module lunaire. Désigné Abort Guidance System (AGS), il devait intervenir en cas d’échec du PGNCS (Primary Guidance, Navigation and Control System) pour ramener le LEM vers la capsule en cas de panne.

Et l’informatique au sol ?

Bien sûr, la mission Apollo 11 pouvait compter sur l’aide de l’informatique au sol, mais là aussi, la puissance disponible ferait sourire les informaticiens du XXIe siècle. Toute la charge du calcul des données à 35.000 km de la terre était assurée par 5 IBM System/36, modèle 75. C’est notamment à lui qu’incombait la tâche de calculer les coordonnées spatiales du rendez-vous entre le module lunaire et la capsule placée en orbite et commandée par Michael Colins. Un véhicule en forme de cuberdon chargé de ramener les trois hommes sur terre.

Ce qu’il y avait à l’intérieur

Ce qui impressionne le plus, 50 ans plus tard, est la (faible) force de calcul de ces ordinateurs pourtant révolutionnaires. La puissance de chacun des deux ordinateurs Block II reposait sur un processeur de 16 bits travaillant à une cadence de 1 MHz. Sa mémoire vive (RAM) de 4 Ko et sa ROM (mémoire morte) de 36 Ko feraient frémir les spationautes actuels.

Le premier IBM PC avec puce Intel x86 sorti en 1981, soit moins de 12 ans plus tard, avait 8 fois plus de mémoire que l’ordinateur AGC.

S’il est difficile de comparer la puissance de l’ordinateur d’Apollo avec celle des PC et téléphones actuels tant les composants sont différents (mémoire vive, mémoire morte, fréquence, nombre de cœurs…). Le calcul de la puissance FLOPS (le nombre d’opérations en virgule flottante par seconde) permet au moins de faire une estimation.

Aujourd’hui, un PC costaud vendu dans le commerce représenterait près de 150.000 la puissance de l’ordinateur de bord d’Apollo 11. Un Smartphone moderne devrait, lui multiplier par près de 70.000 la puissance de cet ordinateur mythique.

Un GPS avant la lettre.

Sorte de GPS avant la lettre, c’est aussi ce Block II qui, allumé dès le décollage de Saturne V, veillait à sa bonne trajectoire jusqu’à la Lune. Et c’est son frère jumeau, embarqué dans le Lem qui devait le faire "atterrir" à la surface du satel­­lite. Toute la difficulté était de réali­­ser l’alunissage tout en ralen­­tis­­sant, ce qui était rendu difficile par l’instabilité du LEM provoquée par la baisse constante du poids du carburant (consommé durant la descente).

Ce qu’est devenu le Block II

Ce que l’on considère aujourd’hui comme une relique à la fois tech­­no­­lo­­gique et historique, a bien failli disparaître. Lors d’une vente aux enchères orga­­ni­­sée en 1976 pour évacuer du matériel destiné à la casse, l’ordinateur Blok II fut sauvé de la fonte par un collec­­tion­­neur de Hous­­ton. François Rauten­­bach, sud-Africain devenu, depuis, son nouveau propriétaire, assure que le premier acquéreur a reçu une visite surprise du FBI auquel il a dû prouver que l’acquisition s’était faite de manière légitime. A en croire François Rautenbach sur le site d’Ulyces, le Block II étant tota­­le­­ment igni­­fugé et complè­­te­­ment hermé­­tique, ni eau ni pous­­sière ne l’a péné­­tré. "Il était infi­­ni­­ment plus résis­­tant que les ordi­­na­­teurs d’aujourd’­­hui et c’est ce qui l’a sauvé".

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