Mohamed, mari d'une des victimes de Maelbeek: "On ne peut plus tolérer des discours de haine"

Mohamed: "Nous ne devrions avoir aucune aversion pour l'Occident"
Mohamed: "Nous ne devrions avoir aucune aversion pour l'Occident" - © NOS

Nos collègues de la NOS, la radio-télévision publique néerlandaise, sont partis à la rencontre de Mohamed el Bachiri, un Molenbeekois qui a perdu sa femme Loubna lors de l’attentat du métro Maelbeek, le 22 mars 2016. Loubna, musulmane, est l’une des 32 victimes tuées dans le métro par des djihadistes ce matin-là.

Dans un long entretien, l’homme revient sur cette dramatique matinée: "Elle avait entendu qu’il y avait eu des attentats à Zaventem. Elle a pris le soin d’appeler sa maman qui était au Maroc et qui devait rentrer en Belgique pour l’avertir qu’il y avait eu un attentat. Puis elle a pris le métro à Etterbeek et puis voilà...", la suite est malheureusement bien connue.

"J’étais conducteur de métro et, ce jour-là j’étais en congé. Une amie à elle est venue me réveiller aux alentours de 10 heures. On m’a dit: ‘Tu as des nouvelles de Loubna ?’ Je ne comprenais pas et j’ai répondu: ‘Non... pourquoi ?'

‘Tu n’es pas au courant de ce qu’il s’est passé ? Il y a eu une explosion à Maelbeek'. Instinctivement, j’ai pris mon téléphone et j’ai regardé la connexion Viber de mon épouse. J’ai vu qu’à 9h10, il n’y avait plus rien… j’avais compris, je le sentais".

Pour moi, Bruxelles n'a pas de métro

Après le décès de sa femme Loubna, tuée dans le métro de Bruxelles, Mohamed a reçu beaucoup de soutien mais il a abandonné son travail de conducteur de métro: "J'étais chauffeur de métro, j’aimais mon boulot et l’ambiance qui y régnait. Mais maintenant le métro n'existe plus pour moi. On se déplace en voiture. Pour moi, Bruxelles n'a pas de métro... c’est trop dur !".

On était des musulmans, heureux, fiers d’être Belges

Mohamed évoque aussi la personnalité de sa femme. Il la décrit comme une femme aimante et généreuse, ouverte sur les autres, souriante. Il parle également de leurs racines communes, belges et musulmanes: "On était des musulmans, heureux, fiers d’être Belges, heureux de vivre avec tout le monde".

"Par le fait, je suis une victime et en même temps, étant de Molenbeek et m’appelant Mohamed, je suis un terroriste potentiel aux yeux du monde, certainement", ressent le jeune papa. Mais pas question de lui parler de haine envers les auteurs des attentats "À quoi ça sert ? Je préfère ressentir de l’amour pour les vivants, pour les autres, pour mon épouse qui est partie, pour tous les gens bien".

Accepter que quelqu'un pense différemment que soi

Musulman convaincu, Mohamed parle de sa foi en l'islam et de remise en question: "Elle est indéniable, la remise en question au sein de notre religion. Déjà le discours religieux doit être adapté, revu. On ne peut plus tolérer des discours de haine, cela devrait être proscrit. Il faut inciter les théologiens et les imams à parler avant tout d’amour. Parce que c’est l’essentiel, la base. Certaines valeurs humanistes sont totalement compatibles avec l'islam comme la sacralisation de la vie humaine qui doit être intouchable". Parmi les autres valeurs qu’il cite, le libre-arbitre et la liberté de pensée: "Accepter que quelqu'un pense autrement que soi".

Nous ne devrions avoir aucune aversion pour l'Occident

La Belgique et l’Occident sont haïs par les terroristes. Le jeune molenbeekois, lui, préfère parler d’amour pour son pays : "Quand je parle d’amour, je parle aussi d’avoir de l'amour pour son pays, avoir de l'amour pour l'Occident. On doit accepter que nous sommes des musulmans avec une culture occidentale et donc ne pas avoir de l'aversion par rapport à l'Occident."

Pour autant, cela ne veut pas dire être systématiquement d’accord: "Bien sûr, vous pouvez parfois être en désaccord avec certaines choses, on en a le droit, vous en avez le droit. Mais il faut l’exprimer de façon normale et civilisée."

Vous pouvez vous appeler Mohamed, venir de Molenbeek et être un homme de paix

Message d’espoir en guise de conclusion, tout spécialement adressé à ceux qui font des amalgames : "Vous pouvez vous appeler Mohamed, venir de Molenbeek ou d’ailleurs et être un homme de paix".

Le reportage complet est disponible via ce lien, (de 12:24 à 20:58).

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