Mission Insight: "On va récolter plein d'informations concernant l'intérieur profond de Mars"

Mission réussie, la sonde InSight, qui effectue un voyage de plus de 485 millions de kilomètres, a pu se poser hier soir un peu avant 21h sur Mars. Partie depuis la Californie le 5 mai dernier, il y avait malgré tout des doutes sur le bon déroulement de cette mission. Mais que va faire cette sonde maintenant qu'elle s'est posée sur la planète rouge ?

"Elle va récolter plein d'informations concernant l'intérieur profond de Mars. Il y aura donc trois expériences qui vont être déployées à la surface de Mars : un séismomètre qui va écouter l'intérieur profond de Mars et nous donner de l'information sur le matériau rencontré à l'intérieur de mars, une mesure du flux de chaleur pour comprendre comment actuellement cette planète a évolué et comment est-ce qu'elle évacue sa chaleur, et puis de la radioscience, qui est une expérience dans laquelle on est impliqué à l'Observatoire royal", explique Véronique Dehant, planétologue à l'Observatoire royal de Belgique pour la mission américaine InSight, sur La Première mardi matin. 

Comprendre les liens entre Mars et la Terre

La Belgique est effectivement impliquée dans cette mission, "mais surtout au niveau de l'interprétation des données", précise-t-elle. "Nous, on va travailler sur les données de radioscience, donc on va travailler sur le signal radio entre Mars et la Terre et on va déterminer la rotation de Mars."

Ces données vont permettre de faire avancer la science et surtout de comprendre les liens entre la Terre et Mars. "En fait, c'est très facile à comprendre. Vous avez déjà fait cette expérience : vous prenez un œuf cuit et un œuf non cuit, vous les faites tourner et ils tournent de manière différente. Donc, avec un peu d'habitude, vous pouvez dire que cet œuf-là est cuit et que celui-ci est non cuit. Avec la planète Mars, c'est un peu la même chose. On va regarder sa rotation et on va en déduire de l'information sur l'intérieur profond. Est-ce qu'il y a un noyau liquide ou solide ? Quelles sont les dimensions ? Quels sont les matériaux à l'intérieur de Mars, qui composent la planète ?", ajoute planétologue.

La sonde s'est donc bien posée correctement, mais il fallait également que les ailes de cet insecte géant se déploient. Une réussite également. "On a eu les premières données, donc ça révèle le fait que tout s'est bien déroulé. On a une image au moment de l'atterrissage, mais c'est tout, et maintenant on va avoir de l'information via le lien radio entre la planète et la Terre. Cette information va nous arriver vers midi et on va pouvoir donner la position précise de notre instrument, notre mission."

Mars, une machine à remonter le temps

Le patron de la mission a expliqué que Mars est un peu une machine à remonter le temps pour la Terre, car Mars s'est figée. "En fait, sur Terre, on a des continents qui bougent les uns par rapport aux autres, on a de la tectonique des plaques, donc les continents pénètrent dans le manteau de la Terre et ressortent par les rides médio-océaniques. Autrement dit, la surface de la Terre est complètement renouvelée tout le temps. Sur Mars, il n'en est rien. Mars est monoplaque, donc ça veut dire qu'on n'a pas de mouvement en surface et on peut lire toute l'histoire de la planète en surface. On a des roches qui datent du tout début du système solaire, et c'est ça qui fait l'intérêt de cette planète. Donc, on a des roches qui datent de 4,6 milliards d'années, et on voit qu'à cette époque-là Mars avait de l'eau liquide. On a de l'eau liquide jusqu'à il y a quatre milliards d'années. Puis Mars est devenue sèche, et maintenant il n'y a plus d'eau liquide à la surface de Mars. Donc, les deux planètes, la Terre et Mars, ont évolué de manière différente et on essaie de comprendre. Et ça, c'est lié à l'évolution de l'intérieur, d'où la mission."

Une mission d'un genre nouveau, comme l'explique Véronique Dehant, "parce qu'au départ on s'intéressait à la surface, à la géologie de surface justement, puisque toute l'histoire est inscrite à la surface. Et puis on s'est rendu compte que pour comprendre l'habitabilité de Mars, il fallait aussi s'intéresser à l'intérieur profond. Et c'est comme ça qu'on a décidé de cette mission."

Récolter des informations sur le noyau de Mars

Les images tournées hier au centre à Pasadena en Californie donnaient l'impression d'être dans une des missions Apollo, au tout début où l'homme s'est posé sur la Lune. Les ingénieurs suivaient de près l'atterrissage, il y avait un silence complet. "Et je dois dire que chez nous c'était aussi un silence complet. On était assez stressé, assez anxieux parce qu'évidemment on a travaillé pendant 15-20 ans sur cette mission, donc on espère avoir les données et travailler sur les données d'ici peu."

La structure en elle-même avait déjà volé. "Elle a volé en 2007 avec Phoenix, mais ce sont les instruments et la construction d'un séismomètre pour Mars, dédié à Mars, qui a pris quelques années."

Il espèrent récolter des données permettant de faire de grandes avancées scientifiques. "Je pense que si on a de l'information sur le noyau de Mars, on va vraiment pouvoir contraindre et vraiment avoir de l'information sur l'évolution de la planète et sur le flux de chaleur qui en émane. En fait, Mars a eu un champ magnétique dans son passé, et ça, on le voit parce que ce champ magnétique s'est imprégné dans les roches à la surface de Mars. Donc, ce champ magnétique a existé et il s'est éteint il y a quatre milliards d'années. Sur Terre, on a toujours un champ magnétique, donc on aimerait bien comprendre ce qui se passe au niveau du noyau. Pour créer un champ magnétique, il faut du fer, et du fer en mouvement. Donc, s'il n'y a pas de champ magnétique, ça ne veut pas dire que le noyau est complètement solide, il peut être liquide, et on espère donc répondre à cette question", ajoute-t-elle.

Des missions internationales

Cette mission est aussi l'occasion de rappeler que le travail scientifique autour de l'espace est quelque chose qui, aujourd'hui, se réalise de manière internationale. Il y a une équipe américaine, française, "on ne peut plus l'envisager autrement", insiste Veronique Dehant. "Ici, on a une mission qui est américaine, et dans deux ans, on aura une mission qui est européenne et russe, donc une joint venture entre les Russes et les Européens, qui vont lancer en 2020 ExoMars. Et sur ExoMars, il y aura aussi des instruments, et même un instrument belge, LaRa, pour Lander Radio science, qui est la petite sœur de l'instrument qui est actuellement à la surface de Mars dans InSight, et il va également nous aider à comprendre la rotation de Mars."

La Belgique a une très grand importance. "L'industrie spatiale belge a une haute renommée : l'instrument LaRa est fait par Antwerp Space, les antennes ont été faites à l'Université catholique de Louvain et on traitera les données à l'Observatoire royal de Belgique. C'est donc une joint venture belge pour un instrument de 2020."
 

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