Mister Beam au chevet des malades : quand les robots viennent amuser les enfants hospitalisés au temps du coronavirus

La pandémie de coronavirus ferait presque oublier que dans les hôpitaux, il y a des malades qui souffrent d’autres pathologies. Parmi ces malades, des enfants. Pour distraire les petits patients, des clowns, artistes et chanteurs passent régulièrement dans les chambres pour apporter bonne humeur et attention. Des animations qui existent depuis des années.


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Mais avec le coronavirus, l’hôpital réduit ses accès. Seuls les parents sont autorisés et les portes doivent rester fermées. Le patient se sent seul et quand le moral baisse…

Petit robot, grand effet

Le département Learning Lab de l’UCL dispose d’un robot d’apprentissage. Une machine de téléprésence qui permet à l’enseignant d’être présent dans la classe, de bouger dans la pièce mais aussi à un étudiant chez lui de participer aux cours. L’année scolaire étant quasi terminée, le robot s’est retrouvé sans boulot…

La technologie a donc été détournée de son emploi initial. "Le système est simple à utiliser", explique Pascal Vangrunderbeeck, conseiller pédagogique au numérique au Louvain Learning Lab de l’UCLouvain. "La discussion est synchronisée. Les artistes se déplacent dans les couloirs… Du côté des cliniques, il y avait des questions. Fallait-il mettre une chaussette pour éviter que le robot ne transporte des germes. Mais niveau entretien c’est comme n’importe quel appareil."

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Mister Beam, de chambre en chambre © UCLouvain

Paolo Doss est clown dans les hôpitaux depuis 30 ans. Quand le coronavirus est apparu et que les visites dans les chambres des enfants malades ont été interdites, ce fut comme un déchirement.

La possibilité d’utiliser Mister Beam, le robot s’est donc révélée salvatrice. "Je suis dans mon bureau mais je vois l’enfant dans l’ordinateur et je peux diriger le robot. Ce n’est pas comme si j’étais en face mais c’est tout comme. L’important c’est l’amour, la tendresse, l’attention qu’on y met."

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© Tous droits réservés

Le clown est ému quand il nous parle de ce robot, de son travail, d’utilité publique. "La dimension humaine est exacerbée, car on met encore plus d’humilité, de vérité, d’intention. Au début il y a la barrière technique mais bon, si ça vient du cœur, ça passe."

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Mister Beam et Payoyo © UCLouvain

Adapté pour ne pas sortir du cadre

Clown, danseur, chanteur… Désormais tous les animateurs de l’hôpital utilisent Mister Beam. Techniquement, ce n’est pas compliqué. Il faut juste penser à faire des gestes plus petits, plus étriqués, pour éviter que les mouvements ne sortent du cadre.

 

Le personnel soignant y trouve son compte. D’abord parce que les artistes apaisent les enfants, ensuite parce que le climat est moins lourd, les gestes médicaux plus faciles à effectuer. "Au début il y a la peur puis l’habitude. Les enfants rentrent dans le jeu, il y a une confiance", explique Tiago Mateus, infirmier en chef.

Même si les enfants du service oncologie ne sont pas malades du Covid19, ils en subissent les conséquences, un peu comme une double peine. "Avec le confinement, il y a plus de solitude. Les portes des chambres sont fermées. L’arrivée du robot c’est une compagnie. Car derrière l’écran, il y a un humain qui interagit en direct et c’est une compagnie."

Evidemment le personnel soignant doit "aider" le robot. Il ne faut pas oublier de charger sa batterie et il faut lui ouvrir les portes !

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une visite très attendue © UCLouvain

Une chaussette pour éviter les germes ?

A la base, Mister Beam est un appareil d’e-learning. Il remplace un enseignant non présent en permettant mobilité et interaction à distance. Il est doté de deux caméras, d’un écran et de haut-parleurs embarqués. Il donne une impression de présence, les échanges sont plus concrets.

"Les conditions sanitaires étaient importantes, il fallait le contexte, que le robot aille à la rencontre des enfants, il y avait l’aspect sanitaire et la facilité d’usage", explique Pascal Vangrunderbeeck, conseiller pédagogique au numérique au Louvain Learning Lab de l’UCLouvain. "C’est une discussion synchronisée, comme une téléportation ! Ce n’est pas Star Trek mais les artistes peuvent se déplacer dans les couloirs."

L’arrivée de Mister beam a été préparée, chaque détail étudié. Un robot se déplaçant de chambre en chambre risquait-il de transporter des germes ? "Niveau entretien c’est comme n’importe quel appareil", confirme le conseiller pédagogique.

L’utilisation de ce genre de technologies peut évidemment être multiple, pour des adultes, dans les services de soins intensifs voire les unités de covid19. Mister Beam et les artistes assurent désormais la continuité des animations offertes aux enfants malades pendant la crise sanitaire. Les jeunes patients adorent le robot qu’ils perçoivent comme un être humain. "Des recherches le prouvent", ajoute Tiago Mateaus. "Les animations ont une influence positive sur la santé des enfants, elles permettent de diminuer le ressenti de la douleur."

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Le bonheur sur les visages © UCLouvain

Une bulle d’air, de joie, d’amour dans un monde fort compliqué, fort confiné…