Militaires en rue: des plaintes déposées pour abus d'autorité

Des militaires en patrouille dans la Gare du Midi, à Bruxelles
Des militaires en patrouille dans la Gare du Midi, à Bruxelles - © DIRK WAEM - BELGA

Au moins deux plaintes ont été déposées contre des militaires pour abus d'autorité et de nombreux faits du même genre nous ont par ailleurs été communiqués. Les faits se sont déroulés dans des lieux publics à Bruxelles ces derniers mois. Des jeunes filles ont confié avoir été victimes de fouilles abusives et arbitraires de la part de militaires. Un jeune homme s’est aussi retrouvé plaqué au sol par un militaire. Il parle d’agression, et les témoins qui ont assisté à la scène utilisent le même terme pour décrire ce qu’ils ont vu.

Il y a quelques semaines, George (nom d’emprunt) vient de terminer sa journée de travail, et est en train de taquiner une collègue de longue date, quand tout à coup, il se retrouve projeté au sol. "J’ai senti une pression et me suis retrouvé par terre, plaqué au sol par un militaire. Il a appuyé sur mon cou, au point que j’ai eu des difficultés à avaler pendant plusieurs jours. J’avais mal au quadriceps ".

Plusieurs passants se réunissent alors autour de lui. Parmi eux, Cédric et Noémie. "Deux militaires nous ont dépassé en courant à toute vitesse, précise Noémie Picavet. L’un d’entre eux a plaqué le jeune au sol, sous le poids de tout son matériel. C’était très violent, et sans avertissement au préalable. Le jeune demandait au militaire pourquoi il avait fait cela".

Le militaire a interprété la scène comme une agression. Une erreur d’interprétation qui aura mené George à l’hôpital. "Ils m’ont prescrit un arrêt de travail de dix jours ".

Le militaire avait-il le droit d’intervenir de la sorte ?

En ce qui concerne ce cas particulier, il faudra attendre les résultats de l’enquête.

Mais les règles générales prévoient qu’un militaire a le droit de demander à un individu d’attendre la police s’il estime que cet individu représente une menace. Sauf s’il juge la situation tellement grave qu’elle nécessite une intervention imminente.

"Le militaire, rappelle-t-on au cabinet du ministre de la défense, est un soutien de la police". Pas question, par exemple, de le voir fouiller des gens sans que la police le lui ait préalablement ordonné. Un citoyen peut d’ailleurs refuser qu’un militaire le fouille, et exiger la présence d’un policier.

Une question d’appréciation ?

Là aussi, c'est une question d'interprétation. Une autre plainte a été déposée. Cette fois, il s’agit d’une jeune fille de 18 ans, qui estime avoir été fouillée de manière abusive et arbitraire par un militaire, au rond-point Montgomery. Elle a porté plainte pour abus et exercice illégal de l’autorité.

Le parquet nous confirme "que les militaires impliqués ont été auditionnés" et ajoute que "l’enquête suit son cours, sans autre commentaire ".

Dans chacun des cas qui nous a été rapporté, les militaires étaient seuls, sans policiers à leurs côtés.

Voilà qui vient en tout cas conforter les inquiétudes de certains syndicalistes de la Défense, qui, depuis plusieurs mois attirent l’attention sur le "manque de clarté de la loi et des instructions" concernant la mission des militaires dans les rues. Ils craignent que ces dérapages n’entraînent un jour la condamnation d’un militaire.

La question est plutôt de savoir comment un militaire doit se comporter avec des civils

Après sa mésaventure, George ne peut s’empêcher de s’interroger. "Je pense que ce militaire avait besoin d’activité. Je suppose que c’est un homme de terrain, il a besoin d’action. Il a cru que j’agressais ma collègue, mais même s’il l’a cru de bonne foi, il faut qu’on lui montre comment stopper ce genre de problèmes. Son action était trop violente".

A la Défense, on nous rétorque que les militaires sont formés à la manière de réagir à tel ou tel incident. "Prenez la sécurisation d’un aéroport, nous explique Olivier Severin, porte-parole de la défense, ils ont appris à sécuriser l’aéroport de Kaboul (Afghanistan). Ils savent donc comment sécuriser un aéroport en général ". L’exemple interpelle. Peut-on comparer Kaboul à Bruxelles ? Mais le cabinet du ministre de la Défense précise: "La question est plutôt de savoir comment un militaire doit se comporter avec des civils", précise Tony Langone, porte-parole du ministre de la défense Steven Vandeput.

"Et pour ça, il existe des règles claires, des 'Rules of engagement', et ils les connaissent. Ils ont reçu une formation aussi, sur la manière de communiquer avec la police, dans le cadre de la mission Vigilant Guardian. Le cadre légal est clair. Par contre, un militaire est un être humain, et peut faire une erreur d’interprétation. Il faut prendre toutes les plaintes au sérieux".

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