Minervals #1: entre gratuité et excès, le comparatif européen (graphiques)

Les différences de coûts sont grandes au sein de l'Union européenne
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Les différences de coûts sont grandes au sein de l'Union européenne - © RTBF - Thomas MIGNON

Le gouvernement flamand l'a annoncé par le biais de sa ministre de l'Enseignement Hilde Crevits : dès l'année scolaire 2015-2016, le minerval universitaire passera de 620 à 890 euros dans les universités du nord du pays. Côté francophone, le montant du minerval est gelé depuis 2010, mais la mesure prendra fin en 2015. Pour la suite, le ministre Jean-Claude Marcourt assure qu'il ne sera pas augmenté... de "manière importante". Au niveau européen, il faut dire que les étudiants belges pourraient être plus mal lotis. Quoique...

Actuellement, pour les étudiants locaux, les minervals des universités belges ne dépassent pas les 835 euros, montant maximum pour un établissement francophone. En bénéficiant de bourses ou autres aides financières, cette somme peut redescendre à zéro en Fédération Wallonie-Bruxelles. Au nord, les étudiants flamands ont payé entre 105 et 620 euros, maximum qui sera donc normalement revu à la hausse l'année prochaine pour atteindre 890 euros.

D'un point de vue européen, notre plat pays propose le douzième minerval maximum de l'Union pour une inscription à des études de premier cycle (baccalauréat). Avec ses 835 euros, la Belgique se classe derrière le Luxembourg (800) et la Bulgarie (741). Le top dix est monopolisé par les pays où l'université est tout bonnement gratuite (Finlande, Suède, Danemark, Autriche, Malte, Allemagne, Grèce), ainsi que par la République tchèque et la Pologne, où les université ne coûtent respectivement que 21 et 41 euros environ. Ces faibles frais sont uniquement "liés aux procédures administratives".

Les systèmes les plus élitistes financièrement sont le Royaume-Uni (jusqu'à 11377 euros), l'Irlande (6000 maximum), Chypre (6824), la Slovénie (plafond à 8188 euros), la Hongrie (5150), ou encore les pays baltes.

La gratuité a un prix

L'absence de droits d'inscription aux universités est un luxe "offert" par certains États. Enfin, pas tout à fait. En Finlande par exemple, les universités sont très sélectives. En général, chacun finit malgré tout par trouver un établissement, mais, souvent, ils "doivent se contenter d'un deuxième ou d'un troisième choix". Et le niveau est extrêmement relevé par rapport à l'école secondaire, si bien que certains étudiants en viennent à payer des cours particuliers (hors de prix) en dehors des heures à l'université pour pouvoir suivre.

Question qualité, si les écoles finlandaises sont parmi les meilleures du monde, "les universités, elles, se trouvent loin du peloton de tête dans les classements internationaux, loin derrière Harvard ou McGill", sans pour autant être "mauvaises" néanmoins.

Et comment cela se finance-t-il ? Principalement via des taux d'imposition les plus élevés d'Europe. En Finlande, le taux maximal d'impôt sur le revenu atteint près de 51,5%. Au Danemark, c'est pas moins de 55,6%, tandis que les Suédois peuvent devoir payer jusqu'à 56,9% d'impôt sur leur revenu. À cela s'ajoute une TVA de 24 ou 25%. La gratuité a donc bien un prix.  Pourtant en Belgique, malgré une TVA fixée à 21% et un taux maximal d'imposition sur le revenu à 53,7%, nos universités sont bel et bien payantes...

"There's no such thing as a free lunch"

En Allemagne, le système n'est plus tellement différent. La situation variait encore il y a peu dans chaque "Bundesland" (région). Mais, malgré la volonté exprimée un temps de passer à un enseignement payant (autour des 900 euros) pour libérer la population de ce poids financier intégré à l'impôt, l'ensemble des universités ne demandent plus aucun frais de scolarité. Et "les parents d'étudiants âgés de moins de 25 ans bénéficient d'une déduction fiscale". Les minervals sont en effet considérés comme "socialement injuste" et décourageant "les jeunes gens qui ne sont pas issus d'un milieu à la tradition académique de suivre des études", selon les mots de Dorothee Stapelfeldt, sénatrice de Hambourg.

