Mobilité: faut-il tout miser sur l'électrique?

La France annonce la fin de la vente des voitures thermiques en 2040. La Wallonie y pense également et table sur 2030. Mais quelles sont les alternatives qui s’offrent aux conducteurs ? Le directeur de Volvo, Hakan Samuelsson, annonçait cet été que toutes les voitures de la marque disposeraient d’un moteur électrique dès 2019. L’électrique est-elle LA solution ou une arnaque écologique ? C’était la question posée par Bertrand Henne dans Débats Première.

Une arnaque, le mot est un peu fort, s’accordent à dire Pierre Courbe, chargé de mission Mobilité à Inter-Environnement Wallonie, Yves de Partz, spécialiste du secteur automobile, et Joost Kaesemans de la Fédération Belge de l’Automobile et du Cycle (FEBIAC). Cependant, cette option pour l’instant favorisée par les pouvoirs publics et les constructeurs soulève beaucoup de questions sociales, éthiques, économiques et bien sûr… écologiques.

Changement local pour impact global

Pour Pierre Courbe, il y a aujourd’hui une double injonction qui est tout simplement aberrante : "D’une part les pouvoirs publics insistent sur la sortie du diesel et de l’essence, et d’autre part il y a une injonction sociétale qui met la pression pour ne pas sortir du système automobile actuel et se contenter uniquement de remplacer les moteurs thermiques par des électriques ". 

Pour le responsable de mission chez Inter-Environnement Wallonie, la voiture électrique ne peut pas répondre à tous les maux : certes, elle répond à certains problèmes, notamment celui des émissions de gaz à effet de serre au niveau local et les nuisances sonores, mais elle n’est pas la panacée. C’est tout le système des transports, l’aménagement du territoire et notre vision de la mobilité qu’il faut revoir : "Aujourd’hui, 70 % de l’espace public est occupé par le transport, alors qu’il pourrait très bien être alloué à autre chose." Et à ça, la voiture électrique ne sera pas une solution miracle.

La citadine électrique semble être une option crédible sur le long terme mais, pour Joost Kaesemans, directeur de la communication de la FEBIAC, elle n’est qu’une solution parmi d’autres : "Le moteur thermique n’est pas forcément condamné à disparaître. Il peut encore évoluer grâce aux avancées technologiques."

L’électrique, un enjeu international 

Dans un monde globalisé où tout est interconnecté, la problématique de la mobilité et les impacts environnementaux de celle-ci ne peuvent être évalués localement. "Dans le cadre des voitures électriques, se pose forcément le problème des métaux rares des batteries", mentionne Yves de Partz. "Cette technologie met la pression sur les ressources naturelles, une pression sociale et environnementale. Je pense par exemple à l’exploitation du Cobalt en République démocratique du Congo", renchérit Pierre Courbe. 

Un chamboulement des dynamiques internationales est alors à anticiper selon le chargé de mission Mobilité : "Aujourd’hui, le système des transports est régi par les producteurs de pétrole car il en est dépendant. Demain, il risque de dépendre des pays producteurs de ces matières qui ne sont pas présentes sur le sol européen."

Pour toutes ces raisons, Yves de Partz prône l’option de sécurité : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et jouer la carte de la mixité des technologies. "Les vérités d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier et ne seront pas celles de demain ".  

>>> A lire aussi : 5 millions de voitures en Belgique: combien de temps le thermique et l'électrique devront-ils cohabiter ?

Dans l’émission de Débats Première consacrée à la voiture électrique et son impact écologique, Bertrand Henne et ses invités ont également discuté des cas de figure où la voiture électrique peut être priorisée par rapport à d’autres, des dernières études sorties sur le sujet, et des autres caractéristiques influençant les impacts environnementaux de nos véhicules. Retrouvez l'émission en intégralité ci-dessous.

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