Mieux connaître la migraine, maladie invalidante : tout bénéfice pour les travailleurs et leurs employeurs

Mieux connaître la migraine, maladie invalidante : tout bénéfice pour les travailleurs et leurs employeurs
Mieux connaître la migraine, maladie invalidante : tout bénéfice pour les travailleurs et leurs employeurs - © Chris Hondros - Getty Images

Du 28 septembre au 3 octobre, se tiendra la 8e Semaine de la migraine. L’occasion de mieux faire connaître cette maladie qui touche près d’une personne sur cinq. Cette année, cette semaine est consacrée à la migraine sur le lieu de travail. La migraine est une maladie invalidante. Même si une majorité de travailleurs qui en souffrent continuent à travailler, les employeurs auraient tout intérêt à être sensibles aux difficultés rencontrées par les personnes sujettes aux migraines. Cette semaine a pour but de favoriser l’information et la sensibilisation, mais aussi de promouvoir la communication entre tous les intervenants afin d’améliorer les conditions de travail des migraineux et ainsi leur productivité.

La migraine au travail, un sujet tabou

Une douleur intense dans la tête, pulsative, qui change de côté et qui dure plusieurs heures, sans compter l’énorme fatigue qu’elle laisse derrière elle, parfois pendant plusieurs jours. Elle incommode tellement le malade que celui-ci n’est plus maître de ses performances, en particulier au travail.

La migraine traîne encore cette réputation de " fausse maladie ". C’est probablement une des raisons pour lesquelles elle reste un sujet tabou dans le milieu du travail. Une étude récente réalisée auprès de la population, en marge de la semaine de la migraine, révèle que 75% des migraineux interrogés ont déjà eu une migraine au travail. Dans cette situation, seulement 15% des migraineux arrêtent complètement de travailler et rentrent à la maison. Un travailleur sur trois continuera à travailler, mais devra adapter ses tâches en raison de l’inconfort ressenti.

Les facteurs déclenchant une migraine sont nombreux et variés, il en existe 400 dont certains sont liés à l’environnement de travail. " Au travail, statistiquement, on relève trois facteurs déclenchants : la lumière intense et vive, le stress au travail qui y est multiforme et multifactoriel, et le bruit strident, ininterrompu et surprenant. On peut aussi ajouter le stress lors du trajet en voiture dans les embouteillages et d’autres facteurs qui peuvent favoriser la déstabilisation des cerveaux migraineux qui sont des cerveaux hypersensibles et qui s’emballent dans l’inconfort douloureux face aux facteurs déclenchants ", explique Gianni Franco, neurologue au CHU UCL Namur-Dinant.

D’autres facteurs déclenchants peuvent aussi être reliés au travail : le travail par pauses nocturnes, les insomnies liées au stress, les ronflements et les apnées du sommeil favorisées par l’obésité due à la sédentarité de certaines professions, les troubles posturaux avec leurs douleurs tendino-musculaires de la nuque et du dos lorsque les chaises de bureau ne conviennent pas. On peut aussi considérer la déshydratation et la malnutrition dans certains milieux de travail où l’on ne prend pas le temps de boire et manger. S’ajoute à cela des facteurs comme les troubles du sommeil, l’insomnie qui jouent aussi un rôle déclenchant dans les migraines. S’ajoutent à cela certains facteurs hormonaux cycliques, raison pour laquelle les migraines sont plus fréquentes chez les dames.

Améliorer la qualité de vie au travail des personnes migraineuses

Des facteurs déclenchants que l’employeur aurait intérêt à connaître pour améliorer la qualité de vie et la productivité de ses travailleurs souffrant de migraines. " C’est une maladie qu’on peut efficacement traiter, avec des approches médicamenteuses et aussi non médicamenteuses adaptées et personnalisées, mais il faut aussi aménager des situations de confort de vie au travail, de façon à éviter autant que possible les facteurs déclenchants et éviter l’engrenage de la maladie migraineuse. C’est tout bénéfice pour l’employeur lui-même. Non seulement sur le plan humain, il aura favorisé la qualité de vie de ses employés (et un employé/travailleur satisfait de sa qualité de vie est d’autant plus productif), mais aussi sur le plan financier, car quand le migraineux s’absente, c’est seulement de deux ou trois jours, c’est l’employeur qui paye, pas la sécurité sociale ", argumente Gianni Franco, neurologue.

