"L'homme a fait voler un engin motorisé sur une autre planète" : Ingenuity a réussi son premier vol martien ce 19 avril

Ingenuity, c’est un petit engin volant martien qui ressemble à un drone mais avec deux pales superposées comme sur nos hélicoptères terrestres. "Le but n’est pas scientifique mais technologique. Il s’agit de prouver que l’on peut faire voler un engin dans l’air raréfié de la planète rouge. Il ne devrait pas voler très haut, à quelques mètres d’altitude ni aller très loin. C’est juste aujourd’hui une prouesse technologique jamais effectuée jusqu’ici" : nous explique Pierre-Emmanuel Paulis, instructeur à l’Eurospace Center de Redu.

"L’avantage du drone c’est qu’il vole plus bas que les satellites, donc il fournira des images de meilleure résolution" enchérit Christian Barbier, chef de projet au Centre spatial de Liège, "C’est le chaînon manquant entre le satellite en orbite et l’engin au sol, le Rover. Perseverance a une mobilité réduite, il met des plombes avant de parcourir une grande distance. Il ne roule pas vite et fait de fréquents arrêts pour ses observations. Le drone est plus mobile. Les ingénieurs de la Nasa voudraient tester les capacités de ce nouvel engin volant à réaliser des observations grâce à sa mobilité plus importante que le rover."

Selon l’expert, c’est un peu ce que font nos drones sur Terre, observer des villes, des gens, des cultures. Ces drones représentent d’ailleurs, selon lui, une nouvelle révolution sur Terre. Mais la conception du modèle martien est très différente. La pression atmosphérique est cent fois plus basse sur Mars. Or c’est en poussant l’air en tournant que les hélices peuvent soulever du poids.

Sur Mars, il y a moins de molécules à pousser. Il faut donc faire tourner les hélices beaucoup plus vite que celles des hélicoptères classiques pour réussir à le faire voler. Et l’engin doit aussi être ultraléger. Ingenuity ne pèse qu’un kilo et demi. Pas question, de déposer sur le sol martien un hélicoptère de plusieurs tonnes (comme les nôtres). Pour les responsables du projet, cette opération est équivalente au premier vol des frères Wright sur terre, en 1903.

Déposé sur Mars, il y a quelques semaines par Perseverance, le drone a d’abord dû lentement se réchauffer, les nuits sont glaciales, là-bas. Son premier vol test a pris un peu de retard, suite à un petit problème de software.

Le logiciel de vol a dû être corrigé par les ingénieurs à Houston. Il a dû être retesté puis validé avant de le renvoyer à Ingenuity. "Car ce vol test inédit est préprogrammé, l’engin volera en autonomie suivant les instructions en analysant sa position par rapport au sol, lui-même ": précise Christian Barbier, "ce qui veut dire que nous ne verrons pas les images en direct. Le drone devra les stocker avant de les renvoyer sur terre. Et comme la liaison se fait avec les sondes en orbite, il faut attendre qu’une d’entre elles survole le site du rover pour les transmettre ensuite jusqu’à nous et vu la distance entre Mars et la Terre, cela peut prendre une vingtaine de minutes."

"Nous pouvons dire maintenant que les humains ont fait voler un engin motorisé sur une autre planète."

Ce lundi à la mi-journée, dans la salle de contrôle du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa, c’est enfin la délivrance pour tous les ingénieurs, sous les applaudissements, on y voit Ingenuity brièvement voler. Mimi Aung, la cheffe de projet de l’hélicoptère s’exclame : "Nous pouvons dire maintenant que les humains ont fait voler un engin motorisé sur une autre planète." Le petit drone vient de réussir son exploit, il a bel et bien pris son envol puis fait du surplace dans l’air martien avant de se poser. Il a, lui-même, envoyé une photo en noir et blanc, où l’on voit son ombre sur la planète rouge. Quant au rover Perseverance, il en a fait une courte vidéo où l’on voit le minuscule hélicoptère en suspension à 3 mètres au-dessus du sol.

Ce sera un nouveau mode d’exploration planétaire, là où il y a une atmosphère

Ce sont les toutes premières images reçues, l’hélicoptère devrait transmettre demain, une fois ses batteries rechargées, une photo en couleur de l’horizon. Les images les plus spectaculaires viendront de Persévérance qui a tout capté du vol à plusieurs mètres de là. La vidéo complète est attendue dans les prochains jours. En tout cinq vols sont prévus. Dans un mois maximum, l’expérience prendra fin et le Rover pourra alors se consacrer à temps plein à sa mission de recherche de traces de vie ancienne.

"Ce vol réussi sur Mars est le prélude à d’autres missions avec des hélicoptères plus mobiles encore": confirme notre expert du Centre Spatial de Liège, "Des drones au rayon d’action plus grand et avec à leur bord cette fois des instruments scientifiques. Ce sera un nouveau mode d’exploration planétaire, là où il y a une atmosphère."

 

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