L'Allemagne aussi taxe en conséquence (47,5%) et était pointée en 2012 comme le deuxième pays où la charge fiscale moyenne sur les salaires est la plus élevée, parmi les 34 pays de l'OCDE (la première marche étant alors occupée par... la Belgique). Il faut dire que les universités allemandes dépendent majoritairement des subsides fédéraux, explique le magazine Forbes. Et ce modèle peut être à double-tranchant. Évidemment, plus nombreux sont les jeunes qui ont accès aux études supérieures et potentiellement plus nombreux sont les diplômés. Mais, évidemment aussi, une fois formés, les jeunes qui gagneront le plus d'argent pourraient tôt ou tard vouloir quitter le pays qui leur a "offert" leurs études, histoire d'avoir un salaire moins sacrifié, notamment au financement des études de leurs successeurs.

L'aspect financier pris comme seul critère, ce phénomène peut donc potentiellement provoquer une fuite des meilleurs éléments, de peur de "payer toute leur vie les études des autres". L'éducation se paye toujours d'une manière ou d'une autre. "There's no such thing as a free lunch" comme disent les anglophones; une maxime tout à fait valable pour l'enseignement supérieur : l'université gratuite, ça n'existe pas.

Pas de cadeau

Mais alors, dans le cas de pays aux minervals exorbitants, on est en droit de se demander si les citoyens bénéficient dès lors d'une fiscalité plus avantageuse. La réponse est majoritairement, oui, surtout à l'est. L'impôt y fond comme neige au soleil là où les études sont chères. En Hongrie, pays au minerval pouvant atteindre 5150 euros par an, le taux d'imposition maximal sur le revenu n'est que de 16%. La TVA laisse moins rêveur cependant : 27%. En Roumanie, c'est également 16%, et 24% de TVA. Les pays baltes imposent entre 15 et 24%, et Chypre n'est pas mal non plus avec 35% d'imposition sur le revenu et 19% de taxe sur la valeur ajoutée.

Toutefois, cela ne se vérifie pas à tous les coups. Là où les études sont coûteuses, l'impôt n'est pas toujours beaucoup plus bas qu'au sein des nations qui pratiquent la gratuité : 48% en Irlande, 45% au Royaume-Uni, et même 50% en Slovénie, pays où les minervals oscillent pourtant entre 1210 et 8188 euros. Côté TVA, elle est respectivement fixée à 23, 20 et 22%. Pas de cadeau donc.

Prestige monnayé

La vie est donc chère, "deal with it". Au Royaume-Uni, les coupes budgétaires sont notamment en cause. En 2011, l'État réduisait de 40% le budget de l'enseignement supérieur, soit 940 millions de livres sterling (1,186 milliard d'euros) et permettait, dès 2012, de tripler le montant des frais d'inscription. Et quoi de mieux que d'augmenter ses prix pour pallier le manque à gagner ? Sur les 124 universités que compte le royaume, "les deux tiers (…), notamment les plus prestigieuses, les ont d’emblée fixés au plafond autorisé". Un plafond aujourd'hui fixé à 11 377 euros. Pas moins.

Plusieurs universités d'outre-Manche peuvent se le permettre, vu leur réputation. Cambridge, Oxford, l'Imperial College et l'University College de Londres, ou encore Édimbourg et Manchester... Elles sont nombreuses dans le top 100 des classements de Shanghai et le Times Higher Education. C'est la loi du marché, de l'offre et de la demande. Tout le monde aimerait étudier dans les meilleures universités, les plus prestigieux établissements. Mais tout le monde n'en a pas les moyens...

Effet de voisinage

En Irlande, le facteur réputation n'est pas crédible. Le Trinity College Dublin (minerval minimum : 5779 euros) est la seule université dans le top 200 des deux classements mondiaux et elle n'est pour ainsi dire pas aux avant-postes (la Belgique en compte entre 4 et 6, dont la plupart bien mieux classées, sans pour autant demander un minerval mirobolant en retour). La raison est simple : les Irlandais ont les Britanniques pour voisins. Face aux prix démesurés pratiqués dans leurs universités, les étudiants du Royaume-Uni sont nombreux à traverser la mer d'Irlande pour se former dans cet autre pays anglophone où leur portefeuille mincit moins.

Cette fuite d'étudiants pour des raisons financières pourraient devenir plus large. Les Pays-Bas (minerval fixé à 1906 euros) intéressent également les Britanniques et bon nombre d'universités dans bien d'autres pays proposent des cursus en anglais contre un minerval qui pourrait paraître dérisoire pour nos amis anglo-saxons. Cette nouvelle manne de "clients" ne peut avoir qu'une conséquence : une hausse des frais d'inscription. Pour l'année scolaire 2011-2012, le minerval irlandais tournait en effet autour des 2250 euros. Deux ans plus tard, il était de 2750 euros. Minimum. Car il atteint aujourd'hui parfois jusqu'à 6000 euros.

Découvrez la suite de ce comparatif européen des minervals en cliquant ici.

Thomas Mignon

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