Lors de cette semaine de la migraine, l’alliance thérapeutique est prônée entre le patient, l’employeur et les acteurs de la santé. Le diagnostic doit d’abord être posé par le médecin généraliste, car il faut d’abord faire la différence entre une migraine et d’autres maux de tête dont les causes doivent être traitées plus spécifiquement. La collaboration en continuité avec le pharmacien est très utile car il peut soutenir l’information, sensibiliser à la bonne observance des médicaments, déceler les interactions médicamenteuses inadéquates. Car de nombreux médicaments existent de plus en plus efficaces s’ils sont utilisés à bon escient. L’employeur qui se montre compréhensif fournit un cadre de travail plus adapté qui permet au migraineux de passer le cap de la migraine, mais aussi d’éviter l’absentéisme mais surtout le présentéisme et ses effets dévalorisants et non productifs au travail. Le patient, lui, doit se connaître, apprendre à repérer les signes annonciateurs et ses propres facteurs déclencheurs de la migraine. Cette synergie permettra une meilleure insertion du travailleur et une meilleure productivité de l’entreprise.

Le télétravail, une piste à suivre

La crise du Coronavirus a conduit les entreprises et les travailleurs à opter pour le télétravail, dans la mesure du possible. De quoi, peut-être, ouvrir d’autres perspectives aux travailleurs migraineux pour améliorer leur vie au travail. " La migraine est déclenchée par le stress, la lumière et le bruit, des facteurs très présents pendant la journée de travail. Réduire les facteurs déclenchants pourrait aider à réduire la migraine ou à mieux faire face à une crise de migraine. Dans ce cadre, le télétravail, qui s’est fortement popularisé ces derniers mois suite à la crise sanitaire et qui semble s’être inscrit durablement dans les habitudes, pourrait apporter un confort non négligeable aux patients " estime le Dr Gianni Franco, neurologue. Actuellement, 2% des migraineux travaillent à la maison en cas de migraine, selon l’enquête réalisée en marge de la semaine de la migraine.

Le télétravail pourrait être vu comme un moyen de prévenir la survenance de migraines, en améliorant la qualité de vie des travailleurs et réduisant le stress. " Il ne faut pas attendre qu’une personne ait une migraine pour pouvoir s’absenter 48 heures et travailler à domicile, parce que si elle a une migraine, elle est déjà en incapacité de travail. Il faut du télétravail organisé, à temps partiel, de façon à pouvoir prévenir, puisque le stress est cumulatif. , Et seulement à temps partiel de façon à permettre le bénéfice d’un esprit de travail d’équipe avec les collègues", estime le Dr Franco.

Pour cela, il faudrait que le sujet de la migraine puisse être discuté sereinement. Selon l’enquête réalisée dans le cadre de la semaine de la migraine, aborder le sujet de la maladie avec l’employeur semble refroidir les patients. C’est plus difficile de parler de cette maladie à un supérieur qu’à des collègues ou amis. Les patients craignent surtout un manque de compréhension. 49% des migraineux déclarent que leurs collègues sont au courant de leur maladie, alors que 35% seulement déclarent en discuter avec leur supérieur. Certains travailleurs considèrent la migraine comme un sujet tabou à aborder avec la hiérarchie : 34% des migraineux cachent délibérément leur migraine à leur supérieur. Une personne sur dix estime même que ses supérieurs et ses collègues pensent qu’elle exagère.

" Il nous faut donc démythifier la " migraine ", qui doit être considérée comme une véritable maladie à part entière avec ses complications très invalidantes sur le plan médical, social, professionnel, financier et même culturel… Parce que la migraine isole, et plus les migraineux s’isolent et plus ils contribuent à la mauvaise réputation de cette maladie trop longtemps considérée comme honteuse. La sensibilisation large et la synergie constructive entre les différents intervenants vont nous y aider ", conclut le Dr Franco.

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