Minceur excessive: faut-il mentionner quand des pubs sont retouchées?

Ces jeunes filles ont 12 ans et ne sont pas dupes, quand elles observent les publicités de grandes marques de vêtements. "Elle est trop mince ! J’en suis sûre, elle a été retouchée…" [...] "Ce n’est pas possible que sa tête soit plus grande que sa taille, c’est retouché, d’office !"

Pour la psychologue spécialiste des troubles alimentaires Christine Martin, les publicités retouchées sont très nombreuses. "Il y en a énormément. On ne s’en rend pas toujours compte. Ici, c’est la taille qui semble beaucoup trop fine, mais souvent, ce sont les jambes qui sont telles, que quelqu’un avec des jambes réelles de cette taille ne tiendrait tout simplement pas debout."

Selon Vanessa Matz, députée cdH la diffusion d’images corporelles retouchées incite les jeunes filles à l’anorexie. "Les idéaux de beauté basés sur la minceur extrême peuvent nuire à l’estime personnelle, particulièrement chez les filles et les femmes ".

C’est ce qui l’a poussée à déposer il y a quelques mois une proposition de loi qui vise à mentionner sur les photos si elles ont été retouchées, dans le but de combattre cette incitation à l’anorexie.

On peut encore lire dans la proposition de loi qu’ "il est clair que les jeunes peuvent ne pas faire la différence entre la réalité et l’image véhiculée dans les médias. Ceux-ci proposent des images corporelles irréalistes et idéalisées".

Des jeunes filles vraiment sous influence ?

Christiane Martin nuance le propos, mais confirme que ces images peuvent avoir un effet. "Ces photos peuvent avoir un impact sur les jeunes filles parce qu’elles faussent l’image corporelle. Ce type d’image ne suffit pas en soi pour développer un trouble alimentaire mais c’est un des facteurs, le facteur socio-culturel, qui peut entraîner ce type de troubles."

Pour Christine Martin, mentionner sur les publicités si elles sont ou non retouchées présenterait donc un intérêt. "Quand on a 14-15 ans, est-ce qu’on est déjà à même de faire la part des choses ? Peut-être oui, dans certaines familles où il y a pas mal de discussions, d’échanges, mais dans d’autres non. Et surtout quand on est pris dans un mal-être, on risque d’être plus sensible aussi."

Du côté du jury d’éthique publicitaire, on est moins convaincu… "On prend les jeunes pour plus naïfs qu’ils le sont à mon avis, estime Sandrine Sepul, du Jury d’éthique publicitaire. Ils sont particulièrement au courant que certaines photos sont retouchées. Mais je pense que cette perfection, pour eux, ça dépasse la raison en fait. Même s’il y avait une mention 'photo retouchée', je pense que cela ne les empêcherait pas de rêver sur ces images."

Pour cette professionnelle de la communication, le problème est bien plus vaste qu'un simple coup de gomme sur photoshop. Et elle cite ces agences qui recrutent des mannequins squelettiques ainsi que le manque de sensibilisation.

RTBF

 

 

 

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